Expulsés en Afghanistan au mépris de leur vie

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Le ministre de l’Immigration a, finalement, expulsé trois Aghans dans la nuit de mardi à mercredi. Il annonce aussi que des retours groupés auront lieu toutes les semaines. « La France renonce à ses valeurs », regrettent élus et associatifs.

 

« Oui, il y a eu un vol conjoint groupé avec les Britanniques qui a décollé vers minuit de Roissy et qui, à son bord, a embarqué trois Afghans de sexe masculin, et qui va les reconduire dans leur pays d’origine. » Sur Europe 1 hier matin, Éric Besson a finalement lâché le morceau. Précisant qu’il « a failli y en avoir quatre » et que c’est à sa demande, « à la dernière minute, parce que (il) voulait que toutes les précautions soient prises », que ce quatrième migrant n’avait pas été reconduit. Devant le tollé soulevé par ce renvoi, le ministre a jugé bon de convoquer rapidement une conférence de presse. Il a donc pu expliquer que les trois expulsés avaient été interpellés, l’un en transit dans la gare de Nice, le deuxième au square Villemin à Paris et le troisième à Calais, qu’ils avaient refusé l’aide au retour volontaire et que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté leur demande d’asile, comme l’avaient fait le tribunal administratif et la Cour européenne des droits de l’homme.

 

En bref, le ministre dit avoir veillé à ce que toutes les procédures soient respectées, contournant cyniquement celles qui interdisent les expulsions collectives… Les trois Afghans ont été accueillis à Kaboul par l’Office français de l’immigration et de l’intégration, ils seront logés pendant quinze jours dans un hôtel du centre-ville et auront une bourse de réinsertion de 2 000 euros, a promis Éric Besson. Le ministre a aussi assuré qu’ils étaient renvoyés dans une zone pratiquement sûre qui ne dépasse pas les 200 km à l’ouest, au nord et à l’est de Kaboul. Mais il a aussi annoncé qu’il y aurait un départ chaque mardi. Pour une fois les choses sont claires.

 

Mais quel crédit accorder à un ministre qui, la veille, assurait au député UMP Étienne Pinte qu’il n’y aurait pas de charter et qui, à minuit, donnait son feu vert au renvoi « Éric Besson disait même mardi matin, qu’il n’y avait de calendrier de retour en Afghanistan prévu, témoigne le député UMP. Je suis profondément déçu et affligé de ce revirement. C’est ce que j’appelle le double langage. Il a essayé de s’expliquer en faisant la différence entre un charter et l’envoi de quelques personnes, comme si la symbolique du renvoi de réfugiés dans un pays en guerre ne restait pas réelle, quel que soit le nombre de personnes renvoyées. »

 

Quant au quatrième Afghan non expulsé, il soulève la question que posait, hier, dans nos colonnes, le président du Gisti, sur les conditions d’embarquement de ces expulsés. En effet, selon Damien Nantes, de la Cimade, « ce quatrième ressortissant afghan a refusé d’embarquer, en se blessant, car il avait en cours une procédure de référé liberté dans un tribunal administratif de la région parisienne ». Il ne remplissait donc pas toutes les assurances soi-disant exigées pour être expulsé, au contraire de ce qu’a affirmé Éric Besson, et n’a visiblement dû son salut qu’à une ultime rébellion. Ainsi, l’association n’a eu connaissance de son cas que lorsque le jeune homme a été ramené, blessé, dans le centre de rétention. On peut se demander dans quel état sont ceux qui sont arrivés à Kaboul… La Cimade a condamné « avec la plus grande fermeté ces expulsions et le risque qu’elles font courir aux personnes concernées : le renvoi d’exilés vers un pays en guerre et en pleine insécurité constitue une mise en danger délibérée de la sécurité et de la vie d’autrui ». Elle ajoute que ces expulsions ne règlent ni la question du statut et de la protection dont les exilés afghans ont besoin, ni celle des filières que le ministre dit vouloir démanteler. France Terre d’asile, pour sa part, estime que « le symbole donné est celui de la France qui renonce à ses propres valeurs », et précise qu’en 24 heures, 4 000 personnes sont venues s’ajouter aux 10 000 signataires de la pétition (publiée hier par l’Humanité et disponible sur le site de France Terre d’asile. L’association appelle à intensifier la mobilisation contre de nouvelles expulsions, puisque le ministre en prévoit chaque semaine !

Émilie Rive

L'Humanité


Publié dans Droits de l'homme

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