L’école rurale au régime sec

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Fermer des classes, augmenter les effectifs, regrouper des écoles... une logique comptable à laquelle le gouvernement veut donner un coup d’accélérateur, au risque de faire de l’école un champ de ruines.

 

ecole-publique-guiclan.jpgIl y a le langage, d’abord. Technocratique, froid, mensonger. Une sorte de langue nouvelle, inventée tout exprès pour masquer les véritables intentions de ceux qui l’utilisent. C’est le langage d’un document interne du ministère de l’Education nationale, divulgué dans la presse début juin, le « schéma d’emplois 2011-2013 » pour les premier et second degrés. L’appellation est en elle-même mensongère puisqu’en fait d’emplois, il s’agit surtout d’en faire disparaître. Et pas qu’un peu puisqu’on le sait, le gouvernement a décidé de supprimer 16 000 postes dans l’Education nationale cette année.

 

Ainsi, pendant que le ministre Luc Chatel « amuse » la galerie en rouvrant avec opportunité le débat sur les rythmes scolaires - débat qui mériterait d’ailleurs un tout autre statut que celui de diversion politicienne ! - ses services expliquent aux recteurs d’académie comment tailler bravement dans le muscle de ce fameux « mammouth », qui n’a plus de graisse depuis bien longtemps... Cela se dit « mobiliser les gisements d’efficience visant à respecter la contrainte du non remplacement d’un départ sur deux pour la période 2011/2013, sans dégrader les performances globales. » Autrement dit, identifier là où on pourra supprimer des postes afin de respecter le dogme de la baisse de l’emploi public ; et le mettre en œuvre sans que cela se voie trop. Charge aux recteurs et inspecteurs d’académie, destinataires de ce vadémécum, de quantifier dans les semaines à venir ces « gisements d’efficience ». On a l’impression de lire les préparatifs d’un plan social dans une multinationale. Ce n’est peut-être pas totalement un hasard, d’ailleurs, puisque depuis septembre dernier c’est l’ancienne directrice des ressources humaines de la RATP qui occupe ce même poste au ministère. Et qu’à la tête - bien coiffée - de ce ministère, œuvre un ancien cadre de chez l’Oréal... Le contenu du document ne dément pas ce sentiment. Ainsi l’un des premiers « gisements d’efficience » consisterait tout simplement à procéder à une « augmentation de la taille des classes », selon une logique purement comptable, en relevant les seuils d’ouverture et de fermeture des classes et en procédant à une nouvelle vague de « regroupement des structures ». 


Tout doit disparaître

 

Là au moins, on comprend... et on en frémit : d’un côté on va « bourrer » les classes, de l’autre on va pousser à la roue des regroupements. C’est en milieu rural que les conséquences seront les plus brutales. Car c’est là où se rencontrent les plus petites structures et les classes les moins chargées - autant de « gisements d’efficience » à exploiter sans états d’âme, sans égards pour l’aménagement du territoire, l’intérêt des enfants, l’avis des parents, des élus, des enseignants... Partout où les communautés rurales ont porté leurs efforts sur l’éducation, en créant des regroupements non pas comptables mais pédagogiques, en se battant avec succès pour préserver une école qui soit à la fois de proximité et de qualité (études et chiffres le prouvent) mais aussi un lieu de vie et d’attractivité pour leur territoire, le bulldozer gouvernemental veut faire table rase. Tout doit disparaître. Et ce n’est pas tout. La scolarisation des moins de trois ans (très profitable aux plus défavorisés) s’est effondrée, passant en quelques années de 35 % à 15 % d’une classe d’âge ? Cela ne suffit pas, tranchent les bureaucrates de l’éducation de marché, qui exigent une « baisse de la scolarisation à 2 ans » - en cohérence avec les projets, hérités de Xavier Darcos, de faire disparaître la maternelle au profit de « jardins d’enfants » à la charge des communes et des familles. Les remplacements sont aussi dans la ligne de mire : il faut « réduire les besoins » et « ouvrir le vivier de remplacement ». Autrement dit : fin du remplacement des courtes absences, comme c’est déjà le cas dans certains départements défavorisés comme la Seine-Saint-Denis, et moindre exigence de qualification dans le recrutement des remplaçants, qui pourront aussi bien être des étudiants n’ayant jamais vu une classe. Le reste constitue un véritable inventaire à la Prévert, en version apocalyptique : fin des enseignants intervenant en soutien (enseignants spécialisés, coordinateurs) et des intervenants extérieurs, réduction des personnels non-enseignants... De quoi susciter une levée de boucliers, en attendant que syndicats et associations fourbissent leurs réponses en vue d’une rentrée qui s’annonce rien moins que sereine.

 

Olivier Chartrain (L'Humanité)

 

Publié dans École publique

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