Un coup pour rien

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Vingt-quatre heures plus tard, il ne restait rien de l’intervention télévisée du président de la 1-copie-21.jpgRépublique, que sa brutale détermination à imposer une régression sociale sur les retraites. Malgré son effort pour afficher de la sérénité et la mise en scène la plus favorable, les Français ne l’ont pas trouvé convaincant. Ni sur les retraites ni sur les déficits publics et pas même sur l’affaire Woerth qui lui revient dans la figure comme un boomerang avec le nouvel épisode du bradage d’une partie de la forêt d’État de Compiègne, théâtre d’une nouvelle capitulation : après Rethondes, celle de l’intérêt public au profit des entreprises des milliardaires des champs de courses. Cet échec à convaincre démontre que son raidissement n’est pas l’indice d’une toute-puissance face aux opposants à sa contre-réforme.


Nicolas Sarkozy prétendait se livrer à un exercice de vérité; nous dressons la liste de ses mensonges. Ils portent sur l’essentiel, le bilan de sa politique, la justice économique et sociale, l’avenir des pensions... Il ne se contente pas d’omissions, il travestit les réalités. D’ailleurs, pourquoi lui et les siens s’obstinent-ils à refuser l’enquête parlementaire aux pouvoirs étendus qui permettrait de tirer au clair les ressorts de l’affaire Bettencourt et les relations intimes des grandes fortunes et des hiérarques de droite ? Le Fouquet’s où les principaux commanditaires du nouveau président furent fêtés comme les artisans du succès ou le très discret Premier Cercle qui unit les grands contributeurs de l’UMP mériteraient des investigations qui jusqu’alors les épargnent. Mais de cela l’Élysée ne veut pas entendre parler, justifiant cette citation de Georges Bernanos, opportunément rappelée par un de nos lecteurs : «Ce qui rend la corruption, ou même la simple médiocrité des élites, si funeste, c’est la solidarité qui lie entre eux tous leurs membres, corrompus ou non corrompus, dans la défense du prestige commun.»


Déjà, nous assistons à des replis sur des positions, sans doute préparées à l’avance, mais pas assez pour que les ténors du gouvernement ou du parti godillot en aient été avertis. Quelques heures avant le show télévisé du président, ils continuaient à prétendre qu’il n’était pas question que le ministre du Travail démissionne de son poste de trésorier de l’UMP. De tels retournements exigent des échines souples et des mœurs de courtisans! Ce dernier 14 Juillet aura montré combien la notion de République a d’évanescence au palais de l’Élysée. Fini l’adresse à la nation, terminé la réception de la société civile! Ne restent qu’une marche militaire et des vrombissements de chasseurs bombardiers.


D’ailleurs, quand la droite évoque la Révolution française, c’est pour s’inquiéter de ce qu’elle recèle d’abolition des privilèges ou pour la détourner. «Il reste une bastille à faire tomber: le despotisme syndical !» clamait mardi le chroniqueur du Figaro, Yves de Kerdrel. Et à sa suite, il veut abolir «un paritarisme suranné», «une pratique intensive de la redistribution», la carapace «des droits acquis (...) fixés par le Code du travail»... Tout cela ne naît pas d’un seul esprit enfiévré par le discours présidentiel. L’ancien président du CNPF (devenu le Medef), Yvon Gattaz, s’est fait le théoricien de cette liquidation du syndicalisme et plus largement du «dialogue social (qui) n’est qu’une vaste mystification». Il s’agit, écrit-il, «de remplacer le syndical en échec par l’humain personnalisé». C’est-à-dire l’action collective qui fait la force par la faiblesse et l’isolement. À droite, l’esprit versaillais ne sommeille jamais longtemps.


Malgré la mise en scène télévisée, Nicolas Sarkozy n’a pas convaincu. Son raidissement n’est pas un indice de force.

Patrick Apel-Muller

 


 

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