Argent et politique : Sarkozy mis en cause

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Après les dernières révélations, un financement occulte de la campagne présidentielle est sur la sellette. La question n’est plus tant la démission d’Éric Woerth que celle du gouvernement. L’Élysée pourrait y être contraint plus vite que prévu.
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Une affaire de régime, assurément. Une affaire d’État, à coup sûr. Pas encore un enjeu de société, mais on y arrive. Les confirmations de l’existence de liens consubstantiels entre l’argent et la droite pour imposer un pouvoir de communauté d’intérêts contre « ceux qui se lèvent tôt » se succèdent. Le cercle se resserre désormais autour du chef de l’État lui-même, pour cause de financement illicite de sa campagne :
 le roi est nu. Ne lui reste que le fusible Woerth, après que les fusibles de ce dernier ont sauté avec les limogeages des sous-ministres Joyandet et Blanc.
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Le fait du jour concerne en effet Nicolas Sarkozy en personne. Cette fois, c’est l’ex-comptable des Bettencourt, déjà placée en garde à vue, qui accuse, après avoir été interrogée par les policiers, agissant dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre, à la suite de la révélation des enregistrements pirates réalisés au domicile de la riche héritière de L’Oréal.

 

« Il est temps de dire  ce qu’il s’est passé »

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L’ex-comptable aurait décidé de se mettre à table, refusant de payer pour d’autres : « J’en ai marre de voir tous ces gens ne pas assumer leurs responsabilités, raconter n’importe quoi. Il est temps de dire ce qu’il s’est passé. Après tout, moi, je n’ai rien à me reprocher », aurait-elle confié à Mediapart. Alors elle balance. Ès qualités, peut-on dire, puisqu’elle a travaillé douze ans pour le couple Bettencourt et qu’elle retirait elle-même des comptes bancaires de fortes sommes en liquide. Elle parle de 50 000 euros par semaine. « Une partie, explique-t-elle, servait à payer des médecins, des coiffeurs, du petit personnel. Le reste, c’était pour les politiques. Certaines enveloppes atteignaient parfois 100 000, voire 200 000 euros. Les Bettencourt ont toujours financé la droite. » En particulier en 1995, en soutenant le candidat Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole et son ministre du Budget. Puis, en mars 2007. Quelque 150 000 euros pour, prétend-elle, « financer la campagne présidentielle de Sarkozy ». C’est Éric Woerth, le porteur d’enveloppes. Mais pas seulement. « Nicolas Sarkozy recevait lui aussi son enveloppe kraft demi-format », entre 1983 et 2002, alors qu’il était maire de Neuilly-sur-Seine.

 

S’il y a des fusibles, il pourrait bien y avoir aussi des contre-feux. Aussi graves soient ces dernières accusations, elles ont aussi l’avantage d’écarter de l’avant-scène une réalité qui ne souffre pas de contestations, bien plus accusatrice sur la nature du pouvoir : le chèque de 30 millions d’euros établi par le fisc en faveur de Liliane Bettencourt au titre du bouclier fiscal. Ou encore la cécité manifestement délibérée sur la fraude fiscale qu’aurait eu à connaître l’épouse d’Éric Woerth.

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Cela suffit cependant pour susciter la panique dans le camp sarkozyste. Une panique aussitôt accompagnée de regards soupçonneux ou implorants portés sur Nicolas Sarkozy, sommé de s’expliquer. Ce qu’admet Dominique Paillé, son porte-parole adjoint : « Il est évident que, d’une manière ou d’une autre, dans les jours qui viennent, le président sera conduit à s’exprimer devant les Français. Sa parole sera la bienvenue. » Il botte en touche : « En 2007, je n’étais pas trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy, j’étais juste un acteur parmi d’autres et je n’ai pas eu connaissance de son financement. » On appréciera la qualité du soutien. À l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, tempête sur le refus objecté par le gouvernement et l’UMP à l’ouverture d’une commission d’enquête. « On ne peut pas rester dans cette situation. Le président de la République doit prendre ses responsabilités. Il ne doit pas se défausser »
« On est entré dans un mécanisme dangereux », constate Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée. Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre : « Il faut que le président s’exprime très vite. » Jean-François Copé : « Je souhaite que Nicolas Sarkozy parle aux Français » pour « remettre les choses en perspective » . Pendant ce temps, François Baroin, ministre du Budget, annonçait la suppression des aides au logement et à l’emploi. Comme en écho, selon l’Ifop, 60 % des Français ne voient plus d’intérêt à ce que l’Élysée explique sa politique. Un remaniement du gouvernement pourrait bien ne pas attendre l’automne.

 

Dominique Bègles (l'Humanité)

 

 

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