Didier Le Reste s'adresse aux cheminot(e)s

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


 

Didier Le Reste

Secrétaire général de la Fédération CGT des Cheminots

S'adresse aux cheminots

 

 

 

 

 

Cher[e)s Collègues,

Au regard du caractère exceptionnel de la période que nous traversons et de l'acuité avec laquelle se posent les questions socio-économiques, j'ai souhaité m'adresser à vous par le biais de cette lettre ouverte.

 

La crise du système capitaliste qui génère une récession d'une gravité historique continue de frapper des centaines de milliers de salariés, les retraités et les privés d'emplois.

 

Malgré les coups de mentons et les moulinets de l'hôte de l'Elysée, les choses repartent comme avant: financiarisation de l'économie, spéculation boursière et course aux profits. Ce sont pourtant ces théories libérales qui nous ont amenés dans le mur.

 

La crise, c'est eux, la solution c'est nous! Ce slogan, rythme les différentes mobilisations interprofessionnelles et citoyennes qui ont été engagées depuis le début de l'année auxquelles il convient de redonner du souffle, du rythme, de la consistance afin d'arracher, du Patronat et du Gouvernement, des décisions permettant d'améliorer substantiellement la situation des salariés, des retraités et des privés d'emplois.

 

La SNCF, n'échappe pas à ce contexte où se cumulent effets de la crise économique, gestion de plus en plus libérale, dialogue social indigent et politique managériale qui emprunte de plus en plus aux méthodes les plus rétrogrades que l'on relève dans certaines entreprises privées.

A cet égard, comment ne pas être ulcéré de voir qu'au moment où est engagé au plan national un processus national de concertation sur l'avenir des ateliers du Matériel, la direction de la SNCF envoie, vendredi 02 octobre 2009, une dizaine de camions pour délocaliser une partie des charges de travail des ateliers du Mans!

 

La mobilisation impulsée par la CGT a mis en échec cette opération que d'aucuns qualifient de méthode de « patrons voyous », quand de tels faits se déroulent dans le privé.

 

Sous le double effet des politiques nationales de casse des Services Publics et des directives de libéralisation de l'Union Européenne, la SNCF est soumise, depuis plusieurs années, à une succession de réorganisations menées au pas de charge, sans véritable concertation.

De ce point de vue, de récents sondages internes révèlent que 57% des cheminots, tous collèges confondus, perçoivent les changements de façon négative, 62% d'entre eux estiment que le projet « Simplifier la SNCF » va entraîner un démantèlement progressif de l'entreprise et au global 61 % des personnels considèrent que les grandes orientations de la SNCF vont dans la mauvaise direction.

Les cheminots et la CGT partagent donc la même analyse.

 

Ces stratégies n'ont de cesse de remettre en cause l'unicité, le caractère intégré de la SNCF, le statut des cheminots et les conditions sociales qui s'y attachent.

Comment le Président de la SNCF peut-il convaincre les cheminots, à l'appui d'une overdose de COMI PROPAGANDE, que la SNCF restera une entreprise unique avec un fonctionnement intégré au moment où il pousse les feux de la balkanisation de son organisation interne, traçant ainsi les pointillés de la « vente à la découpe » des activités.

 

Il en est ainsi de l'autonomisation du Fret et de la situation catastrophique qui l'accompagne, de la création de l'entité « Gares et Connexions », de la mise en place d'Infra Rail, de la création de la Direction des Circulations Ferroviaires et de 21 Etablissements Infra Circulation, de l'évolution d'Eurostar en société européenne, du siphonage des directions nationales et régionales qui fait basculer dans des branches la plupart des services transverses et partagés ...

Emblématique de ces stratégies, la situation de Fret SNCF focalise beaucoup d'attentions et pour cause!

 

Comment entendre aujourd'hui, sans être traversé par un sentiment de colère, les déclarations du Président de la SNCF consistant à reconnaître, la main sur le cœur, que les plans successifs du Fret ont été des échecs et que la déréglementation du travail (dumping social) qu'il voulait nous imposer n'était pas et n'est pas la solution aux problèmes posés?

 

Après cet aveu de taille, pourquoi Monsieur Le Président, continuer dans la même voie en prévoyant, entre autres, d'arrêter 60% de l'activité du wagon isolé laissant, à terme, 6000 cheminots sur le ballast?

 

La Fédération CGT agit depuis plusieurs années contre ces plans nocifs et œuvre pour le redressement et le développement de Fret SNCF en conjuguant propositions alternatives et mobilisations sociales et citoyennes.

 

Le Président de la SNCF déclare solennel, à qui veut l'entendre, qu'il n'est pas question de filialiser l'activité Fret. C'est le même discours que tient actuellement le Gouvernement sur la non privatisation de la Poste et on sait ce qu'il est advenu d'engagements similaires pour d'autres entreprises publiques qui sont aujourd'hui privatisées!

 

Que fait en réalité la direction de la SNCF, si ce n'est de créer des « entités Fret spécialisées » autour des pôles d'activités, créant ainsi les conditions objectives d'une filialisation complète du Fret à plus ou moins court terme. Nous sommes consternés de voir que l'UNSA Cheminots se soit laissée « rouler dans la farine » et abuser par les pseudos assurances du Président de la SNCF!

 

Force est de constater qu'il est très difficile d'avoir un dialogue social de qualité, en confiance, dans notre entreprise publique, tant nombre de dirigeants renient leurs engagements, bafouent les dispositions statutaires et pratiquent le double langage.

 

Même si le Président de la SNCF a, à plusieurs reprises, pris France Télécom, comme modèle de gestion à suivre, nous ne voulons pas connaître les situations dramatiques que connaît actuellement cette entreprise, quasi privatisée, à la suite de lourdes transformations menées à la hussarde.

 

C'est pourquoi, nous n'avons de cesse depuis des mois de créer les conditions de rendez-vous revendicatifs dont certains débouchent sur des résultats non négligeables.

 

Pour pousser l'avantage, sur proposition de notre Fédération, les cheminots de tous les services sont appelés à se mobiliser massivement par la grève à l'appel de la CGT, CFDT, SUD du Lundi 19 Octobre 2009 20 heures au mardi 20 Octobre 2009 24 heures.

 

Ce mouvement national de grève, il faut le réussir. Il doit nous aider à imposer à la direction un certain nombre de décisions plus en rapport avec les attentes et revendications.

 

Nous devons gagner par l'action collective l'arrêt des suppressions d'emplois, l'amélioration des conditions de travail, l'abandon des réorganisations qui sont contestées avec, entre autres, le refus de voir se créer 21 établissements Infra Circulations et l'exigence d'une autre politique pour Fret SNCF. Comme il faut empêcher le démantèlement des établissements actuels [EEV, ECT, ET) engagé avec la mise en place d'établissements multimétiers mono-activité. La revalorisation des salaires et des pensions ainsi que le maintien et l'amélioration des Facilités de Circulation sont également des revendications à placer au centre de la mobilisation des cheminots.

 

Une action forte, de par le nombre de cheminots en grève, nous conduira à proposer de nouvelles perspectives de mobilisations si d'aventure l'entreprise ne veut rien entendre.

 

En vous remerciant d'avoir pris le temps de lire cette lettre, je veux vous assurer de la disponibilité de notre Fédération, de ses élu[e)s et militant[e)s pour être à votre écoute et continuer à construire ensemble l'avenir de notre service public et les conditions de la satisfaction de vos revendications .

 

 

Didier Le Reste, Montreuil, le 09 octobre 2009

 

 

 

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