Les manoeuvres électoralistes du président

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Le président a décidé de recadrer le débat sur l’identité nationale. Nicolas Sarkozy se prononce en faveur du "métissage" mais contre le "communautarisme" et appelle à la tolérance et au respect entre "ceux qui arrivent" et "ceux qui accueillent", dans une tribune à paraître mardi dans Le Monde.

 

Dans ce long texte dont l’intégralité doit être publiée à la mi-journée, le chef de l’Etat oppose le "métissage", qu’il définit comme "la volonté de vivre ensemble", au "communautarisme", considéré comme "le choix de vivre séparément". Il insiste sur l’obligation de "respecter ceux qui arrivent" et de "respecter ceux qui accueillent".

"Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation", poursuit-il.

 

"Conscient de la chance qu’il a de vivre sur une terre de liberté, (il) doit pratiquer son culte avec l’humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu’il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre", ajoute Nicolas Sarkozy.

Il estime également que l’opposition des Suisses à la construction de minarets n’a "rien à voir" avec la liberté de culte.

"Au lieu de condamner sans appel le peuple suisse, essayons aussi de comprendre ce qu’il a voulu exprimer et ce que ressentent tant de peuples en Europe, y compris le peuple français (…) ce qui s’est passé n’a rien à voir avec la liberté de culte ou la liberté de conscience", écrit M. Sarkozy.

 

Cette tribune paraît alors que le débat sur l’identité nationale lancé le mois dernier par le ministre de l’Immigration Eric Besson fait l’objet de très nombreuses critiques, à gauche comme à droite, qui dénoncent son opportunité et la stigmatisation de l’immigration qu’il véhicule.

 

L’Assemblée nationale discute à son tour mardi sur ce thème. La discussion s’ouvrira vers 18H00 par une déclaration du ministre d’Eric Besson, suivie, pendant deux heures, des interventions des groupes.

 

Le groupe PS prendra la parole dans l’hémicycle "pour opposer notre conception à la leur", selon un de ses porte-parole.

 

Le groupe GDR (Verts et PCF) s’exprimera également. D’ores et déjà, Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, a dénoncé samedi un "débat nauséabond" sur l’identité nationale. Jusqu’à présent, les députés avaient fait profil bas, alors que le débat lancé par M. Besson à quatre mois des régionales fait de plus en plus figure de boîte de Pandore.

 

La gauche y voit une manoeuvre destinée à récupérer une partie de l’électorat d’extrême droite, en brodant sur le thème de l’immigration.

 

La votation suisse contre l’édification de minarets (57,5% des votes) a encore enflammé le débat, illustrant les craintes et crispations d’une partie de la société française autour de l’islam. Selon l’Ifop, 41% des Français seraient hostiles à l’édification de mosquées (46% à celle de minarets). Selon BVA, 44% disent que la religion musulmane les "inquiète plus" que les autres religions.

 

Cette problématique s’ajoute à celle de la burqa dont le port, extrêmement minoritaire (367 cas recensés par la police), fait l’objet d’une mission parlementaire susceptible d’aboutir à une loi.

Certains responsables ont renchéri. "Les minarets, ça n’appartient pas à l’architecture de notre pays", a dit Christian Estrosi, ministre et maire UMP de Nice. "Il n’y en aura pas à Nice".

Henri de Raincourt (Relations avec le Parlement) a estimé qu’un référendum en France aurait pu être encore plus anti-minarets, ajoutant que "la mondialisation" ne doit pas être la "dénaturation de son pays".

Mardi, recevant des députés UMP, le président Nicolas Sarkozy avait vu dans le résultat helvétique la crainte, plus générale, des populations de voir leur pays "dénaturé", selon plusieurs participants à cette réunion.

 

Après la votation suisse, Eric Besson a tenté d’éteindre le feu en mettant en garde contre une "stigmatisation" de l’islam en France et en soulignant que la construction de minarets relevait "de l’urbanisme".

Vendredi, le Premier ministre François Fillon a voulu un recadrage : "Il ne faut pas tout confondre. Ce qui doit être combattu, c’est l’intégrisme, mais surtout pas les musulmans".

Parmi les voix écoutées à droite, Alain Juppé s’était interrogé sur l’opportunité du débat : "sur les valeurs, est-ce qu’on n’est pas finalement d’accord ?", la question n’est-elle pas de savoir comment "on fait prospérer ces valeurs" plutôt que de les définir ?

 

Autre ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin a pointé "un manque de rigueur intellectuelle".

Un mois après le lancement du débat qui doit rassembler les "forces vives" du pays dans les préfectures, la fronde s’organise du côté des intellectuels. Sur le site Médiapart, un appel "Nous ne débattrons pas" a réuni plusieurs dizaines de signatures, de Dominique de Villepin à Olivier Besancenot, de Martine Aubry à Daniel Cohn-Bendit. Libération a lancé vendredi un autre appel "à la suppression du ministère de l’Identité nationale", signé par une vingtaine de chercheurs de renom.

L'Humanité


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