Le vieil âne et le maître
Le vieil âne et le maître (Les derniers maître en Martinique) Ce bon bourricot venu de si loin pour les cannes,
Passa sa vie à charrier les tiges sans aucune manne,
Tantôt frappé par un guerrier spolié de son âme,
Tantôt disgracié par le colon et toutes ses trames.
Quel bon esclave ce vieil âne exporté,
Qui tirait le sucre dans sa charrette toute l’année,
Sans hennir, à peine trouvant le manger.
Mais quand fut venue l’abolition des charretiers,
Le maître lui brûla son outil et ses paniers,
Puis le réforma au pré sans même le remercier…
A voir son planteur grossir de ses biens,
L’âne se morfondait dans les besoins,
Vivant sa grâce liberté sans partages entretiens…
Mais le colon au pire parvenu, affûta ses épargnes,
Charmant l’anglais pour repousser le franc en hargne,
Puis sauva sa tête malgré qu’il fut brigand,
Sans crimes et terreurs, jugés par les entrants,
Restant ici, à s’adjuger les terres en bon négociant…
Les ânes eux, se regroupaient dans leurs éducations,
Mourraient en peine ne transmettant que l’abdication,
forçant d’être plus âne encore leurs aseptisées générations…
L’âne a gagné soit, restant l'ouvrier de son maître-canne,
Avec pour tout salaire rogné, une maigre manne,
Reversée sans calcul aux mêmes employeurs qui ricanent…
Le temps est passé, fort de la France et des misères,
De Victor Schoelcher au regretté Aimé Césaire…
Mais les frelons ici encore tiennent l’usine,
S’assurent la maison, l’alimentation et les mines,
L’argent, les biens, et depuis cent cinquante ans s’affinent…
Quels braves bourricots ces éduqués âne-bâtés,
Esclaves de la fonction, du rhum et de leurs passés…
Montrant toujours le dos pour supporter,
Laissant en sus leurs terres pour une minorité,
Celle des pur-sangs de la consanguinité…
Mais attention ! vils margeants et fermiers frondeurs,
Le jour viendra où vos ânes n’auront plus peur,
Ils couperont l’esthète se rappelant la terreur,
Sans un anglais cette fois pour le sauver des torpeurs…
Oyez braves gens, l’âne est moins têtu qu'intelligent,
Il a pu supporter jadis la servitude et d’être pris indigent,
Mais d’un coup de sabot demain, frappera les débiteur-gens,
Les con-sanguins comme les blancs diligents…
La révolution qui pointe a cela de doux,
Apprendre aux maîtres la fin des jougs,
De remettre les pendules à l’heure des coûts,
Les terres volées aux vrais manicous,
Les chien-créoles à fond d’égouts…
TEXTE DE JEAN-MARC WOLLSCHEID (Tous droits réservés…)