Mensonges et chuchotements

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

3-copie-6.jpgTout en prétendant mener un processus de concertation, Éric Woerth annonce tout de go que la réforme s’appliquera à partir de janvier 2011.

Par Jean-Paul Piérot

 

Horizon 27 mai. Sur l’agenda d’Éric Woerth, la date doit être soulignée de rouge. Le ministre chargé de tout faire pour obtenir l’enterrement de la retraite à 60 ans redoute que la journée de mobilisation nationale de jeudi préparée par les cinq organisations syndicales traduise le refus de la société française de marcher à reculons sur le chemin de l’histoire. Le problème n’est pas pour le gouvernement de savoir si les Français sont d’accord pour retarder l’âge légal donnant droit à la retraite. Toutes les enquêtes d’opinion convergent pour constater l’attachement majoritaire des salariés à cette conquête sociale vieille de près de trente ans. Nicolas Sarkozy ne cherche qu’à neutraliser l’opinion, tente de se frayer un chemin au travers d’un front qui laisserait quelques interstices à découvert. Cela nécessite beaucoup de prudence et de ruse, de mensonges qui désarment, de rumeurs aussitôt corrigées sans être démenties.

 

Tout le long week-end de la Pentecôte a brui de ces chuchotements. Tout en prétendant mener un processus de concertation, Éric Woerth annonce tout de go que la réforme s’appliquera à partir de janvier 2011. Il annonce que le gouvernement va demander aux Français d’avoir une vie professionnelle plus longue, tout en assurant mollement que bien sûr on continue à discuter. Á la vérité, nul ne doit douter que le projet est ficelé. Dès lors, seule l’expression active et soutenue d’un rapport de forces peut inquiéter les démolisseurs d’un modèle social, imparfait mais forgé par les luttes, que les libéraux n’ont jamais accepté.

 

L’issue de la bataille autour de la retraite à 60 ans est incertaine. Elle l’est pour le monde du travail, pour les syndicats et pour la gauche, s’ils ne parviennent à rassembler largement et durablement une grande majorité de Français. Il faut pour cela que se réalise une coalition combative autour du refus du recul de civilisation. Mais l’issue de la confrontation est également incertaine pour Nicolas Sarkozy. Il a besoin de deux leviers pour réussir son mauvais coup : un certain découragement, un sentiment d’impuissance à vaincre contre l’acharnement du pouvoir, et un certain crédit accordé aux thèses martelées sur l’endettement et sur la démographie qui rendraient indispensable la remise en cause d’une conquête sociale de cette importance. Mais si le débat public parvient à démasquer l’imposture, à démonter l’arnaque, si la grande question taboue des ressources à mobiliser est posée par les citoyens, les projets du gouvernement peuvent être mis en échec. Ne touchez pas au grisbi !, nous dit en substance le gouvernement. Précisément touchons-y et nous verrons qu’il y en a assez du côté du capital pour contribuer équitablement au financement des retraites.

 

Dans cette confrontation avec la droite et le Medef, le mouvement social a besoin de clarté. Martine Aubry s’efforce de sortir la position du Parti socialiste de l’ambiguïté, en assurant qu’en cas de victoire en 2012, la gauche rétablirait la retraite à 60 ans. Jusqu’à présent, le PS n’était jamais revenu sur les reculs sociaux imposés par la droite lors de ses passages au pouvoir. Á l’inverse, Dominique Strauss-Kahn a brouillé le message de la gauche en s’en prenant au « dogme » des 60 ans. Mais le monde du travail ne doit pas oublier que le pouvoir, drapé dans son arrogance, malgré son arrogance, ne gagne pas à tous les coups. Il ne doit pas oublier la victoire du non à la Constitution européenne et le retrait de la loi instaurant le CPE.

 

 

 

Publié dans Retraites

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