Capital et travail

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Grèce, Portugal, Islande… Un choc frontal entre la finance et les peuples


Grève générale en Grèce, référendum islandais : les peuples refusent de payer la note de la crise. La dictature financière est désormais un talon de fer pour les nations elles-mêmes.

 

La précipitation vers des superplans d’austérité provoquée par le surendettement des États — la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande ne figurant en fait qu’aux avant-postes européens — exprime l’entrée de l’Europe dans une nouvelle phase de la crise entamée avec le krach de 2007-2008, celle d’un choc frontal entre les marchés financiers et les peuples.

 

Ce sont les grands acteurs de la finance, les Kommerzbank, BNP Paribas ou autres Goldman Sachs, créanciers des États, qui exigent des citoyens des différents pays qu’ils règlent l’addition de la crise. Des exemples très concrets permettent de comprendre comment on en est arrivé à cette situation explosive, l’impasse étant si totale pour tous ceux qui entendent rester dans les rails du système — entendez dans le respect des normes du pacte de stabilité — qu’ils ne conçoivent plus d’autre issue que celle d’une épreuve de force comme aujourd’hui avec le peuple grec. Les banques françaises sont particulièrement bien placées parmi les acteurs qui ont parié sur les difficultés des États. Elles figurent ainsi parmi les plus grosses détentrices de titres de dette grecque — plus de 55 milliards d’euros à la fin de l’an dernier, selon la Banque des règlements internationaux (BRI).

 

Un placement très lucratif puisque le taux de l’ardoise hellène (bien supérieur dès le départ à celui de la France) a explosé avec la spéculation, passant aujourd’hui à plus de 6 % (sur les marchés, la rémunération du placement grimpe avec le risque présumé pris par les « investisseurs »). Et comme les traders de Natixis, BNP Paribas et autres ont pu réaliser leurs opérations en empruntant eux-mêmes à un taux dérisoire (1 %) auprès de la Banque centrale européenne (BCE), on mesure les gains qu’ils ont pu réaliser sur ce seul écart de taux. Sur le dos des contribuables grecs.

 

Comme un bonheur n’arrive jamais seul au royaume des agioteurs, la valeur des fameux CDS (credit defaut swaps) — ces titres qui jouent théoriquement le rôle d’une police d’assurance pour les États emprunteurs — a elle aussi explosé quand se sont intensifiées les rumeurs de faillite de la Grèce.

 

On comprend ainsi comment les affaires de ces grands acteurs des marchés sont redevenues si rapidement florissantes en 2009. Leur préoccupation, c’est désormais d’éviter que la bulle obligataire n’éclate à son tour — provoquée par une ou plusieurs faillite d’États — et ne leur revienne à la figure comme le fit, en son temps, celle des subprimes. D’ou leur chantage sur les gouvernements pour que les peuples absorbent, eux, le choc du dégonflement d’une enflure financière qui, loin de disparaître en 2008, a été transférée vers la dette des États. Dans la zone euro, la tâche leur est facilitée par les règles mêmes de fonctionnement de la monnaie unique, entièrement dévouées à protéger les rentes financières. Parmi les géants de la finance impliqués dans ce drôle de jeu, une mention particulière est à attribuer à Goldman Sachs. La star des stars de Wall Street a en effet « conseillé » en 2001 le gouvernement grec pour qu’il puisse « toiletter » ses comptes et satisfaire aux critères de Maastricht (3 % maximum de déficit public), indispensables à l’entrée dans la zone euro. Aujourd’hui, plusieurs révélations retentissantes font apparaître que Goldman Sachs était aussi à l’origine des rumeurs qui ont déchaîné la spéculation…

Bruno Odent

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