La taxe carbone, beaucoup de vent

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Pendant deux jours, à partir de jeudi, une "Conférence des experts" réunit à Paris économistes, industriels, syndicalistes et représentants du monde associatif pour dessiner les contours de cette "contribution climat-énergie" (CCE), suivant la terminologie retenue lors du Grenelle de l’environnement. Problème, selon UFC-Que choisir, la hausse des prix de l’énergie ne fait baisser que très marginalement la consommation.

L’UFC-Que choisir s’est livré hier à une démonstration convaincante sur l’impact prévisible de la création d’une taxe carbone sur le niveau de consommation d’énergie. Graphiques et tableaux à l’appui, l’association de consommateurs remet en question « l’évidence » d’un lien entre hausse des prix des carburants, du fuel et du gaz et baisse de la consommation. L’étude réalisée révèle par exemple que, pour les carburants, l’augmentation de 33 % de leur prix enregistrée entre 1995 et 2000 n’a pas empêché une hausse de la consommation de 10,5 %.

Seule la période 2003-2006 fait apparaître une coïncidence entre flambée des prix (+ 28 %) et recul de la consommation (- 2,8). Mais, relève l’association, le rapport entre baisse et hausse est de 1 à 10, c’est-à-dire que, pour obtenir une chute de 10 % de la demande, il faudrait une hausse de 100 %. UFC-Que choisir estime aussi que le recul de la consommation enregistré à l’été 2008 est sans doute plus imputable à l’amorce de la récession économique qu’au record de 150 dollars enregistré par le prix du baril de pétrole.

Pour Alain Bazot, le président de l’association, la hausse des prix de l’énergie ne peut avoir qu’un effet marginal sur la consommation. « Les consommateurs sont captifs. S’ils utilisent une voiture, c’est que, dans la très grande majorité des cas, aucun autre mode alternatif ne s’offre à eux », explique-t-il. Ainsi, la dépense moyenne annuelle et par ménage en carburants est de 1 243 euros pour les ruraux contre 924 euros pour les habitants des villes moyennes et 708 euros pour les résidents de l’agglomération parisienne.

Dans ce contexte, instaurer une taxe carbone reviendrait à « pénaliser » des consommateurs qui le sont déjà par l’insuffisance des infrastructures de transports collectifs ou la faible densité de l’habitat. UFC-Que choisir, qui jusqu’à hier était écarté de la réunion des experts sur la taxe carbone, entend se mobiliser contre ce qu’elle soupçonne être « un retour de la TVA sociale ».

Pierre-Henri Lab

Article : L'Humanité

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