L'Élysée propose aux exploitants français de recruter low-cost en Europe de l'Est

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Un conseiller de Nicolas Sarkozy aurait proposé aux agriculteurs français de recruter des intérimaires polonais et roumains rémunérés au tarif en vigueur dans leur pays d'origine - soit 2 à 4 euros de l'heure - pour travailler dans l'Hexagone.
Par Dépêche (texte)
 

REUTERS - Des ressortissants d'Europe de l'Est payés au même tarif que dans leur pays pour travailler dans l'agriculture française, telle est la proposition qu'aurait faite un conseiller technique de l'Elysée aux producteurs de fruits et légumes.

L'Elysée a nié qu'il s'agisse d'une proposition, affirmant vouloir seulement étudier la situation dans les pays qui font appel à cette main d'oeuvre faiblement payée, sans nécessairement l'importer en France.

 

Selon le syndicat Légumes de France, cette idée a été formulée la semaine dernière à Angélique Delahaye, présidente de l'organisation, par Christophe Malvezin, conseiller de Nicolas Sarkozy pour l'agriculture.

"Il lui a proposé de faire venir des intérimaires polonais aux conditions du pays d'origine", a dit à Reuters Denis Digel, administrateur de Légumes de France et chargé du dossier des coûts salariaux.

 

Cette suggestion a été réitérée mercredi devant un responsable agricole du Vaucluse reçu à l'Elysée, a-t-il ajouté.

"Ils souhaitent nous aider à créer des structures d'intérim à l'étranger pour faire venir des salariés. Ce n'est pas du tout ce que veut la profession. On l'a toujours dénoncé", a souligné Denis Digel, lui-même producteur de légumes en Alsace.

Christophe Malvezin a expliqué pour sa part à Reuters que sa proposition était "d'analyser ce qui se passe dans les autres pays" plus compétitifs que la France, conformément à la demande du président de la République "qui a demandé que l'on tienne compte de leur expérience".

"Ce n'est pas parce que les Allemands font venir des Polonais à des coûts polonais qu'on va le faire en France, mais il faut aller au bout de l'analyse", a-t-il ajouté.

 

Quant aux agences d'intérim, leur rôle aurait été évoqué par des agriculteurs français qui s'adressent déjà à elles pour recruter des saisonniers d'Europe de l'Est, a-t-il précisé.

Intolérable

 

Le sujet a de quoi relancer les polémiques qu'avait provoquées en France le projet de directive Bolkestein, qui aurait permis à un prestataire de services de travailler dans n'importe quel pays de l'Union européenne aux conditions de son pays d'origine.

 

Finalement abandonné en raison d'une forte opposition syndicale et politique, le texte avait alimenté le mythe du "plombier polonais" et contribué à provoquer la victoire du "non" au référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne.

Les producteurs de fruits et légumes français dénoncent depuis des années les distorsions de concurrence avec les pays voisins. Ils demandent que leurs charges et cotisations sociales soient remplacées par une TVA sociale applicable à l'ensemble des productions agricoles, nationales et importées.

 

En Allemagne, où les employeurs bénéficient d'une exonération totale des charges sur la main d'oeuvre saisonnière sans être tenus de respecter un salaire minimum, le coût horaire moyen de la main d'oeuvre est de six euros.

 

Il est de 11,30 euros en France avec un smic à 8,82 euros et devrait passer à 10,50 euros du fait de l'exonération totale de charges patronales sur les travailleurs saisonniers annoncée le 27 octobre à Poligny (Jura) par Nicolas Sarkozy.

"Cette mesure ne règle pas le problème mais on ne peut pas tolérer qu'on fasse venir des travailleurs étrangers dans nos entreprises alors qu'on se bat pour le développement de l'emploi local", a déclaré Denis Digel.

Avec la remontée du chômage, il n'y a, selon lui, aucune pénurie d'emploi dans l'agriculture en France.

 

 

 

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