Crise et profits
Salaires : Sarkozy maintient la compression
« Nous sommes au milieu de la crise », a prétendu d’emblée le président de la République, hier soir, à la télévision, ajoutant : « Les chiffres sont inquiétants pour les mois à venir. » Mais, « la France a tout pour s’en sortir plus vite » que les autres pays, à condition, « de ne pas refaire les erreurs du passé ». C’est-à-dire, selon lui, « une politique de la facilité », conduisant à la « banqueroute ». La solution ? « La modernisation », « l’investissement », « la réforme ». Ce qui dans son esprit s’oppose à une politique « d’embauches de fonctionnaires », ou « au rétablissement de l’autorisation administrative des licenciements ». Pas question, non plus d’augmenter massivement « le smic qui concerne à peine un salarié sur dix ». et qui « aggraverait les difficultés déjà grandes de beaucoup de nos petites entreprises et exclurait du marché du travail un grand nombre de salariés plus qualifiés. »
Alors que, dans le pays, de nombreux mouvements sociaux mettent en cause les réformes engagées par son gouvernement, Nicolas Sarkozy a donc affirmé son intention de les continuer, évoquant celles qui touchent l’hôpital, le lycée, l’université, la recherche. Après cela, il se fendait de quelques mots compassionnels pour les fonctionnaires aux « conditions de travail dégradées », pour mieux reprendre son credo de la « revalorisation du travail », laquelle ne passe toujours pas, selon lui, par l’augmentation des salaires, mot tabou, hier encore, dans le propos présidentiel. Le président reprenait ensuite le thème de la « moralisation, refondation du capitalisme ». « Quand les entreprises du CAC 40 distribuent près de 50 milliards d’euros de dividendes, il est normal qu’une part revienne aux salariés ». Pas de quoi faire trembler les big boss du CAC. La déclinaison pratique de ce thème se résume à l’ouverture d’un « débat » syndicats-patronat. Seule promesse, timide : le chef de l’État a estimé que le comité d’entreprise doit être « obligatoirement » consulté en cas d’aides publiques. Les syndicats, selon lui, doivent être « associés aux opérations de restructuration ». Nicolas Sarkozy a terminé sa prestation en évoquant dune phrase la situation en Outre-mer, sans la moindre référence au drame de la mort d’un syndicaliste guadeloupéen, se contentant de confirmer qu’il recevrait ce jeudi les élus des DOM.
Dominique Bègles, Yves Housson
Les principales réactions
Les mesures proposées mercredi par Nicolas Sarkozy ne sont pas suffisantes pour répondre à la crise sociale, ont déclaré mercredi les dirigeants syndicaux, qui ont appelé à maintenir la pression sur le gouvernement.
A la sortie de la table ronde organisée à l’Elysée, où le président français a annoncé des mesures sociales d’un coût de 2,6 milliards d’euros pour l’Etat en faveur des ménages les plus modestes, les syndicats ont précisé que la journée de grèves et de manifestations prévue le 19 mars aurait bien lieu.
"Face à la situation des salariés actuellement, les mesures gouvernementales annoncées sont insuffisantes", a dit à la presse le secrétaire général de la CFDT François Chérèque.
"Comme l’action syndicale commence à payer, la CFDT estime qu’il faut continuer de faire pression sur le gouvernement et sur le patronat pour aller jusqu’à un vrai changement de cap."
"C’est beaucoup trop court et il y a des oublis", a renchéri le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly.
"Il faut maintenir la pression pour faire bouger les lignes", a-t-il ajouté, ce qui passe par "maintenir le 19 mars".
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, s’est lui aussi prononcé pour maintenir la journée d’action du 19 mars.
Les syndicats se retrouveront lundi pour analyser les mesures proposées par le chef de l’Etat.
PCF : Les mesures "sont à mille lieues des enjeux de la situation économique et sociale actuelle". "Au final, toujours pas de changement de cap", "au contraire, il maintient les réformes destructrices"
Benoît HAMON, porte-parole du Parti socialiste :
"Annoncer 2,6 milliards d’aides sociales, c’est presque cent fois moins qu’aux Etats-Unis. Le chef de l’Etat a distribué les restes du banquet des banquiers, il s’est contenté de faire l’aumône aux plus fragiles."
"C’est un baume, cela va soulager un peu les difficultés mais ce qu’on attendait c’était de la justice sociale. Les décisions prises par le gouvernement n’auront aucun effet sur la relance de l’économie."
Jean-Marc AYRAULT, président du groupe socialiste de l’Assemblée, dans un communiqué :
"Les 2,6 milliards débloqués en faveur des ménages représentent à peine 10% de l’effort accordé aux entreprises (…). ’L’esprit de justice’ présidentiel demeure pingre. II reste à des années lumières du plan massif, global et à effet immédiat que proposent les socialistes."
