Vacances : partir quand même

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Reportage dans une station balnéaire de Charente-Maritime, où les estivants, au budget serré, évitent restaurants et commerces, rognent sur la durée du séjour, optent pour le camping.

Ronce-les-Bains, envoyée spéciale.

Ils ont planté leur tente à l’ombre des pins, sur une petite colline qui domine le camping. Stéphane et Bénédicte ont l’habitude de camper : vendeurs en magasin de bricolage, le couple ne peut s’offrir ni location de maison ni chambres d’hôtes. Mais cette année, le budget est encore plus serré. Plutôt que le Sud, trop cher, ils ont opté pour Ronce-les-Bains, charmante station balnéaire en face de l’île d’Oléron. « On était passé il y a trois ans, raconte Stéphane, les prix nous semblaient abordables. » Mais à 300 euros les deux semaines sous la tente, le couple doit réduire ses dépenses : pour venir du Calvados, les routes nationales ont remplacé l’autoroute ; depuis leur arrivée, ils ne se déplacent qu’à vélo et, cette année, aucune visite n’est au programme. « C’est simple, confie Bénédicte, il y a trois ans, on pouvait se permettre deux restos par semaine. Cette année, ce sera zéro, pas même un cocktail. »

Crise et baisse du pouvoir d’achat

Comme la majorité des Français, Bénédicte et Philippe ne sont pas prêts à sacrifier leurs congés d’été. Mais crise et baisse du pouvoir d’achat les ont contraints à opter pour des vacances moins coûteuses. Partir quand même donc, mais pas à n’importe quel prix : l’Hexagone plutôt que l’étranger, le camping au lieu de la location, et les sandwichs remplacent le restaurant.

À Ronce-les-Bains, contrairement aux années précédentes, les campings ont fait le plein durant tout le mois de juillet. Autre nouveauté : de jeunes couples ont fait leur arrivée dans une clientèle d’habitués plutôt âgés. Auparavant adeptes du Sud ou des voyages en club, cette année, ces vacanciers ont choisi de partir moins loin et moins cher.

Avec ses dix hectares de forêts de pins maritimes, sa côte sauvage aux plages magnifiques et ses cabanes ostréicoles, Ronce-les-Bains, station balnéaire de La Tremblade, a de quoi séduire plus d’un touriste. Jean-Claude, Michel et Pierrot en savent quelque chose. Chaque été, ces trois sexagénaires se retrouvent devant leur tente, à fumer des Gitanes maïs et à observer les vacanciers. « Nous, on est retraités, donc pas visés par les licenciements, mais on voit bien qu’autour de nous les gens font les riches alors que c’est faux. Avant, ils allaient jusqu’en Espagne mais avec le prix du carburant, ils vont moins loin. » Quelques tentes plus loin, Jacky et Josiane, couple de quinquagénaires de Niort (Deux-Sèvres), ont choisi de rogner sur la durée du séjour : « C’est la première année qu’on ne part que deux semaines, avant c’était toujours trois. Mais les budgets sont plus serrés. À 420 euros la semaine en mobil-home, on n’ira pas au resto. »

Dans la rue commerçante qui mène à la mer, autos tamponneuses, boutiques de souvenirs, glaciers et bars se succèdent. Nombreux sont les touristes qui s’y baladent. Mais de là à entrer dans les boutiques, il y a un pas que beaucoup ne franchissent pas. Et les commerçants font grise mine. « C’est une blague ? » répond Karl quand on lui demande si son commerce est touché par la crise. À quarante ans, ce gérant d’une boutique de vêtements « de style artisanal » voit ses investissements fondre comme neige au soleil. « Mon chiffre d’affaires a baissé de 40 % par rapport à l’an dernier, explique-t-il. La télé n’arrête pas de répéter que c’est la crise, alors forcément, les gens achètent moins. » Dans la boutique d’à côté, David n’en mène pas large non plus. Il a installé, en début de saison, une « bonbonnerie ». Mais au milieu des sucettes et des sucreries, le trentenaire s’ennuie ferme : « Cet été, c’est la misère, on pleure tous. Les gens vivent de plus en plus en autarcie dans les campings. » En ce début août, son chiffre d’affaires est en berne : à peine un tiers de ses prévisions.

Pourtant le nombre d’estivants n’a pas baissé cette année. Comme les années précédentes, La Tremblade, de 5 000 âmes en hiver, voit cet été le nombre de ses habitants multiplier par cinq. Ce qui change, ce sont les habitudes des vacanciers, comme l’explique Laurent Pineau, agent d’accueil à l’office de tourisme : « Sur l’ensemble de la saison, nous aurons autant de monde mais réparti différemment. Avant, de la mi-juillet à la mi-août, on était complet, maintenant, les séjours sont beaucoup plus fragmentés, plus courts et plus espacés, de Pâques à septembre. »

une spectaculaire baisse des activités

Autres changements : les classes moyennes, habituées à l’hôtel, optent davantage pour les mobil-homes. Enfin, tous les professionnels notent une baisse spectaculaire des activités connexes (balades en mer, visites, restaurants…). Comme pour le confirmer, Bénédicte et Stéphane passent devant l’office de tourisme à vélo. Ils ne s’arrêteront pas dans les boutiques, mais iront directement à la plage.

Marie Barbier

 

L'Humanité

 


Publié dans Actualités : Social

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