Bruxelles persiste et saigne

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro ont esquissé jeudi soir leur plan pour la Grèce. Ils s’en remettent aux marchés pour financer la dette d’Athènes. Décryptage.

Bruxelles, envoyé spécial.

 

Au sortir du Conseil européen, la Grèce reste dans la position de Prométhée. Enchaîné sur le mont Caucase, un aigle venait chaque jour lui manger le foie qui repoussait indéfiniment. Les 16 membres de la zone euro ont décidé jeudi soir de laisser Athènes en proie aux vautours de la finance. L’accord se félicite des mesures d’austérité grecques. Il s’en remet au marché pour financer la dette d’Athènes mais prévoit un « mécanisme » si le « financement de marché est insuffisant ». Les Vingt-Sept se saisissent de l’occasion pour transformer le Conseil européen en gouvernement économique, en fait en gendarme financier.

 

Nous reproduisons certains extraits de la déclaration des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro et les commentons.

« Nous soutenons pleinement les efforts du gouvernement grec et saluons les mesures additionnelles annoncées le 3 mars, qui permettront d’atteindre les objectifs budgétaires pour 2010. Nous reconnaissons que les autorités grecques ont pris des actions ambitieuses et résolues, qui devraient permettre à la Grèce de retrouver la pleine confiance des marchés. Les mesures de redressement prises par la Grèce constituent une contribution importante au renforcement de la soutenabilité budgétaire et de la confiance des marchés. Le gouvernement grec n’a demandé aucune aide financière.

 

Par conséquent, aujourd’hui, aucune décision n’a été prise pour activer le mécanisme décrit ci-dessous. » Notre commentaire. Les États de la zone euro félicitent la Grèce pour son plan d’austérité. Et Nicolas Sarkozy voit dans ce sommet une étape. Le plan approuvé jeudi « doit assurer à la Grèce de pouvoir mettre en œuvre ses réformes »… Lors du Conseil européen exceptionnel du 11 février, les Vingt-Sept avaient appelé la Grèce à mettre en œuvre des « mesures additionnelles » pour se conformer aux règles du pacte de stabilité. Traduisez : « plus de rigueur ». Les déclarations des sommets de février et de mars réaffirment la primauté du financement de la dette publique par les marchés financiers.

 

C’est que les États se refusent à prêter main-forte aux Grecs pour financer leur dette. Athènes n’a pourtant besoin que de 16 milliards d’euros au mois de mai. Une goutte d’eau comparée aux centaines de milliards mobilisés pour sauver les banques l’an dernier. Athènes se voit ainsi condamnée à emprunter au taux usurier de 6,30 % soit 3,14 points de plus que l’Allemagne. « Ce mécanisme, complétant un financement du Fonds monétaire international, doit être considéré comme un dernier recours, ce qui signifie en particulier que le financement de marché est insuffisant. Les déboursements des prêts bilatéraux seraient décidés par les États membres de la zone euro à l’unanimité et soumis à de fortes conditionnalités, sur la base d’une évaluation menée par la Commission européenne et la BCE. [Banque centrale européenne — NDLR] Nous nous attendons à ce que les États membres participent au prorata de leur part au capital de la BCE. »

 

Notre commentaire. « On espère que ce mécanisme ne sera pas activé », prévenait jeudi Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. L’assistance à la Grèce n’interviendra que si la Commission et la Banque centrale européenne, les institutions les plus libérales de l’Union européenne le jugent nécessaire. De plus, certains États, comme l’Allemagne, pourraient bloquer le processus. Les pays de la zone euro doivent statuer à l’unanimité.

Malgré les appels de la Commission, de la France ou de la BCE pour que l’Europe trouve une solution interne, ceux-ci ont dû plier devant l’intransigeance de l’Allemagne. Celle-ci souhaitait une intervention du Fonds monétaire international (FMI). Des élections se tiennent en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land allemand le plus peuplé, et le parti de la chancelière, Angela Merkel, pourrait y perdre le pouvoir. Son exécutif joue donc sur la fibre du populisme national et entend faire respecter les critères de l’euro : un déficit et une dette publique faibles.

Nicolas Sarkozy affichait jeudi sa satisfaction : c’est « un financement en majorité européen ». Reste que comme le reconnaissait hier Herman Van Rompuy, la part du FMI et des pays européens n’était pas encore déterminée. Par ailleurs, le Royaume-Uni, dont les banques possèdent une grande partie des titres du Trésor grec, n’aurait rien à débourser, car n’ayant pas adopté la monnaie unique.

« L’objectif de ce mécanisme ne sera pas de fournir un financement au taux moyen des emprunts des pays de la zone euro, mais comportera des incitations pour retourner vers des financements de marché le plus vite possible par une tarification adéquate du risque. Les taux d’intérêt seront non concessionnels, c’est-à-dire qu’ils ne contiendront aucun élément de subvention. »

 

Notre commentaire. Si des prêts bilatéraux sont déclenchés, les États emprunteront sur le marché. Par exemple, la France emprunterait à son taux à elle, 3,50 %, mais prêterait ensuite à la Grèce à un taux légèrement supérieur pour financer le risque, afin d’empêcher tout « élément de subvention ». De quoi faire de l’argent sur la dette grecque ! Ce qui est en question ici, c’est le refus dogmatique — inscrit dans les traités — de recourir à un emprunt à la BCE. Celle-ci pourrait prêter à un taux bien inférieur à celui du marché, afin de soulager un pays en crise.

« En outre, nous nous engageons à promouvoir une forte coordination des politiques économiques en Europe. Nous considérons que le Conseil européen doit renforcer le gouvernement économique de l’Union européenne et nous proposons de renforcer son rôle dans la coordination macroéconomique et la définition d’une stratégie de croissance européenne.

Pour le futur, la surveillance des risques économiques et budgétaires et les instruments de leur prévention, y compris la procédure pour déficit excessif, doivent être renforcés. En outre, nous devons disposer d’un cadre robuste pour la résolution des crises, respectant le principe de la responsabilité budgétaire de chaque État membre. »

 

 

Notre commentaire. « Le Conseil européen devient le véritable gouvernement économique de l’Europe, se réjouit Nicolas Sarkozy. Une idée maintes fois défendue par la France. » Pour faire passer le plan sur la Grèce, la France et les autres pays qui font face à une procédure de déficit excessif ont dû accepter le diktat allemand d’une surveillance accrue de Bruxelles. Une surveillance qui entre en conflit avec les mobilisations démocratiques des peuples contre l’austérité. Ce mois-ci, le Parlement de Strasbourg appelait à ce que les aides européennes soient soumises au respect de la stratégie économique Europe 2020. Les partisans d’un Fonds monétaire européen prônent une taxe sur les pays dont le déficit public dépasse les 3 % du PIB. En fait de gouvernement économique, il s’agit d’un supergendarme.

Gaël De Santis

Publié dans Actualités : Social

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