« Notre pognon, il est chez Renault et PSA ! »

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Automobile . Chez Fabris, les 366 licenciés revendiquent une prime « extralégale » de 30 000 euros financée par les constructeurs français.

Châtellerault (Vienne),

envoyé spécial

Depuis la mise en liquidation judiciaire, à la mi-juin, de Fabris, une entreprise appartenant comme la SBFM de Caudan (Morbihan) ou les fonderies Rencast au groupe Zen de l’italien Florindo Garro, entre 150 et 200 salariés (sur 366 au total) se relaient pour occuper l’usine dans la périphérie de Châtellerault. Dans leur esprit, il s’agit de protéger un « trésor de guerre » constitué de collecteurs d’échappement destinés à PSA et à Renault et évalué à près de 5 millions d’euros. Pas question, pour eux, de laisser partir les stocks et les machines sans engagement ferme sur le montant d’une prime « extralégale » de licenciement. Leurs revendications sont peinturlurées sur tous les murs de l’usine : « 30 000 euros ou ça pète », « si pas prime, ça va brûler ». Un peu plus loin, sur l’ancien parking du site, un gigantesque amas de métal carbonisé : sept machines qui ont déjà été livrées aux flammes, signe de tension extrême et d’exaspération totale.

Dans un premier temps, les salariés réunis en assemblée générale deux fois par semaine avaient fixé une date butoir au 15 juillet, mais hier après-midi ils ont accepté de repousser leur ultimatum à la fin du mois. Alors que FO et CFDT proposaient de lever le mouvement pendant les vacances et de donner rendez-vous à l’automne prochain aux salariés déjà licenciés dans leur écrasante majorité, la CGT, le syndicat majoritaire, a voulu donner un peu de temps aux négociations. « Mardi dernier, on est allés chez PSA à Poissy (Yvelines), rappelle Guy Eyermann, secrétaire CGT du comité d’entreprise de Fabris. Là-bas, ils nous disent qu’ils sont prêts à négocier sur les stocks, mais ils ne veulent toujours pas aller plus loin. En creux, ils laissent entendre qu’on devrait demander à Renault de négocier aussi. On va aller à la Régie aussi, c’est vrai, c’est à PSA et à Renault de nous payer conjointement la prime de 30 000 euros. » Pour Richard Esteban, responsable de FO, « d’après les camarades de Poissy qui nous soutiennent, PSA qui, pour nous racheter les stocks, ne nous propose que 3 000 euros par personne, a largement les moyens de doubler, voire de tripler cette somme. »

Faute d’accord sur la prime « extralégale », les salariés, poussés à bout et abandonnés, menacent de détruire toutes leurs pièces et de saboter les machines au 31 juillet. Une réunion est prévue avec le cabinet de Christian Estrosi au secrétariat d’État à l’Industrie. « À l’État, on n’a qu’une chose à demander, c’est qu’il s’asseye sur les dettes de l’entreprise et qu’on puisse ainsi trouver à financer notre prime, avance encore Guy Eyermann. La discussion n’est pas vraiment ouverte, mais elle n’est pas totalement fermée, on doit enfoncer l’épaule dans la porte. Notre pognon, on sait où il est… C’est chez les donneurs d’ordres qui ont bénéficié des aides d’État, chez Renault et PSA qu’il faut aller taper, c’est là que ça se joue ! »

Thomas Lemahieu

Article : L'Humanité

Publié dans Luttes sociales

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article