JEUNESSE SARKOZY

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Péril pour les jeunes

Le chef de l’État a annoncé un dispositif qui réactive la logique du SMIC jeune, du CIP et du CPE, dénoncés en leur temps par toute une classe d’âge.

À Avignon, Nicolas Sarkozy a baratiné. Comme on le dit d’un camelot ou d’un VRP en quête d’un segment de clientèle. Là, c’étaient les jeunes. Devant un parterre trié sur le volet par l’UMP locale. Le souci présidentiel ? Intervenir sur une tranche d’âge qui ne fait sociologiquement pas partie de son électorat le plus fidèle, celui-ci s’identifiant majoritairement parmi les plus de cinquante ans. Sauf à considérer que ce n’est pas aux jeunes que le président s’est adressé mais à leurs parents, soucieux et en proie au doute.

Au-delà de la préoccupation électorale, la démarche propositionnelle (l’enveloppe affichée est de 500 millions d’euros) n’est pas tant marquée par une soif de justice que par une inspiration idéologique déjà en oeuvre avec l’affaire du CPE, lancé en son temps, par Dominique de Villepin.

Officiellement, le thème du discours est une déclaration « de guerre sans merci contre le décrochage scolaire », axe d’une bataille censée être en faveur « des 18-25 ans, dans un premier temps en rupture avec le système éducatif (100 000 par an, selon le président) et ensuite livrés à la précarité des petits boulots ». La campagne militaire a aussi un champ précis : « le triangle des Bermudes », où se retrouvent ces jeunes, « puisque aucun processus n’est prévu pour eux ». Il s’agirait donc d’une sorte d’ingérence humanitaire en faveur de catégories de la population (qui alimentent à hauteur de 24 % le nombre total de demandeurs d’emploi, ce qui fait tache dans les statistiques) que le président unifie et montre du doigt sous le vocable de « décrocheurs », qu’ils aient quitté l’école à seize ans ou qu’ils aient abrégé leur cursus universitaire. La question de savoir pourquoi ils ont arrêté leur formation ne sera pas posée ni celle de la réalité des emplois auxquels ils devraient pouvoir prétendre.

Le dispositif présidentiel pour les plus jeunes (seize à dix-huit ans) prévoit « un droit à la formation ou à l’emploi avec un suivi », et des conseils délivrés par « un grand service public de la formation ». La contrepartie est « d’accepter toute formation ou emploi qui sera proposé ». Non précisé mais implicite : quel que soit le salaire ! C’est là qu’intervient la plus grosse supercherie du plan Sarkozy : l’extension du RSA pour les moins de vingt-cinq ans. Il ne s’agit que de la partie « chapeau » de cette allocation et non de la part de l’ex-RMI. Autrement dit, l’allocation compensatoire ne peut concerner que ceux qui ont déjà travaillé. Ce qui est restrictif. Pis, le président place des mines. Il faudra avoir travaillé un minimum de deux ans sur une période de trois ans… Ce qui exclut une quasi-majorité de jeunes pour lesquels il est très difficile d’opposer deux ans d’expérience. En revanche, pour la minorité susceptible d’entrer dans le dispositif, le risque est d’offrir à des employeurs une nouvelle aubaine à l’embauche à bas salaires sur des petits emplois. Les étudiants se verront attribuer le versement d’un dixième mois de bourse à condition d’être dans un cursus de dix mois, ce qui ne concerne que 9 % d’entre eux. La condition est une totale assiduité sous contrôle, ce qui exclut les étudiants contraints de travailler tout en poursuivant des études.

La seconde supercherie du discours présidentiel est dans la proposition de création d’un service civique. D’abord parce que l’idée n’est pas nouvelle puisqu’une proposition de loi en ce sens va prochainement être discutée au Sénat. L’objectif est l’intégration de 10 000 jeunes dès 2010. À terme, 10 % d’une classe d’âge (70 000 personnes). Autant de moins pour le nombre officiel de chômeurs. On notera que, fin avril, Nicolas Sarkozy avait déjà présenté « un plan d’urgence pour l’emploi des jeunes », dont le taux de chômage avait commencé à s’envoler dès janvier 2008. Ce plan était principalement axé sur la relance des formations en alternance, via une incitation financière versée aux employeurs qui embauchent un jeune en apprentissage ou en contrat de professionnalisation. Avec le succès que l’on sait. Dominique Bègles

L'Humanité


Publié dans Actualités : Social

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