Petite histoire des grandes vacances

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS



A l'origine, les vacances rimaient avec les principales manifestations religieuses du catholicisme, à l'exception des grandes vacances qui étaient liées aux activités rurales. Dès 1231, le pape Grégoire II accordait des vacances pour les travaux agricoles. Ces vacances, qui ne devaient pas excéder un mois, portaient le nom bien significatif de "vendanges" et avoisinaient 80 jours annuels. La Révolution et l'Empire édictèrent une réglementation unifiant les congés scolaires sur l'ensemble du territoire français.

Au cours du XIX siècle, les congés scolaires vont peu à peu grignoter le temps de présence à l'école. Ainsi en 1800, les seules vacances accordées commençaient le 5 août, pour se terminer le 20 septembre. Elles correspondaient à l'aide que les enfants devaient apporter lors des vendanges et de la moisson. Il faudra attendre 1860 pour que Napoléon III accorde 5 jours de vacances supplémentaires pour les fêtes de Pâques.
La III è République uniformise les congés scolaires des premier et second degrés; dix semaines de congés, accordées en été, exauçaient les voeux des populations paysannes. En 1950, 49% de la population française exercait encore une profession rurale. La moisson et les vendanges s'étalaient d'août à la fin septembre et exigeaient la présence de nombreux bras, dont ceux des adolecents scolarisés. Cependant, l'instauration des congés payés, la grande victoire du mouvement ouvrier de 1936, boulverse complètement la belle ordonnance du calendrier scolaire.
A partir de 1955, avec l'aisance économique accompagnant "les trente glorieuses", de très nombreuses familles salariées partent régulièrement en vacances dès le 1er  juillet désorganisant l'agencement de la fin de l'année scolaire située entre le 1er et le 15 juillet. Dès 1960, la rentrée est avancée au 16 septembre et le début des  grandes vacances est fixé au 28 juin en 1961. La population agricole étant encore importante, et la petite paysannerie ayant toujours besoin de l'aide des adolescents, la circulaire fixant le calendrier scolaire de l'année 1960/1961 précise qu'il est prévu des autorisations d'absences entre le 15 et 30 septembre accordées par l'inspecteur d'académie, sur demande des personnes responsables, aux enfants ayant au moins 12 ans qui sont occupés aux travaux agricoles, dans les départements vinicoles compte-tenu des travaux de vendanges. Depuis 1981, les vacances se déchristianisent, les jours de congés liés au Mardi gras deviennent les  vacances d'hiver, celles de Pâques prennent la dénomination de vacances de printemps. Sous l'impulsion des mouvements pédagogiques qui exigent un rééquilibrage des vacances scolaires, "les grandes vacances" devenues "vacances d'été" vont être amoindries au profit des vacances de la Toussaint, 10 jours accordés de la fin octobre au 2 novembre, et d'hiver, 2 semaines réparties entre février et mars suivant les académies. Les deux semaines de vacances de septembre disparaissent définitivement avec l'extinction de la petite paysannerie française. Cette nouvelle répartition suggérée au temps du ministère d'Alain Savary (1981/1984), reprise par Jack Lang (1992/1993), tient compte, non seulement de l'intérêt des élèves, de la disparition du travail aux champs des adolescents, mais aussi des intérêts subtilement liés au tourisme. Les mois de juillet et d'août ne peuvent être entamés sans risques de protestation des corporations professionnelles ayant des activités touristiques d'été.
En outre, les vacances d'hiver, anciennement liées au Mardi gras, ont permis le développement des stations d'hiver..
En conclusion, "les grandes vacances" liées aux activités agricoles de la France du XIXè siècle et de la première partie du XXè siècle sont devenues "les vacances d'été" liées aux congés payés et aux activités touristiques depuis la seconde moitié du XXè siècle  et le début du XXIè siècle.

Daniel Moatti
(Chercheur associé au Laboratoire d'Antropologie, Mémoire, Identité et Cognition sociale)
Paru dans le bulletin ONCF de juillet 2009


Publié dans Document

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article