Le Front de gauche, "réalité incontournable"

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Christian Picquet, porte-parole de la Gauche unitaire, annonce la participation de son mouvement aux ateliers de la gauche et se félicite de la création du comité de liaison permanent.

La Gauche unitaire va-t-elle participer aux ateliers proposés par le PCF et ouverts à toute la gauche, y compris au PS ?

Christian Picquet. Dès que Marie-George Buffet nous en a fait la proposition, nous avons été favorables à ce que ces ateliers soient coorganisés par le Front de gauche, afin d’approfondir la dynamique des européennes. Du retard a été pris. Mais c’est aujourd’hui ce qui semble se dessiner, puisque le PCF, le Parti de gauche et la Gauche unitaire sont d’accord pour en faire l’acte fort d’une clarification des positions en présence à gauche. Autant on ne peut imaginer une plate-forme partagée avec la direction d’un Parti socialiste toujours plus engagé dans sa dérive sociale-libérale, autant il n’y a rien à craindre de la confrontation publique avec elle, projet contre projet, proposition contre proposition. Des centaines de milliers de femmes et d’hommes, qui restent de coeur socialistes ou écologistes, sont complètement déconcertés. Il faut s’adresser à eux, les convaincre qu’une nouvelle gauche est possible.

Les trois composantes (PCF, PG et GU) du Front de gauche ont décidé de créer un comité de liaison. Dans quel but ?

Christian Picquet. La création d’un comité de liaison permanent concrétise la pérennisation du Front de gauche. Nos trois formations, sans rien renier de leurs identités, vont conduire des campagnes communes sur les urgences sociales et environnementales. Elles vont surtout se mettre au travail pour dégager les grands axes d’une plate-forme partagée en rupture avec les logiques libérales et capitalistes. Un cap est donc franchi.

Une plate-forme dans le cadre des élections aux régionales ?

Christian Picquet. Cela va bien au-delà des régionales. Il est vrai cependant que cette question n’est pas tranchée au sein du Front de gauche. Mais c’est dans la mesure où les rythmes de décision de ses différentes composantes ne sont pas les mêmes. Le PCF ne fera ainsi une offre politique que le 24 octobre. Ce n’est nullement dramatique. Notre Front est une construction inédite, où l’on progresse pas à pas et où l’on vérifie échéance après échéance qu’il est possible d’avancer. La dynamique n’en est pas moins donnée lorsque, trois mois après les européennes, la formation d’un comité de liaison permanent vient matérialiser qu’il est désormais une réalité aussi durable qu’incontournable !

Comment expliquez-vous les divergences qui se sont révélées ces derniers mois ?

Christian Picquet. Je suis convaincu que la déclaration aurait parfaitement pu être publiée avant la Fête de l’Humanité. Il est toutefois normal qu’entre nos courants, du fait de leurs histoires et de leurs traditions distinctes, il y ait besoin d’ajustements, de vérifications, de discussions sur des échéances qui, telles les régionales, nous confrontent à des questions stratégiques essentielles.

Quelle est la position de la Gauche unitaire sur le scrutin régional ?

Christian Piquet. Cette élection doit permettre d’affirmer un début d’alternative aux dangers de désintégration et de défaite dont le social-libéralisme menace toute la gauche, avec notamment le projet d’une alliance au centre. La reconstruction d’une perspective globale à gauche suppose l’indépendance par rapport au PS. Bien sûr, la gauche et la droite ne mènent pas les mêmes politiques dans les régions. Reste que les majorités dominées par le PS se sont le plus souvent inscrites dans une approche extrêmement consensuelle, évitant l’affrontement avec les logiques libérales et capitalistes, quoi qu’aient pu tenter les élus communistes ou certains écologistes. En conséquence, les deux orientations traversant la gauche doivent se confronter. Il n’est pas d’autre méthode que de faire juge le peuple de gauche. C’est à lui de déterminer le rapport des forces réel. La gauche de gauche n’est pas vouée à la marginalité et au témoignage, elle peut ambitionner de devenir majoritaire au sein de la gauche. C’est, me semble-t-il, ce qui justifie la présentation des listes autonomes du PS au premier tour.

Y a-t-il, selon vous, un changement de ton de la part du NPA depuis ses résultats aux élections européennes ?

Christian Picquet. Le NPA doit prendre acte de l’échec de son projet initial d’être la force hégémonique à la gauche du PS. Quand Olivier Besancenot déclare que la gauche est menacée d’un désastre à l’italienne, cela devrait le conduire à renoncer aux replis boutiquiers pour s’insérer dans la coalition la plus large possible, respectueuse de l’apport de chacun. Le NPA le fera-t-il ? Je vois bien que certains, en son sein, se montrent enclins à ne faire qu’un tour de piste pour décréter in fine que les conditions d’un accord ne sont pas réunies. Ainsi, l’exigence que la non-participation aux exécutifs régionaux soit une condition préalable à tout accord peut amener ce parti à refaire cavalier seul, comme aux élections européennes. J’espère ardemment que les militants sauront imposer un changement de cap.

La lecture de la déclaration commune aux forces libérales et anticapitalistes, publiée le 28 septembre 2009, ne laisse-t-elle pas un goût d’inachevé ?

Christian Piquet. Il est déjà très important que les forces autour de la table (FASE, GU, Alternatifs, NPA, PCF, PCOF, PG) affichent ensemble leur soutien aux mobilisations, leur souhait de dégager une alternative en rupture avec le système capitaliste et productiviste et leur volonté d’agir, en mars prochain, pour battre la droite et mettre en oeuvre, à l’échelle des régions, des programmes qui tranchent avec les logiques dominantes. Le Front de gauche a largement contribué à ce que la déclaration soit très claire sur ces points. Il convient encore de vérifier qu’il existe bien un accord sur une ambition commune. Pour sa part, la Gauche unitaire estime qu’une gauche de gauche rassemblée doit afficher sa vocation majoritaire, à gauche et dans le pays, si elle veut se hisser à la hauteur des enjeux, oeuvrer à la défaite de la droite et remobiliser l’électorat populaire.

Des divergences sur cette ambition dont vous parlez sont apparues entre les participants à la rencontre ?

Christian Piquet.  La plupart des organisations ont affirmé qu’il fallait le rassemblement le plus large. À commencer par le Front de gauche, dont c’est la raison d’être. Du côté du NPA, les choses n’étaient pas encore aussi claires. Le point très positif est que tout le monde se retrouve autour de la même table et travaille, dans un cadre commun, à vérifier que les bases d’une campagne commune existent bien. C’est un point d’appui pour éviter la réédition des divisions du passé.

Entretien réalisé par Mina Kaci

 

L'Humanité

 


Publié dans Politique

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