Lundi noir, mardi espoir
Plan Paulson, mini-sommet, réunion des ministres des finances, l’administration américaine, l’Union
Européenne et les chefs d’Etats n’en finissent pas de vouloir rassurer en soutenant les banques et la finance. Mais toujours aucune mesure en faveur d’une relance de la croissance. Résultat : les bourses du monde entier continuent de plonger. Journée mondiale de mobilisation mardi à l’appel de la confédération syndicale internationale.
Le président Nicolas Sarkozy, comme président en exercice de l’UE, a déclaré lundi que "les gouvernements des 27 pays de l’UE" sont "unis, solidaires et déterminés" face à la crise et que "chacun d’entre nous prendra toutes mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier", "que ce soit par l’injection de liquidités en provenance des banques centrales, par des mesures ciblées sur certaines banques ou par des dispositifs renforcés de protection des dépôts".
On est encore loin avec ce genre de déclaration d’une hypothétique réponse européenne commune, les pays européens privilégiant jusqu’ici des solutions nationales.
En Allemagne, le gouvernement a annoncé une garantie sur tous les dépôts des épargnants et l’adoption d’un plan de sauvetage pour la quatrième banque du pays, dans l’objectif d’éviter un mouvement de panique. Cette décision unilatérale a suscité une certaine surprise en Grande-Bretagne notamment, qui a demandé des éclaircissement. Car Londres redoute que ces initiatives ne créent une fuite des capitaux des banques nationales vers les établissements concurrents étrangers, désormais mieux protégés…
Pire, peu rassurés par l’adoption du plan américain de sauvetage des banques, les investisseurs dénombrent avec effroi les nouveaux signes de la propagation de la crise parmi les établissements financiers européens.
Pourtant, la crise a du bon pour certains. Les groupes mutualistes Caisse d’Epargne et Banque Populaire, deux des plus importantes banques de dépôt en France, ont engagé des discussions en vue d’un rapprochement. L’annonce par BNP Paribas de la reprise de Fortis, pour donner naissance à la première banque de la zone euro par le montant des dépôts, a "accéléré" un projet à l’étude depuis la naissance en 2006 de Natixis, filiale commune de la Caisse d’Epargne et de la Banque populaire qui a constitué la première étape de leur rapprochement. Les discussions devraient porter aussi sur l’avenir de Natixis, très malmené dans la tourmente actuelle. Un plan de redressement a été annoncé en mai, avec 800 suppressions d’emplois à la clé et l’abandon de certaines activités à risque, mais d’après le quotidien Le Monde, les Caisses d’Epargne exigent qu’un nouveau plan stratégique soit adopté, incluant "des cessions d’actifs et des mesures" pour assurer le financement de Natixis.
Pas de crise dans le caviar
La baisse du pouvoir d’achat et la morosité des consommateurs ne se sont pas fait sentir chez Petrossian, premier acheteur et importateur de caviar au monde, qui n’a pas noté de baisse d’activité, y compris aux Etats-Unis. "Le panier de Noël reste hors norme", explique-t-il, estimant que parmi la clientèle potentielle de Petrossian, "le produit de luxe sur la table du réveillon ne sera pas celui sur lequel elle rognera".
L’adoption du plan Paulson vendredi par la Chambre des représentants américaine n’a visiblement pas suffi à calmer les investisseurs.
"On ne répétera jamais assez que, si la mise en place effective de l’ensemble des mesures du plan Paulson marquera très probablement une inflexion dans la crise actuelle, elle n’en signifiera pas la fin", commentait lundi matin Eric Vergnaud, économiste de BNP Paribas, en évoquant "de nouvelles dépréciations".
La Banque centrale européenne (BCE) a continué lundi ses opérations de soutien au marché, en annonçant coup sur coup dans la matinée un nouvel appel d’offre de maximum 50 milliards de dollars, et une nouvelle opération de drainage de liquidités portant sur un maximum de 220 milliards d’euros.
Après avoir réagi en ordre dispersé face à la crise financière, les ministres européens des Finances devaient tenter d’afficher un front commun lundi et mardi, dans le sillage du sommet des quatre pays de l’UE membres du G8 (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni) tenu samedi à Paris.
Dans ce contexte très lourd, six syndicats appellent à manifester et parfois à faire grève mardi en France pour exiger des réponses aux urgences sociales, une journée qu’ils jugent plus que jamais justifiée par la crise financière.
Les confédérations CFDT, CGT, CFE-CGC, FSU, Solidaires et UNSA (lire l’appel commun) ont saisi l’occasion de la journée mondiale pour le "travail décent" pour mobiliser en faveur du pouvoir d’achat et des salaires.
"Ce sera la première réaction syndicale massive à la crise financière internationale", déclare Maryse Dumas, numéro deux de la CGT.
En effet, 170 syndicats de la Confédération syndicale internationale lancent des actions (voir la liste) dans une centaine de pays. En France, 87 rassemblements ou manifestations sont prévus.
A Paris, une manifestation partira à 15h30 du métro Alma-Marceau pour rejoindre la place du Trocadero où aura lieu un concert en présence de syndicalistes de 14 pays européens.
Plusieurs appels à la grève ont été lancés, comme celui de la CGT et de Sud Rail à la SNCF ou des infirmières scolaires (Snics). Dans l’Education nationale, la CGT, le Snes et le Snep et Snuep ont déposé des préavis de grève, de même que la CGT Fonction publique. Mais peu de perturbations sont prévues.
L’Unef et l’Union nationale lycéenne ont demandé pour leur part aux étudiants et lycéens de se joindre aux cortèges syndicaux.