Affaire Cazals : l'administration exige le silence

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

In Café Pédagogique


"Il est directeur d'école. Je suis inspecteur d'académie. Donc je lui interdis". Par une lettre en date du 23 juin, Paul-Jacques Guiot, inspecteur d'académie directeur des services départementaux de l'Hérault, a interdit, assez sèchement à Bastien Cazals "de communiquer en aucun cas avec la presse".

 

Directeur d'école maternelle à Saint-Jean de Vedas (34), Bastien Cazals est un des plus célèbres enseignants "désobéisseurs". Fin novembre 2008, il écrivait à Nicolas Sarkozy pour lui signifier: " j'entre aujourd'hui en résistance parce que je ne peux me résoudre à ce que l'école publique, mon école, ne se préoccupe ni de Victor, ni de Hugo, sans être pour autant en mesure de faire éclore un nouveau Victor Hugo". Et dans la foulée il s'engageait à ne pas appliquer les programmes Darcos et l'aide individualisée ainsi qu'à alimenter Base élèves, le fichier national des élèves.  Pour cela il est victime de retenues sur salaire régulières. Sa lettre a eu un grand écho et près de 3 000 enseignants du primaire ont rejoint le camp des désobéisseurs dont 388 dans le département de l'Hérault. On peut parier que les sanctions prises contre lui (36 jours de retrait sur salaire) n'y sont pas pour rien.

 

Visiblement c'est le bruit médiatique autour de son cas qui alimente la colère de l'inspecteur d'académie, P.-J. Guiot. Pour lui, B Cazals  est astreint à un devoir de réserve. "Il ne doit pas s'exprimer dans les médias en faisant état de son statut de directeur d'école" estime M. Guiot, par ailleurs fort mécontent de la gestion administrative de B. Cazals. M. Guiot estime que cette interdiction n'est pas exceptionnelle. "Quand un chef d'établissement est interrogé par la presse l'usage veut qu'il demande l'autorisation. M. Cazals est libre de s'exprimer librement en tant que personne mais comme directeur d'école il représente l'institution". D'une façon plus générale, pour M. Guiot, "un fonctionnaire est tenu d'obéir aux instructions". Sur les sanctions envisagées, M. Guiot est évasif : "on va voir s'il entend raison. Sinon j'en tirerai toutes les conclusions".

 

Bastien Cazals dénonce "une manifestation d'autoritarisme scandaleux", une atteinte à la liberté d'opinion et "un rétrécissement des libertés individuelles". Il rappelle que "la liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires" par la loi et que "nul ne doit être inquiété pour ses opinions".

 

A quelques jours de l'audience du tribunal administratif de Montpellier qui doit statuer sur la validité des sanctions infligées à Bastien Cazals,  c'est l'escalade. De tous les héritages laissés par Xavier Darcos à Luc Chatel, les poursuites engagées début juillet contre les plus célèbres des "désobéisseurs" (E Redon, A Refalo, B Cazals…) constituent  certainement le cadeau le plus empoisonné. Mettant en question l'identité professionnelle des enseignants, elles sont perçues comme des persécutions idéologiques.  Xavier Darcos avait su éteindre les incendies allumés par les lubies de  Robien. Il est urgent que Luc Chatel s'inspire de ce précédent.


Lundi 29 juin 2009
- Publié dans : Premier degré Par Sauvons l'Ecole
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