"Rondes citoyennes" : les Italiens sous auto-surveillance

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Italie
Un décret autorisant des volontaires à patrouiller dans les villes italiennes a été signé samedi. Bien que réglementée, l’initiative reste très critiquée par la gauche. Certains maires s’y opposent dans leur commune.

Les rondes sont devenues légales en Italie. Depuis l’adoption au printemps du « paquet sécurité » par le gouvernement, le projet de faire participer les citadins à leur sécurité faisait débat dans le pays. Le ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, a finalement signé, le 8 août, le décret d’application de la mesure controversée.

Membre de la Ligue du Nord, parti italien contre l’immigration, Roberto Maroni défend sa loi sécuritaire. Face aux critiques, il rétorque que le décret n’instaure pas les rondes, mais les règlemente. Maximum trois personnes par groupe, minimum 18 ans pour participer. Un des trois volontaires doit cependant être âgé d’au moins 25 ans. Gilets jaunes fluos sur le dos, ils patrouillent à pied et n’ont pas le droit d’être armés. Il ne doivent faire partie d’aucun parti politique et leur casier judiciaire doit être vierge. Un certificat doit par ailleurs prouver qu’ils ne présentent aucun trouble mental. "Il me semble que tout cela soit assez pour éviter que dans les rues finissent des fous", conclue Maroni.

Pour le ministre, ces "associations de volontaires pour la sécurité" ont une fonction de service. Ils vont faire des tours dans les quartiers mal famés, contrôlent et avertissent ceux qui doivent l’être. Plus de 2000 personnes en Italie sont prêtes à s’enrôler, principalement des anciens des forces de l’ordre, affirme le Mouvement social italien, un groupe d’extrême droite.

"Arrêtez ce délire"

"Arrêtez ce délire", s’exclame Marco Minniti, le responsable de la Sécurité du Parti démocrate (Pd), évoquant un "coup au cœur de la démocratie". La gauche s’insurge contre ces rondes, qu’elle juge "liberticides". Elle craint que "désormais, tout le monde se sente autorisé à faire des rondes". Les communistes les considèrent même comme "une réédition des milices fascistes".

Au centre, le président des sénateurs de l’Union des chrétiens-démocrates (Udc), Giampiero D’Alia, dénonce "une mesure démagogique et dangereuse" menant à une "justice sommaire faite maison qui n’apportera que des dommages au pays et aucune sécurité".

Les fonctionnaires de police, quant à eux, dénoncent la possibilité des détenteurs de port d’arme d’y participer. Bien que la loi l’interdise, la tentation sera forte de s’armer lors des contrôles. Les Italiens possèderaient environ 10 millions d’armes. Donnée préoccupante, vu la difficulté de contrôler ce marché.

Le Vatican avait également condamné la création de ces rondes en février dernier. Le Conseil pontifical des migrants estime qu’elles représente "une abdication de l’Etat de droit".

Mais Roberto Maroni n’est pas à cours d’arguments : "Au-delà des critiques, on voit bien aujourd’hui que ce modèle fonctionne. Comment expliquer sinon qu’à intérieur du G8, il ait suscité tant d’intérêt."

"Les rondes sont inutiles et improductives"

Il est prévu que l’instauration de rondes soit laissée à l’appréciation des maires. Elles devraient être mises en place à Rome. Le maire de droite, Gianni Alemanno, est très attaché à la participation de volontaires. "L’engagement des citoyens est fondamental, comme c’est le cas en Amérique.", justifie-t-il, "à New York par exemple, il existe une police de volontaire qui font des tours avec une radio et donnent l’alarme quand il arrive quelque chose."

Au contraire, ces rondes ont peu de chances de voir le jour à Naples, ville pourtant connue pour sa forte criminalité. La maire, Rosa Russo Iervolino, n’approuve pas cette pratique. "Les rondes sont inutiles et improductives", tranche-t-elle. "La sécurité doit rester un devoir essentiel des institutions publiques et des forces de police qui ont acquis en la matière un nécessaire et fort professionnalisme", explique-t-elle.

Elle craint que l’initiative marque l’incompétence de l’Etat dans les esprits et ne discrédite l’administration. Pour Rosa Russo Iervolino, loin de rendre les rues plus sûres, les rondes entraîneront plus de violences. "L’éventuelle et non improbable couleur politique, en dépit des règles fixées par le décret ministériel, pourrait provoquer des tension entres les citoyens, si ce n’est des heurts, comme cela est déjà arrivé dans quelques villes", prévient-elle.

Les volontaires "courent eux-mêmes de grands risques, augmentant le travail des gendarmes et de la police d’Etat." Nombreux sont les maires à juger cette aide civile contre-productive.

Nolwenn Le Fustec

L'Humanité



Publié dans Monde : actualités

Commenter cet article