"Les mesures présidentielles relèvent bien davantage du coup de pouce pour temps calme que d’un contrat social pour temps de crise ’sans précédent’".
Jean-Luc MÉLENCHON, fondateur du Parti de gauche, dans un communiqué :
"Alors que la crise économique et sociale s’amplifie, les mesures présentées par Nicolas Sarkozy s’amenuisent de semaine en semaine"
"Après 360 milliards pour les banques puis 26 milliards pour l’économie et les entreprises, il ne reste qu’une peau de chagrin de 2,6 milliards d’euros, selon les chiffres de l’Elysée, pour les travailleurs."
Jean-François COPE, président du groupe UMP de l’Assemblée, dans un communiqué :
"Je salue les mesures très concrètes annoncées par le président de la République pour répondre aux difficultés des Français les plus touchés par la crise."
"Il a entendu les inquiétudes des Français les plus modestes et il y a répondu par des mesures exceptionnelles, à la fois concrètes et ciblées tout en réaffirmant la nécessité de poursuivre les réformes."
"C’est à l’opposé de la politique de saupoudrage inefficace proposée par le Parti socialiste."
"Absurde" de taxer Total sur ses bénéfices, selon Luc Chatel
Il serait "absurde" de taxer Total sur ses bénéfices pour financer des investissements, alors que l’entreprise réalise déjà "13% de ses investissements en France", a affirmé mardi sur RMC le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.
"C’est absurde", a déclaré M. Chatel, interrogé sur l’opportunité de taxer Total pour financer des investissements. "Total réalise 6% de son résultat en France. Total investit 13% de son investissement en France. Donc si vous taxez Total en France, qu’est-ce qui va se passer ? Ils vont aller investir ailleurs", a-t-il ajouté.
Quant à la possibilité de distribuer aux salariés le tiers des profits record du groupe en 2008, conformément au partage suggéré par le président Nicolas Sarkozy, Luc Chatel a souligné que "chez Total, 70.000 employés sur 100.000" étaient "actionnaires de l’entreprise". Ce qui veut dire que "quand il y a des distributions de dividendes, c’est un plus en pouvoir d’achat pour les salariés", a-t-il assuré.
Après l’annonce par Total la semaine dernière d’un bénéfice de près de 14 milliards d’euros en 2008, des associations, comme "Sortir du Nucléaire" ou l’assocition de défense des consommateurs UFC Que Choisir, avaient réclamé l’instauration d’une "taxe exceptionnelle" sur ces profits.
Le ministre du Budget Eric Woerth avait pour sa part estimé dimanche que Total pouvait "faire un geste" et "continuer à participer comme elle l’a fait avec la prime à la cuve", en allant "peut-être un peu plus loin".
Mardi, Total a indiqué n’exclure "aucune piste" et s’est dit "prêt à discuter avec les pouvoirs publics" pour faire un geste en faveur du pouvoir d’achat des Français.
Même si la CFDT, la CGT, FO et la CFTC concèdent des avancées, ils jugent les mesures annoncées par le chef de l'Etat "insuffisantes", et appellent à une deuxième journée d'action unitaire le 19 mars.
François Chérèque (Sipa)
Cette première réaction augure d'une deuxième journée d'action unitaire le 19 mars, dont les syndicats fixeront "le sens, le contenu, les modalités" lors d'une réunion commune lundi prochain.
A l'inverse, le patronat a réagi de manière très mesurée, le président de la CGPME Jean-François Roubaud se félicitant que l'exécutif ait "fait attention à ne pas pénaliser les entreprises davantage, y compris les TPE et PME".
"l'action syndicale commence à payer"
Selon François Chérèque (CFDT), "l'action syndicale a permis une première inflexion dans la politique gouvernementale". "Les quelques mesures annoncées aujourd'hui, en particulier pour les familles modestes, vont dans ce sens. Mais face à la situation des salariés, les mesures sont insuffisantes".
"Comme l'action syndicale commence à payer, la CFDT estime qu'il faut continuer à mettre la pression sur le gouvernement et le patronat" pour "aller jusqu'à un vrai changement de cap", a-t-il ajouté.
Son homologue de la CGT Bernard Thibault a qualifié les décisions présidentielles de "série de mesures d'accompagnement social à la crise".
Rappelant que le coût des mesures avoisine 2,6 milliards d'euros, il s'est dit "bien obligé de ramener ce chiffre à la somme de 8 mds d'euros" au bénéfice des entreprises avec la suppression annoncée de la taxe professionnelle.
"Quelques éléments qui bougent un peu"
Bernard Thibault a estimé qu'il allait "falloir pousser plus fort pour changer vraiment la situation": "Nous nous rendrons à la rencontre unitaire de lundi avec l'esprit de travailler à un prochain rendez-vous revendicatif, qui est programmé le 19 mars".
