Iran

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Iran : Rafsandjani sort de son silence

Personnage influent mais opposé à Ahmadinejad, l’ancien président s’est exprimé pour la première fois depuis le 12 juin.
Les enjeux du retour de l’ancien compagnon de l’ayatollah Khomeyni, à lire dans l’Humanité de lundi.

Le silence d’Hachémi Rafsandjani, personnage incontournable de la république islamique, n’avait pas manqué d’étonner. Lui qui avait apporter son soutien à Mirhossein Moussavi lors de la dernière présidentielle n’avait pas pipé mot lors de la répression qui avait suivi l’annonce des résultats. Un silence d’autant plus étonnant que ses griefs à l’encontre de Mahmoud Ahmadinejad sont légions, à commencer par sa défaite lors de la présidentielle de 2005. Une défaite qu’il attribue notamment aux prises de position du guide suprême, Ali Khamenei qui lui doit pourtant sa fonction puisqu’à la mort de l’ayatollah Khomeyni c’est lui, Rafsandjani, qui a porté Khamenei sur les fonds baptismaux (si l’on peut dire) alors que ses titres religieux auraient du lui barrer une telle voie.

Il a donc choisi de s’exprimer, et pas de n’importe quel manière. Il n’a pas choisi Internet ni même le twitter. Il n’a pas fait faire de communiqués par ses proches. Sûr du pouvoir qu’il possède au sein de la république islamique, il a rappelé à ceux qui auraient eu tendance à l’oublier, qu’il est l’un des quatre prédicateurs habilités à prononcer le sermon du vendredi à la mosquée de l’université. Il a donc pris la parole devant des dizaines de milliers de fidèles, pour la première fois depuis l’élection présidentielle controversée du 12 juin. « Nous sommes tous membres d’une même famille. J’espère par ce sermon que nous pourrons traverser cette période difficile que l’on peut qualifier de crise », a-t-il lancé. Une déclaration qui s’apparente à un défi lancé à la face de Khamenei, qui avait ratifié les résultats des élections malgré la contestation de la rue.

« Aujourd’hui nous avons plus que jamais besoin d’unité »

En présence de Mirhossein Moussavi, qui faisait ainsi sa première apparition publique depuis l’élection de juin, qu’il juge truquée, Rafsandjani a souligné qu’un grand nombre d’Iraniens doutaient toujours de l’honnêteté d’un scrutin remporté avec une surprenante marge d’avance par Mahmoud Ahmadinejad, et estimé que ces « doutes » devaient être « levés ». Il a critiqué le Conseil des gardiens, l’instance religieuse chargé d’examiner les plaintes pour irrégularités. « _ Quand les gens ne sont pas présents et que leurs votes ne sont pas là, le gouvernement n’est pas islamique. L’amertume est de mise aujourd’hui », a-t-il ajouté en soulignant que la population devrait retrouver la confiance dans le système. « Cette confiance ne peut être rétablie du jour au lendemain. Nous avons tous été atteints. Aujourd’hui nous avons plus que jamais besoin d’unité », a-t-il poursuivi. Il a également critiqué le recours aux forces de sécurité pour réprimer durement les manifestations de masse qui ont suivi la proclamation des résultats de l’élection et réclamé la libération des nombreuses personnes arrêtées à cette occasion et toujours détenues. Parmi elles figurent d’ailleurs de nombreux journalistes, selon les organisations de défense des droits de l’homme. « Ce n’est pas nécessaire de faire pression sur les médias. Il faut que nous les laissions travailler librement dans le cadre de la loi », a-t-il insisté. « Si les aspects islamique et républicain de la Révolution ne sont pas sauvegardés, cela veut dire que nous avons oublié les principes de la Révolution », a-t-il affirmé en se présentant comme un acteur de celle-ci « sur une base quotidienne ».
A l’issue de la prière, des milliers de partisans de Moussavi arborant la couleur verte du candidat et scandant « Ahmadinejad démission ! » ont affronté la police qui les a dispersés à coups de matraque et de gaz lacrymogènes. Une quinzaine de personnes ont été arrêtées. Mehdi Karoubi, un autre candidat malheureux à l’élection du 12 juin, a été frappé. Moussavi a annoncé il y a quelques jours, sa volonté de créer un « Front politique ». Le frère de Rafsandjani a indirectement apporté son soutien à la création d’un tel groupement. « Les conditions politiques et sociales pour la création d’un Front existent car les gens qui ont voté pour Moussavi forment une force immense, membres pour la plupart de l’élite des universitaires et des étudiants », a déclaré Mohammad Hachémi.

Reste maintenant à savoir l’impact des déclarations de Rafsandjani. Marquent-elles une volonté d’affrontement avec le Guide suprême ou, au contraire, ouvrent-elles une possibilité de conciliation ? Si Ali Khamenei a soutenu Ahmadinejad à un moment où son pouvoir pouvait sembler vacillant, il n’est pas certain que les deux hommes restent unis. Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du quotidien conservateur Kayhan, estime que « le mot le plus juste pour décrire la situation actuelle, c’est celui de conspiration ». Mais Khamenei est resté silencieux.

Pierre Barbancey

Article : L'Humanité


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