Pyramide de chaussures

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

A vos chaussures !
Une paire de chaussures, puis deux, puis trois, jusqu’à former une grande pyramide. Handicap International organise samedi la 15ème édition de ses « pyramides de chaussures ». Une action ludique et symbolique pour parler d’un sujet beaucoup plus grave : les bombes à sous-munitions.

Si vous passez par la place de la Bastille à Paris, samedi 26 septembre, vous serez sans doute surpris par de drôles de monticules composés de dizaines de paires de chaussures. Un débarras ? Une brocante géante ? Non, la 15ème édition des « pyramides de chaussures » organisée par Handicap International. Toute la journée, 32 villes de France s’associeront à l’ONG pour sensibiliser le public à la question des BASM.

BASM, kézako ?

Les BASM, ou bombes à sous-munitions, sont les sœurs siamoises des mines antipersonnel et font autant de ravages que ces dernières. Larguées sur des surfaces très larges, entre 5 et 40% n’explosent pas au premier impact et se transforment en mines-antipersonnel, tuant ou mutilant des milliers de personnes chaque année : 5426 pour 2007. Selon le rapport de l’Observatoire des mines pour l’année 2008, une personne est victime de mine ou de munition non explosée toutes les 90 minutes. Un chiffre en progrès. Il y a encore dix ans, une personne était blessée ou mutilée toutes les 20 minutes. En 2007, selon ce même rapport, seuls 2 pays ont utilisées des armes à sous-munitions : la Russie et la Birmanie.

Du côté législatif, alors que depuis 1999 le traité d’Ottawa interdit l’acquisition, la production, le stockage et l’utilisation des mines antipersonnel, le traité d’Oslo signé le 3 décembre 2008, prévoit la même chose pour les BASM. Dans un contexte aussi encourageant, pourquoi s’alarmer et continuer à construire des pyramides au bout de 15 ans ?

34 pays produisent encore des BASM

Lorsque l’on pose cette question à Marion Libertucci, chargée de la question des mines et BASM chez Handicap International, elle rit. Elle rit parce que cela n’est pas si simple. Le traité d’Oslo, s’il existe, n’est pas encore entré en vigueur. « Actuellement, 100 pays ont signé le traité. 17 l’ont ratifié. Il en manque encore trente pour qu’il prenne effet officiellement ». Parmi les 17 pays qui l’ont ratifié : Allemagne, Espagne, Autriche, Irlande, Japon… mais pas la France. « On espère que Bernard Kouchner le fera à l’issue du sommet des Nations Unies qui se tient actuellement à New-York » confie Marion.

L’Amérique, hôte des Nations Unies, n’a toutefois pas encore signé le traité. Pourtant, « les Etats-Unis possèdent entre 700 millions et un milliard de ces armes en stock » selon Marion. Ajoutez aussi la Chine, Cuba, l’Inde, l’Iran et vous aurez un aperçu des pays qui ont produit des armes à sous-munitions en 2007. 34 au total. Les Etats-Unis ont toutefois décrété un moratoire en 2007 qui limite l’exportation de leurs armes à l’étranger, mais les bombes sont toujours là. « L’objectif principal maintenant, c’est la destruction des stocks et l’aide aux victimes dont 71 % sont des civils. On estime que 33 pays sont touchés par les BASM. A titre d’exemple, les Etats-Unis ont largué 383 millions de bombes à sous-munitions sur le Laos ».

« Donner une légitimité à notre action »

Aujourd’hui, Handicap International attend de la France en particulier qu’elle ratifie le traité, en fasse la promotion auprès des Etats européens et s’engage pour financer l’aide aux victimes et la destruction des armes. Un souhait difficile à concrétiser sans la pression de l’opinon publique. « Samedi, nous inviterons les gens à signer notre pétition pour inviter les Etats à signer et ratifier le traité d’Oslo » souligne Marion Libertucci avant d’ajouter : "ces pétitions ne servent pas à rien : nous les transmettons aux chefs d’Etat, elle donne une légitimé à notre action ». Depuis 2004, 700 000 personnes l’ont signé et rien que l’année dernière, 70 000 personnes l’ont signé lors de la journée de la pyramide.

Cette année, pour toucher un public plus jeune, "moins familial", l’ONG a organisé un flashmob via le site communautaire Facebook, en plus des stands d’information, des démonstrations de déminage, d’handisports et des concerts. Le dresscode (ou tenue exigée) : le noir.

Si vous ne savez plus quoi faire de vos paires de chaussures, n’hésitez pas à venir les déposer samedi place de la Bastille à Paris ou dans les 31 autres villes participantes (la liste ici) pour soutenir l’action d’Handicap International. Et si vous vous demandez ce que deviendront vos godillots, sachez qu’ils seront ensuite redistribués à des personnes démunies.

Pour signer la pétition d’ Handicap International « Non aux BASM » : http://www.sousmunitions.org/je-signe/

Eléonore Tournier

L'Humanité

 

 

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