Une « dérive » xénophobe très calculée

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

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Au-delà de la manœuvre de diversion, l’offensive lancée contre les Roms et les gens du voyage s’inscrit dans l’entreprise sarkozyste de « rupture » avec l’édifice républicain pour lui substituer la « société du risque » chère au Medef.

 

Où s’arrêtera la dérive ultra-droitière de la politique sarkozyste ? Celui qui se présentait comme le « président de tous les Français » au lendemain de son élection en 2007, ne cesse désormais de les opposer les uns aux autres. Le tout sur fond de confusion entretenue entre immigration et délinquance. La « guerre nationale aux voyous » décrétée par le président de la République glisse ainsi de jour en jour vers une guerre d’intolérance contre la différence, qu’elle soit d’origine ou de mode de vie : gens du voyage montrés du doigt (bien que Français !) et discriminés dans un amalgame avec les Roms eux-mêmes pourchassés et expulsés du territoire, Français naturalisés ou d’origine étrangère menacés de déchéance de leur nationalité…

 

Dans l’entreprise de criminaliser une partie de la population aux yeux d’une autre, un garde-fou est tombé, à lire l’éditorialiste du Figaro, qui reprend à son compte les propos de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, en écrivant, dans l’édition de mardi : « On ne peut plus longtemps refuser d’admettre qu’il existe un lien entre l’immigration et la délinquance. » Signe que la dérive ne connaît plus de limites, ceux qui ne cèdent pas à ces amalgames xénophobes sont taxés de « laxistes » et rendus responsables de la montée de la violence que le pouvoir excite plutôt qu’il ne cherche à l’endiguer. Un nouveau cap a été franchi avec l’appel du ministre de l’Industrie et maire UMP de Nice, Christian Estrosi, à infliger une « très forte amende » aux villes qui « ne se conforment à pas leurs obligations de sécurité » (lire notre édition du 16 août). Dans le collimateur, les maires de l’opposition, mais aussi tous les élus qui s’alarment de la démolition du modèle républicain, y compris à droite, à l’instar du député villepiniste Jean-Pierre Grand jugeant « ignoble » la dérive du pouvoir.

 

Diviser les mécontents

Nicolas Sarkozy a bien sûr en tête l’élection présidentielle de 2012. Il s’agit de mener une opération de division de grande ampleur pour masquer son bilan social calamiteux et désamorcer la contestation de sa réforme des retraites, qui devrait connaître un nouveau pic lors de la journée du 7 septembre. En reprenant à son compte les thèmes favoris de l’extrême droite, il espère conserver le cœur de son électorat, et détourner la colère des mécontents en remettant en selle le FN, dans le but d’affaiblir et de diviser ses opposants.

 

Mais l’opération va au-delà et porte sur le fond de l’entreprise sarkozyste : d’ici à 2012, la droite entend bien achever l’ébranlement de l’édifice républicain entamé en 2007 sur le thème de la « rupture ». Rupture avec la devise « Liberté, égalité, fraternité », mais aussi rupture avec les conquêtes sociales de la Libération, comme l’avait théorisée dans un éditorial célèbre (Challenges du 4 octobre 2007) la tête pensante du Medef, Denis Kessler, voyant dans l’élection de Nicolas Sarkozy l’occasion de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». La droite et le patronat voudraient lui substituer la « société du risque » chère à Laurence Parisot : une société de précarité et d’insécurité sociale qui génère inévitablement de la violence et de la peur. Dans ce contexte, la proposition d’un élu UMP de remplacer l’allocation de rentrée scolaire par des bons d’achats pour qu’elle ne soit pas « dévoyée par certaines familles », comme celle de faire condamner les parents des enfants qui n’auraient pas satisfait à leurs obligations judiciaires, ne sont pas innocentes : elles entrent dans le cadre de la politique de stigmatisation et de répression du monde du travail, à commencer par ses membres les plus fragiles et les démunis, et notamment les immigrés et les gens du voyage. Le tournant ultra-sécuritaire et xénophobe ne date en effet pas d’hier. La création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, puis le débat sur « l’identité nationale » et la « fierté d’être français » avaient donné le ton, Éric Besson évoquant alors un « combat » de dimension globale, « politique, sécuritaire, judiciaire et moral ». Un combat dans lequel s’inscrivent aussi bien le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy sur l’homme africain qui n’est pas « entré dans l’histoire », que les atteintes répétées à la laïcité ou aux libertés syndicales.

Sébastien Crépel (L'Humanité)

 

 

 

 


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