LES SYNDICATS INVITENT L'ETAT AU PARTAGE DES BÉNÉFICES
Dans les entreprises publiques, certains syndicats espèrent prendre le chef de l'Etat au mot, en exigeant, comme il l'a suggéré, un partage des profits en trois tiers, mais d'autres refusant d'entrer dans cette logique et réclament une hausse de salaires.
Les syndicats se sont saisis de l'annonce des résultats annuels des entreprises et du montant du dividende redistribué aux actionnaires, pour réclamer l'application de la règle, avancée le 5 février par Nicolas Sarkozy, d'une répartition des bénéfices entre actionnaires, salariés et investissement.
«Nous voulons au minimum un maintien du pouvoir d'achat des salariés, puisque les résultats des entreprises sont bons. Pour l'instant c'est loin d'être gagné», plaide Jean-Philippe Guilbot de FO-Energie.
L'Etat devrait percevoir 5,6 milliards d'euros de dividendes pour 2008, selon Les Echos lundi. De fait, certaines entreprises (EDF, Renault) dans lesquelles l'Etat détient des parts ont annoncé des résultats meilleurs que prévu.
Pour les syndicats, l'Etat doit donc «montrer l'exemple en coordonnant ce qu'il dit et ce qu'il fait», estime Colette Duynslaeger (CGT-Poste).
Dans le détail, à La Poste, détenue à 100% par l'Etat, le taux de dividende va passer de 15% du bénéfice en 2007 (141 millions d'euros) à 20% en 2008 (212 millions d'après les calculs CGT) et 25% en 2009.
Pour une «véritable» répartition, la CGT, qui a envoyé un courrier à Christine Lagarde (Economie), demande une prime de 400 euros pour chacun des 300.000 salariés. Sud plaide de son côté pour une «hausse des salaires, seule réponse pérenne à la question salariale», selon Régis Blanchot.
A France Télécom (27% de part de l'Etat), les syndicats demandent l'application stricte des trois tiers. «On ne veut plus être pris au piège comme en 2007, où France Télécom a réalisé 6,3 milliards d'euros de bénéfice et en a versé 3,1 milliards aux actionnaires et un maigre pécule aux salariés», avertit FO.
Tension dans les télécoms
Les négociations salariales devraient s'ouvrir après le 4 mars, date de publication des résultats annuels du groupe, indique la direction.
Les relations sont tendues dans le secteur des télécoms, les employeurs ayant proposé pour 2009 une hausse de salaires de l'ordre de 2%, «insuffisante» pour les syndicats.
Dans l'énergie, où l'Etat est très présent (84,4% d'EDF, 35,66% GDF Suez), le dialogue est au point mort. Les syndicats ont claqué la porte face au refus d'ajuster la hausse des salaires aux bénéfices des entreprises. Le patronat propose 0,2% de plus en 2009, un taux «inadmissible» pour Marc Bretel (CFE-CGC).
«Les actionnaires ont empoché 68% des bénéfices réalisés en 2008 par EDF, alors qu'on nous demande de nous serrer la ceinture», dénonce M. Guilbot.
Inquiets du départ de Siemens, les salariés d'Areva redoutent d'être les «grands oubliés», selon Jacques Masdebail (CGT). Les négociations sur l'intéressement et la participation sont prévues les 18 et 26 février.
Sans attendre les résultats annuels, certaines entreprises publiques ont pris les devants: la SNCF a versé 207 euros à ses agents au titre de 2008, malgré l'opposition des syndicats. Même chose chez le fabricant du char Leclerc Nexter (ex-Giat), qui a augmenté de 3,5 à 6,34% (cadres) les salaires de ses 2.700 salariés.
Source de l'article : Charente Libre