A propos de "geste"

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Le principal tabou des libéraux ? Aligner de toute urgence la taxation des revenus du capital sur celle du travail…

Par Jean-Emmanuel Ducoin

Le bourrage de crâne à dose médiacratique persiste. A en croire certains commentateurs que la facilité égare, "l’habileté politique" (sic) serait donc du côté du gouvernement depuis la remise aux partenaires sociaux du "document d’orientation" concernant l’avenir de nos retraites. En dessinant pourtant un peu plus que "les contours "d’un projet de régression à grande échelle, qui commence par le recul de l’âge légal, François Fillon et Éric Woerth auraient néanmoins réussi leur "coup politique "en évoquant la possibilité d’une taxation des hauts revenus et ceux du capital. La pilule du recul de l’âge légal étant "difficile à faire avaler" Matignon se serait décidé à "faire un geste" "écornant au passage la sacro-sainte logique du bouclier fiscal" (re-sic). La bonne blague.

 

En pleine crise sociale et en terrain propice aux irruptions populaires, le pouvoir continue surtout d’avancer en trompe-l’œil. Pour l’Élysée, l’affaire est entendue. Nicolas Sarkozy veut en effet entériner la fin programmée de la retraite à 60 ans ni plus ni moins. Mais pour "vendre" sa contre-réforme, il fallait une trouvaille : la "contribution de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital" selon l’expression officielle. Ce que le conseiller ès Palais, Alain Minc, appelle "un geste de solidarité des riches" qui "ne peut être autre chose qu’un geste. La charité, une piécette, et puis voilà. Au moins les choses sont dites ! Mais ne le cachons pas. La poudrière sociale et l’insatisfaction sont parvenues à un tel degré d’incandescence que, pour la première fois, le gouvernement finit par évoquer la question des recettes. Sous la forme d’un "geste" à peine symbolique, condescendant, presque méprisant, comme pour "habiller" l’ensemble d’une tonalité "acceptable". Bref, une "taxette" sur les revenus du capital qui atteindrait péniblement les 2 %.

 

Le grossier tour de passe-passe, afin d’enfumer l’opinion et tenter d’endormir les forces sociales devant l’injustice des sacrifices demandés, n’a échappé à personne ! Il masque mal néanmoins le non-dit principal de cette contre-réforme : celui d’examiner avec sérieux de nouvelles pistes de financement. Qui existent bel et bien, à condition d’anéantir pour commencer le principal tabou des libéraux en tous genres en alignant de toute urgence la taxation des revenus du capital sur celle du travail. Cela pourrait rapporter jusqu’à 100 milliards d’euros !

 

Pour justifier le sale coup, on nous parle à tort de démographie -elle ne va pas trop mal, merci. Mais si l’on parlait plutôt d’une autre répartition des richesses ? Il y a quelques années à peine, le COR lui-même soulignait que, sur trente ans, la richesse de la France, avec un taux de croissance modéré, devrait doubler. Avec une augmentation de 1 700 milliards d’euros de la richesse nationale, comment nous faire croire qu’il est impossible de financer les retraites, sachant que la somme à trouver ne représentera que 3 % des richesses du moment ? Qui sont les menteurs, les démagogues ? Et si l’on parlait également de la contribution des revenus financiers et de l’élargissement de l’assiette des cotisations ? Quand on sait que, en une génération, dix points de PIB sont passés des salaires au profit, pourquoi ne supprimerait-on pas immédiatement les exonérations et autres cadeaux fiscaux en tous genres, qui se montent à 140 milliards d’euros chaque année, en cessant de protéger la part des profits dans la valeur ajoutée ? Sans oublier les mesures essentielles de relance de l’emploi, seul capable d’assurer la pérennité du système : 100 000 salariés de plus représentent 2 milliards d’euros de cotisations.

 

 

Publié dans Retraites

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