En Allemagne, des régionales qui rebattent les cartes

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Allemagne. Les « petits » partis, et en particulier Die Linke en Sarre et en Thuringe, triomphent dans les scrutins de dimanche, confirmant le recul de la CDU mais aussi du SPD.

La presse germanique était unanime ce lundi pour relever que le résultat des trois élections régionales de ce dimanche en Saxe, Sarre et Thuringe rendaient l’issue du scrutin législatif du 27 septembre pour le renouvellement du Bundestag « bien plus incertaine et passionnante » que généralement convenu. La débâcle électorale enregistrée par la droite chrétienne-démocrate (CDU) en Sarre et en Thuringe complique en effet la tâche d’Angela Merkel dont le désir d’être réélue à la chancellerie à la tête d’une coalition de droite pure sucre entre la CDU et le parti libéral (FDP) semble, pour l’heure, sérieusement contrarié alors que ce scénario était quasiment présenté comme joué d’avance jusque-là par les instituts de sondages et la plupart des médias.

Le scrutin révèle en fait le degré extrême d’impopularité des deux poids lourds d’un système bipartisan qui a commencé à se déliter à la fin des années 1980 avec l’irruption des Verts puis celle confirmée de façon spectaculaire de Die Linke (héritier du PDS). Un système à 5 partis s’impose ainsi désormais pleinement alors que la crise de confiance à l’égard des deux ex-mastodontes, réunis au sein d’une grande coalition, s’accentue.

En effet si les pertes de la CDU sont spectaculaires (voir notre encadré avec les résultats définitifs) on ne peut pas dire que cette dégringolade profite aux sociaux-démocrates (SPD). Bien au contraire ils reculent aussi très nettement en Sarre et se maintiennent mais à un niveau très bas dans les deux autres Länder. Même dans les élections municipales organisées aussi ce dimanche 30 août en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le SPD perd globalement du terrain (- 1,7 %), en dépit des succès enregistrés à Cologne ou à Dortmund. Et si Frank-Walter Steinmeier, le candidat à la chancellerie du SPD, exprime sa satisfaction de voir la campagne à l’élection du Bundestag « relancée », Il pointe uniquement : « Ce pays ne veut pas d’une coalition noir-jaune (CDU-FDP) » sans même mentionner une éventuelle alliance de gauche - toujours taboue au niveau national pour le SPD. Ce qui, de fait, ne laisse ouverte que la possibilité d’une reconduite d’une grande coalition (CDU-SPD).

Parmi les trois « petits » partis qui affichent tous des progrès sensibles, Die Linke ressort indiscutablement comme le grand vainqueur de ce dimanche grâce à la performance réalisée en Sarre. Une campagne très dynamique associée à la notoriété de sa tête de liste, Oskar Lafontaine (l’ex-président du SPD fut aussi ministre-président de la Sarre pendant treize ans) lui a permis de passer haut la main la barre des 20 % déjouant les pronostics des sondages et pulvérisant le précédent record du parti dans ce Land (18,5 % lors des élections au Bundestag de 2005.)

La volonté des électeurs de sanctionner la droite sarroise et en même temps la grande coalition et sa politique antisociale sont aussi de toute évidence à l’origine de cette percée qui permet à Die Linke de « s’installer » dans l’ouest du pays au point de figurer en pole position dans les dures négociations qui s’annoncent pour former le gouvernement du Land, la balle étant dans le camp des Verts sarrois qui ont laissé ouverte la possibilité de former in fine une coalition avec la gauche (SPD et Die Linke) comme avec la droite (CDU-FDP).

Bruno Odent

 

L'Humanité

 

 


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