Les raffineries européennes de Total en ligne de mire

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


S’appuyant sur la chute de la consommation de carburant en 2009, le patronat du pétrole parle de fermer une quinzaine de raffineries européennes. En France, Total a surtout tardé à investir et à adapter son outil de production, dans un secteur soumis à une surproduction endémique.

La raffinerie Total des Flandres risque de fermer. Mais pour le patronat du pétrole, ce n’est pas assez. La semaine dernière, l’Union française des industries pétrolières (Ufip) a lancé un pavé dans la mare en déclarant, dans un communiqué, que la fermeture d’un seul site ne suffirait pas à résoudre les difficultés du raffinage européen. Pour l’Ufip, il faudrait en fermer « une quinzaine ». Une solution brutale qui ferait payer l’addition aux salariés et aux territoires. Total a deux branches, l’« amont », qui regroupe l’exploration et l’exploitation des champs pétrolifères, et l’« aval », qui regroupe le raffinage et la distribution. Avec la chute de la consommation de carburant (en France, — 2,6 % en 2009 par rapport à 2007), c’est l’aval qui perd de l’argent : près de 100 millions par mois pour le secteur du raffinage. Pas de quoi faire faillite pour la première entreprise française en chiffre d’affaires.

D’autant que, auparavant, Total considérait que les gains de l’amont compensaient les éventuelles pertes de l’aval. Aujourd’hui, c’est fini : amont et aval doivent être rentables séparément. Pour Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières et professeur à l’université de Paris-Dauphine, il y aurait également une volonté des super-majors, de se désengager de l’aval : « Le raffinage est une activité incroyablement spéculative, à cheval sur le marché du brut et le marché des produits finis, tous les deux très instables. Comme le risque est important, ce secteur tend à devenir un métier à part. » L’Europe souffre aussi d’une surcapacité de raffinage qui fait chuter les marges. Le phénomène n’est pas nouveau. Il provient du choix des pays d’être indépendants et de conserver leurs propres capacités de raffinage. Et cela ne va pas s’améliorer dans l’avenir, car la production mondiale ne cesse de croître.

Contrairement à l’idée reçue, les réserves ne sont pas près de se tarir. D’autant qu’on sait à présent traiter des formes de pétrole auparavant inexploitables, comme les schistes bitumeux. De nouvelles raffineries sont donc construites, de préférence dans des pays ou l’environnement n’est pas un enjeu politique. Et les surcapacités continuent d’augmenter. Mais qu’en est-il réellement de la chute de la consommation de carburant en Europe ? En réalité, la démocratisation de la voiture électrique n’est pas pour demain. Et le gazole, qui représente les trois quarts des carburants automobiles, reste en augmentation en France (+ 1,1 % de 2007 à 2009). Sauf que les raffineries françaises sont surtout faites pour fabriquer de l’essence ! Faute d’avoir un outil de production adapté, la France doit donc importer 40 % du gazole consommé et doit exporter 30 % de sa production d’essence. Pour l’expert François Perrin, « il y a une double responsabilité dans ce déséquilibre entre production d’essence et de gazole. D’une part, les pouvoirs publics ont excessivement encouragé le gazole avec une fiscalité très avantageuse. D’autre part, les pétroliers comme Total, ont trop tardé à s’adapter ».

« Au début des années 1990, alors que les constructeurs automobiles comme PSA se mettaient à fond au gazole, Total investissait pour faire plus d’essence à la raffinerie de Normandie », raconte Éric Sellini, délégué syndical central CGT chez Total. Pour les syndicats, il existe d’autres alternatives à la fermeture de raffineries. « Il existe des craqueurs qui permettraient de transformer de l’essence en gazole », poursuit Éric Sellini, de la CGT. Interrogé sur ce point, Jean-Louis Schilansky, président de l’Ufip, affirme qu’« augmenter la production de gazole sur les sites français n’est ni techniquement faisable ni économiquement justifié ». Faux, rétorque Jacky Paillou, délégué SUD du centre de Gonfreville-l’Orcher : « Nous travaillons sur des techniques pour transformer de l’essence en gazole. Mais ces travaux n’ont débuté qu’en mars dernier, alors qu’on aurait pu les lancer depuis trois ans ! » Pour lui, « la vérité est que Total préfère casser rapidement plutôt que de prendre le temps d’investir ».

Mehdi Fikri


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