Chômage

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Pôle emploi : le privé entre par la grande porte

Sous couvert d’un plan d’urgence face à l’afflux de chômeurs, le service public de l’emploi amplifie son recours à la sous-traitance et aux opérateurs privés de placement. Gros plan sur ces "majors" de l’intérim qui risquent de se tailler la part du lion, à lire dans l’Humanité de jeudi.

« Pour des populations comparables, les résultats sont identiques entre l’ANPE et le privé, mais pour un coût trois fois plus faible à l’ANPE. On peut être public et efficace ! » C’est un certain Christian Charpy qui, en septembre 2006, vantait ainsi vaillamment les mérites du public face aux premiers assauts de la concurrence privée. À l’époque, le haut fonctionnaire est à la tête de l’ANPE et se doit de défendre un minimum la boutique. Aujourd’hui, le même dirige Pôle emploi, organisme issu de la fusion ANPE-Assedic, au statut juridique encore non identifié, mais dont l’esprit et les objectifs penchent nettement vers le privé. Et, fin mars, il déclarait que « les opérateurs privés de placement ne sont pas un sujet tabou au sein de Pôle emploi ». L’heure n’est plus à défendre le service public, mais à organiser sa privatisation, par le biais de deux moyens : d’un côté, la commande, à des organismes privés, de « prestations » ponctuelles comme les ateliers, bilans de compétences et stages d’appui à la recherche d’emploi ; de l’autre, l’externalisation complète, vers des opérateurs privés de placement (OPP), du suivi de demandeurs d’emploi, dès leur inscription au chômage. Phénomènes distincts, mais qui prennent tous deux de l’ampleur.

Leur « envoyer » des chômeurs

Côté OPP, l’UNEDIC avait lancé une première expérimentation en 2005 en confiant 10 000 chômeurs à cinq sociétés privées de placement. La seconde expérimentation, lancée en 2006 et en cours d’achèvement, avait envoyé 42 000 chômeurs vers 17 opérateurs privés. Fin mars, Pôle Emploi a lancé un nouvel appel d’offres qui va généraliser l’« expérience » à tout le territoire et multiplier le volume par trois. À partir de septembre et sur deux ans, 320 000 demandeurs d’emploi seront confiés au privé, dont le marché s’élargit, aux frais de l’État et de l’assurance chômage (voir ci-contre). Le budget OPP de Pôle emploi passe ainsi de 88 millions d’euros en 2008 à 100 millions en 2009, puis 200 millions l’an prochain. Une augmentation prévue de longue date, même si Christian Charpy cherche à la faire passer pour un « plan d’urgence » face à l’afflux de chômeurs dû à la crise.

Sur le terrain, cette politique se traduit par des pressions sur les salariés du service public. « Notre direction reconnaît publiquement que ces opérateurs n’ont pas de meilleurs résultats, mais nous devons tout de même leur envoyer un quota de chômeurs », explique une agente de Rouen, où officie le cabinet privé Ingeus. Quand un chômeur remplissant les critères de l’OPP arrive en entretien, « un bandeau d’alerte apparaît sur notre écran d’ordinateur, détaille-t-elle. Si on n’envoie pas cette personne à Ingeus, on devra le justifier auprès de notre direction ». Même constat à Toulouse, où travaille le cabinet Altedia. « Si les collègues n’envoient pas assez vers l’OPP, l’animateur d’équipe recontacte lui-même les chômeurs pour les réorienter », rapporte Emmanuel M’hedhbi, syndiqué au SNU. Les chômeurs ont-ils le choix ? En théorie, un refus d’OPP ne les expose pas à une radiation, mais ils sont « repérés » par la direction. À Gennevilliers, « l’agence a récemment convoqué 30 chômeurs pour une réunion sur l’opérateur privé Eurydice », rapporte Benoît Lupersat, de la CGT. « 15 personnes sont venues, et seulement 3 ont accepté. La directrice territoriale a dit ne pas comprendre les refus, et a demandé que ces dossiers soient examinés. »

Prestations sous-traitées

Une même pression s’exerce pour les « prestations ». Si le budget de 392 millions d’euros prévu pour 2009 augmente peu par rapport à 2008 (+ 2 %), il correspond à un plus grand nombre de modules (+ 16 %), Pôle emploi ayant imposé à ses prestataires une baisse des prix. Cette multiplication permet de faire de l’affichage, en systématisant l’offre de prestations aux chômeurs (qu’elles leur soient utiles ou non). Avec la crise, la direction pourrait choisir d’augmenter le budget car ces prestations présentent aussi l’intérêt d’alléger les fameux « portefeuilles » des agents, en explosion. « En réunion d’équipe, les chefs nous culpabilisent. Si nos portefeuilles sont surchargés, c’est de notre faute, parce qu’on ne prescrit pas assez ! » relate Emmanuel M’hedhbi. À Gennevilliers, la direction vient de décréter ce budget « illimité », rapporte Benoît Lupersat. Au passage, la privatisation s’accélère puisque Christian Charpy annonce que l’ensemble de ces prestations serait désormais sous-traité, alors qu’une partie était encore effectuée en interne.

Fanny Doumayrou

Social - économie

2 000 emplois détruits par jour

Statistiques . L’économie française a perdu près de 200 000 emplois au premier trimestre. Industrie, tertiaire, tous les secteurs sont concernés.

Au premier trimestre 2009, l’économie française a détruit près de deux fois plus d’emplois que durant toute l’année 2008. Selon les chiffres publiés hier par le ministère de l’Emploi, les pertes nettes d’emplois salariés ont atteint 187 800 de janvier à mars, après une hémorragie de 106 900 au quatrième trimestre 2008. Le phénomène s’accélère donc et, fait notable, il touche désormais massivement le « noyau dur » des emplois durables. Certes, l’intérim continue de contribuer fortement à la dégradation de l’emploi, avec 80 800 postes en moins au premier trimestre (soit un recul de 15,6 % de ses effectifs, comparé au trimestre précédent, et de 34,3 % sur un an). Mais les statistiques révèlent « une rupture avec le passé car ce n’est plus seulement l’emploi intérimaire qui est touché », souligne un responsable de Pôle emploi. Hors intérim, l’emploi de l’ensemble des secteurs marchands a ainsi reculé de 111 700 postes.

Dans l’industrie, qui perd des postes depuis huit ans, le rythme des destructions s’accroît encore (- 53 100, contre - 30 600 au trimestre précédent). Dans la construction, la baisse des effectifs se prolonge aussi (- 10 400). Et il serait vain de chercher une planche de salut du côté du tertiaire : l’emploi salarié y a, au contraire, « accentué nettement son repli », indique le ministère, avec - 128 900 postes, après - 74 100 au dernier trimestre 2008. Fait nouveau, « alors que certains secteurs avaient été jusqu’alors épargnés », au premier trimestre 2009, l’ensemble des branches du tertiaire sont touchées : commerce, transports, finance, immobilier, mais aussi, pour la première fois depuis des années, services aux entreprises et services aux particuliers.

Commentant ces chiffres, la présidente du MEDEF a parlé, hier, d’« une chose tout à fait affreuse » et, en guise de parade, a vanté la volonté du patronat d’encourager le chômage partiel, dans le cadre des négociations qui viennent de s’engager avec les syndicats. Alors que, précisément, l’hécatombe du premier trimestre s’est produite en dépit d’un recours de plus en plus massif au chômage partiel… Laurence Parisot cherche en réalité, une fois encore, à éviter une remise en question plus fondamentale des politiques, patronales et gouvernementales, responsables du désastre.

Yves Housson

 

 

 


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