Jean-Claude Mailly (FO) a relevé "quelques éléments qui bougent un peu", sur le chômage partiel -même si "c'est encore insuffisant"-, la formation et les allègements fiscaux.
"Mais c'est beaucoup trop court" et "nous avons essuyé une fin de non-recevoir sur le Smic et les négociations salariales de branches", a encore affirmé Jean-Claude Mailly, critiquant le "refus d'un moratoire sur les 30.000 emplois publics" dont la suppression est programmée cette année".
Jacques Voisin (CFTC) a lui aussi jugé que si "les lignes ont un peu bougé", "le compte n'y est pas", notamment sur les salaires. "Il y a certes eu un effort sur les familles modestes mais c'est bien insuffisant".
"Préserver les entreprises"
Bernard Van Crayenest (CFE-CGC) s'est montré moins critique. "Il y a eu quelques avancées sur le dialogue social, un consensus sur l'emploi mais il y a encore beaucoup à faire pour améliorer l'indemnisation du chômage partiel", a-t-il dit.
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a "répété que sauver des emplois aujourd'hui, c'est d'abord préserver les entreprises". Avec "les dispositifs particuliers pour le chômage partiel, la formation professionnelle, l'assurance chômage, les entreprises françaises ont mis sur la table du social un milliard et demi d'euros", a-t-elle affirmé, se déclarant "prête à accélérer leur mise en œuvre".
Les leaders syndicaux ont appelé à "maintenir la pression" sur le gouvernement et le patronat au sortir du sommet social de mercredi, jugeant "insuffisantes" les mesures annoncées par le président Nicolas Sarkozy. Cette première réaction augure d'une deuxième journée d'action unitaire le 19 mars, dont les syndicats fixeront "le sens, le contenu, les modalités" lors d'une réunion commune lundi prochain.
Selon François Chérèque (CFDT), "l'action syndicale a permis une première inflexion dans la politique gouvernementale". "Les quelques mesures annoncées aujourd'hui, en particulier pour les familles modestes, vont dans ce sens. Mais face à la situation des salariés, les mesures sont insuffisantes." "Comme l'action syndicale commence à payer, la CFDT estime qu'il faut continuer à mettre la pression sur le gouvernement et le patronat" pour "aller jusqu'à un vrai changement de cap", a-t-il ajouté.
Son homologue de la CGT, Bernard Thibault, a qualifié les décisions présidentielles de "série de mesures d'accompagnement social à la crise". Rappelant que le coût des mesures avoisine 2,6 milliards d'euros, il s'est dit "bien obligé de ramener ce chiffre à la somme de 8 milliards d'euros" au bénéfice des entreprises avec la suppression annoncée de la taxe professionnelle.
Jean-Claude Mailly (FO) a relevé "quelques éléments qui bougent un peu", sur le chômage partiel – même si "c'est encore insuffisant" –, la formation et les allègement fiscaux. "Mais c'est beaucoup trop court" et "nous avons essuyé une fin de non-recevoir sur le smic et les négociations salariales de branches", a encore affirmé M. Mailly, critiquant le "refus d'un moratoire sur les trente mille emplois publics" dont la suppression est programmée cette année".
Jacques Voisin (CFTC) a lui aussi jugé que si "les lignes ont un peu bougé", "le compte n'y est pas", notamment sur les salaires. "Il y a certes eu un effort sur les familles modestes mais c'est bien insuffisant."
Bernard Van Crayenest (CFE-CGC) s'est montré moins critique. "Il y a eu quelques avancées sur le dialogue social, un consensus sur l'emploi mais il y a encore beaucoup à faire pour améliorer l'indemnisation du chômage partiel", a-t-il dit.
A l'inverse, le patronat a réagi de manière très mesurée, le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, se félicitant que l'exécutif ait "fait attention à ne pas pénaliser les entreprises davantage, y compris les TPE et PME".
La piste avancée par Nicolas Sarkozy. "Il y a 17% des gens qui sont au smic. Si on augmente le smic, il y a 83% qu'on laisse de côté. Ça fait tant d'années qu'on donne un coup de pouce au smic, ça ne résout pas le problème du chômage, ça ne résout pas le problème de la pauvreté."
Le contexte. Le chef de l'Etat n'est pas à un paradoxe près: s'il ne craint pas d'écarter les Français qui ne payent pas d'impôt sur le revenu, il s'offusquerait de ne prendre des mesures qu'en direction de 17% des salariés les moins bien payés. Comme la suppression de tout ou partie du paquet fiscal, l'augmentation du smic semble écartée depuis longtemps par le gouvernement, bien qu'elle constitue une revendication récurrente des syndicats, qui ne devraient pas manquer de le souligner pour justifier le maintien d'une journée de mobilisation un mois après les négociations.
La mesure définitive. Comme prévu, la mesure est... pas de mesure. Ni augmentation du smic, ni de suppression du paquet fiscal.