Les espoirs déçus du plan "Marschall"

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Lancé il y a tout juste un an, le plan "Espoirs banlieues" promis par le candidat Nicolas Sarkozy pour les cités n’a presque plus de réalité. À Paris comme à Vaulx-en-Velin, dans les associations, on considère que les effets négatifs l’emportent largement.

Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis un plan « Marshall » pour les banlieue. Fadela Amara, il y a un an et demi, l’avait transformé en un plan « Espoir banlieue » qui avait déçu d’emblée par son manque d’ampleur et d’objectifs chiffrés. Aujourd’hui, Mohamed Mechmache, du collectif AC Le Feu, n’hésite pas une seconde et le qualifie de « plan désespoir banlieue ». A Vaulx-en-Velin (Rhône), le maire (PCF) Bernard Genin, ne lui reconnaît qu’un effet dans sa ville : l’ouverture de l’école de la deuxième chance… avant de préciser que le projet, bouclé par la municipalité, « était une aubaine pour le plan plutôt que l’inverse ». A Paris, Gisèle Stievenard, élue socialiste du 19ème arrondissement, cherche encore les éventuels effets du plan : « le conseiller spécial de l’Élysée, Henri Guaino lui-même, vient d’avouer qu’il n’a pas abouti. » Premier engagement du plan : 45.000 jeunes accédant à l’emploi en trois ans grâce au contrat d’autonomie. L’échec n’est pas encore patent mais presque. A Paris, 800 contrats sont programmés ; 144 sont à ce jour - à mi-chemin - signés. Les difficultés sont telles que le secrétariat d’État n’hésite pas à détourner le travail des missions locales pour arranger la situation (voir « l’Humanité » du 29 juin). Pourtant, la crise frappe durement la jeunesse des quartiers populaires. Le chômage a progressé de 16 % dans les zones urbaines sensibles et chez les moins de 26 ans la hausse est de 27 %. A la Mission locale de Bagneux (Hauts-de-Seine), sa directrice, Valia Robin, se désole : sur les trois premiers mois de 2009, 67 jeunes sont entrés en emploi ; l’an dernier à la même époque, ils étaient 123. Si le plan Espoir banlieue n’a pratiquement pas d’influence sur le chômage, à La Courneuve, l’équipe municipale rappelle qu’il n’a pas plus d’effet sur le décrochage social des populations : « le plan, comme, globalement, la politique de la ville, n’a en rien amélioré la situation des familles qui sont, aujourd’hui, durement touchées par les conséquences de la crise ».

Second engagement, avec l’appui de l’ANRU : la rénovation urbaine. Si l’État assure - en ponctionnant au passage le 1 % logement - ses engagements, les élus s’inquiètent des différences énormes entre le montant estimé des projets et le montant réel des travaux. L’Association des maires d’Ile-de-France s’inquiète des « projets qui vont rester en panne ». Chargé de mission à Sevran (Seine-Saint-Denis), Bruno Dumond insiste sur le désir contrarié de la secrétaire d’État d’assurer la mixité sociale : « sa volonté est démentie par la loi Boutin qui, par le système des surloyers, est en train de faire fuir des cités toutes les classes moyennes. Dans les faits, les plus pauvres sont rassemblés entre eux dans ces cités ». Même discours du côté du 19 ème arrondissement où Gisèle Stievenard, du fait de la loi sur le droit au logement opposable, voit des familles en difficultés lourdes remplacer systématiquement celles qui partent parce que leur avenir professionnelle s’éclaircit. L’effet de ghettoïsation est garantie. Côté école, personne ne délivre de tableau d’honneur à Fadela Amara. Daniel Robin, du SNES, estime que l’accompagnement scolaire, décidé par le plan, a eu des effets limités et, surtout, répartis de façon très inégale. « Il repose, en fait, beaucoup sur les assistants d’éducation… dont les contrats de six ans arrivent à échéance et qui ne seront pas renouvelés. La logique du CDI n’est pas celle de l’État aujourd’hui. C’est un potentiel humain important qui va disparaître ». Quant au busing - adapté des États-Unis où des enfants sont amenés chaque jour de leur quartier pauvre vers des écoles des quartiers moins défavorisés - il a fait un flop mémorable.

Les associations, soi-disant choyées, devaient toucher des chèques en cas de besoin le jour-même, avait clamé Nicolas Sarkozy, à l’annonce du plan. Elles souffrent aujourd’hui, y compris dans les quartiers populaires. Au centre social du 18ème arrondissement de Paris, l’association Accueil Goutte d’Or, sur le front de l’emploi, a perdu 7.000 euros de subvention. « Pourtant, dit sa directrice, Christine Ledesert, les gens que nous recevons sont très loin de l’emploi ».
Pour Mohamed Mechmache, la logique même du plan, qui « concentre » son action sur une centaine de quartiers, est une grave faute. « Tous les quartiers de banlieue ont besoin, en fait, d’une politique générale avec des moyens importants. Les quartiers populaires sont dans un tel état que la tension y est grandissante. La moindre étincelle et ils s’enflamment comme en 2005. »

Dany Stive


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