École de la République : journée du 20 novembre 2008
Des cortèges impressionnants
In Café Pédagogique
Trois mots résument la journée : pour le Se-Unsa c'est "un tournant",pour la Cgt "un raz de marée", pour le ministre c'est "démodé".
Les cortèges étaient impressionnants. De 10 000 (police) à 40 000 personnes à Paris, de 5 à 20 000 à Bordeaux, de 5 à 10 000 à Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes, Grenoble. La police reconnaît 160 000 manifestants, soit le double du cortège du 19 octibre. Les syndicats les estiment à plus de 200 000. Dans le primaire le nombre de grévistes le 20 novembre était impressionnant : le ministère annonce 48%, les syndicats 69%. Dans tous les cas c'est la grève la plus importante depuis des années. Dans le secondaire le ministère revendique 21% de grévistes, le Snes plus de 50% : la mobilisation est forte mais pas exceptionnelle. L'ambiguïté du mouvement, qui réunissait pro et anti réforme du lycée, a du jouer. Globalement la grève a la valeur d'un désaveu : la majorité des enseignants n'a pas confiance en son ministre.
Et maintenant ? Forts de cette exceptionnelle mobilisation,les syndicats du primaire (Sgen Cfdt, Se-Unsa, Snuipp FSU) adressent au ministre "un « préavis de négociations» lui donnant, à l’image des préavis de grève, 5 jours pour ouvrir ces négociations…. Sans réponse de sa part, l’intersyndicale… proposera aux personnels de nouvelles actions pour contraindre le ministre à prendre en compte leurs revendications". Dans le secondaire la Cgt a déposé un préavis de grève allant du 24 au 28 novembre, mais il a peu de chances d'être repris par les grandes centrales syndicales.
Mobilisation massive dans l'Education
In Libération
Les manifestationts d'enseignants ont fait le plein aujourd'hui un peu partout en France. Rejoints par les lycéens et les étudiants, ils étaient entre 100.000 selon la police et 220.000 selon les syndicats.
Dans le détail, on comptait de 5500 à 20.000 manifestants à Bordeaux, 4 à 5000 à Lille 5 à 11.000 à Marseille, 6 à 10.000 à Lyon, 5 à 10.000 à Toulouse et à Nantes, 5 à 7000 à Rennes, près de 3000 à Strasbourg ou encore 5700 à 9000 à Grenoble, 3400 à 6000 au Mans, et 2.500 à 5000 dans les rues de Rouen.
«Le 93, ils sont où? Devant?» «Quelqu'un a vu Paris-VIII?» Couverts par la sono et les coups de sifflets, noyés dans la marée humaine, les retardataires sont un peu hagards. A Paris, au départ du Luxembourg, ils étaient 9.000 selon la police, 40.000 selon le syndicat FSU.
«Contre les suppressions massives de postes, pour l'abandon des réformes de régression pour les jeunes et les personnels», proclame la banderole de tête. Réformes de régression? Elles sont nombreuses, à entendre les grévistes: outre les suppressions de postes, ils citent la réforme du lycée, celle des programmes, la remise en cause de la maternelle, la «revalorisation» des enseignants, la suppression du samedi, la coupe des crédits de la recherche...
«On ne fait pas grève contre les parents»
En tête de cortège, une marée jaune. Plusieurs centaines d'enseignants ont enfilé des gilets réfléchissants, épinglés d'affichettes. Ils font partie du réseau Rased, ces enseignants formés spécialement pour aider les élèves en difficulté et qui tournent sur plusieurs établissements. Ils enragent contre la suppression de 3000 de leurs postes prévue dans le budget 2009. «Si on n'est plus là pour aider les élèves, qui le fera? s'inquiète l'une. Les autres instits ne sont pas formés pour ça, et ce n'est pas avec deux heures de soutien scolaire entre midi et deux qu'ils limiteront la casse.»
Très présents dans le cortège, les professeurs des écoles dénoncent aussi la «disparition programmée», selon eux, de la maternelle. Une guirlande de couches, avec une pancarte «Darcos, à l'école, y'en a pas», se charge d'épingler les propos du ministre sur le fait de «faire passer des concours bac +5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de changer les couches».

Autre motif de colère, les nouveaux programmes: «Ils sont inadaptés, trop difficiles, ne tiennent pas compte de la psychologie des enfants. Et je défie un instit d'aller au bout en une année scolaire. Le bourrage de crâne, ça ne marche pas», assure Emma, professeur des écoles à Pierrelaye, dans le Val-d'Oise. La jeune femme tient à rappeler au passage qu'«on ne fait pas grève contre les parents ou les enfants. On perd quand même une journée de salaire à chaque fois».
Allez Darcos, écoute Obama !
Pourquoi Obama injectera-t-il des milliards dans les maternelles ?
Alors qu'ici on ampute la maternelle, aux Etats-Unis on fait le contraire. Comment expliquer cela ? Pourrait-on se tromper de ce côté de l'Atlantique ? Selon Education Week, l'équipe du futur président est déjà au travail… et travaillée par différents lobbys. Un premier enjeu est l'inclusion de l'éducation dans le plan de relance de l'économie. Cette proposition est soutenue par la fédération syndicale AFT. Et B. Obama a promis une révision de la loi No Chlld Left Behind pour en améliorer qualitativement les tests. Mais on retiendra surtout que le futur président a prévu d'investir 10 milliards de dollars dans l'enseignement pré-élémentaire.
Cette politique n'arrive pas par hasard : plusieurs rapports (Hitting Homes en 2007, Tough Choices en 2006) ont montré aux Etats-Unis que c'était là qu'il fallait investir pour augmenter le nombre de diplômés du supérieur. Selon Travis Reindl, auteur de "Hitting Home", le pays devra augmenter de 37% sa production de diplômés du supérieur pour faire face aux besoins économiques des Etats-Unis. Une étude du Bureau du Travail a calculé que d'ici 2014, les Etats-Unis auront besoin de 30% de jeunes titulaires du bac en plus, de 20% de jeunes de niveau universitaire, de 17% de titulaire d'une licence en plus, etc. (alors qu'ils sont nettement plus nombreux qu'en France proportionnellement).