Transports : DHL Express passe enfin à la caisse

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

L’entreprise de messagerie routière a concédé des augmentations de salaire « historiques » aux grévistes de Gonesse Garonor, mobilisés non-stop depuis le 29 janvier.

« Bloquer la plate-forme européenne avec des semi-remorques le 29 janvier, c’était facile. Mais passer depuis toutes nos nuits dans l’entrepôt, avec ce froid, c’est hyperphysique », lâchait Yann, trente-cinq ans, lundi dernier, les yeux cerclés de gros cernes noirs. Avec ses collègues, ce cariste chez DHL Express « faisait les nuits » aux entrepôts de Gonesse (Val-d’Oise), empêchant l’acheminement de palettes bourrées d’électroménager.

Après six jours d’une grève reconduite deux fois à la quasi-unanimité, et un gros barouf lundi au siège DHL de Parinor-2, DHL Express a fini par capituler mardi soir. « C’est une victoire historique ! affirme Jean-Claude Hacquard, délégué central CGT (majoritaire sur le site et seul syndicat dans le mouvement). Une telle augmentation de salaire va avoir un impact sur toute la profession : 1 400 euros à l’embauche, c’est bien au-dessus de nos concurrents, que ce soit Géodis, Mory ou TNT. Si ces derniers ne veulent pas courir le risque de voir partir leurs salariés, ils vont bien être obligés de s’aligner. »

Née de la fusion de cinq entreprises de transport en 2004, DHL présentait des différences de rémunération entre ses salariés pouvant aller jusqu’à 40 %. Le mouvement, qui couvait depuis quatre ans, est parti des sites de Gonesse et Garonor où travaillent côte à côte des employés issus notamment des entreprises Danzas et Ducros. Entre les « ex-Danzas », disposant d’acquis arrachés de haute lutte depuis les années 1990, et les « ex-Ducros », qui n’avaient pour la plupart jamais fait grève, les différences sur la fiche de paye étaient flagrantes. Scandaleuses même.

Refusant que leur problème particulier soit englobé, et minimisé, dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), effectuées à l’échelle nationale, les 300 salariés de Gonesse et Garonor se sont invités à la table des négociations lundi dernier. Aujourd’hui, les ex-Ducros réalisent qu’ils n’étaient pas les seuls à être sous-payés. « Au total, 860 salariés répartis sur 66 agences vont profiter de notre mouvement. Dans le transport routier, c’est du jamais vu, sauf peut-être à la Brink’s où les mecs risquent leur vie », s’enthousiasme Jean-Claude Hacquard, délégué CGT. « Il s’agissait de combler une inégalité historique », reconnaît Nathalie Marinie, responsable de la communication de DHL, qui confirme que « la résolution du conflit est bien distincte des NAO qui auront lieu dans quelques jours.

Au final, c’est une mobilisation bien atypique qui s’est déroulée sur les quais de chargement de DHL Express la semaine dernière. La grève a été exigée par les salariés auprès de la CGT, après trois débrayages restés vains. Une alerte, faisant office de préavis, a été envoyée à la direction avant la grève, ce qui est très rare dans le privé, afin, selon la CGT, de contourner une « sorte d’accord de prévention de conflit » signé par les autres syndicats, qui prévoit de prévenir cinq jours à l’avance d’un éventuel mouvement social. Enfin, les deux reconductions de la grève ont été votées à bulletin secret pour laisser toute liberté aux salariés. Après la victoire, Yann le cariste a pu dormir chez lui mardi soir. « On aurait pu obtenir plus. Mais une telle solidarité, ça fait déjà plaisir », déclarait hier cet ex-Danzas de Gonesse, qui a donné un peu de son sommeil pour que les ex-Ducros soient mieux payés.

Mehdi Fikri



Publicité

Publié dans Social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article