Le gouvernement intègre la récession dans ses comptes
Le projet de loi de Finances rectificative pour 2009 est présenté mercredi en Conseil des ministres. Le gouvernement devrait anticiper un repli du produit intérieur brut entre 1 % et 1,5 % cette année, avec une consommation positive mais un investissement en fort recul. Le déficit public devrait atteindre 5,5 % du PIB.
Eric Woerth et Christine Lagarde présentent, mercredi en Conseil des ministres, un nouveau projet de loi de Finances rectificative et un cadrage macroéconomique révisé pour 2009. Destiné à avaliser certaines mesures décidées à l'occasion du sommet social, le 18 février, comme la baisse de l'impôt sur le revenu (lire ci-dessous), il est l'occasion, aussi, de réviser les prévisions de croissance et de déficit public pour 2009, et d'esquisser le tableau de 2010.
La dernière prévision de croissance officielle remonte en effet à novembre (de + 0,2 à + 0,5 % cette année), même si la ministre de l'Economie a indiqué, mi-février face à l'approfondissement de la crise, que la performance française serait probablement « inférieure à - 1 % ». Le ministre du Budget a lui aussi prévenu que le déficit public, déjà révisé en hausse, à 4,4 % du PIB cette année, serait plus profond. De fait, les perspectives économiques 2009-2010 qui seront présentées mercredi intègrent désormais pleinement la récession. Le gouvernement anticiperait un repli du produit intérieur brut (PIB) entre 1 % et 1,5 % en moyenne cette année, après une croissance de 0,7 % l'an dernier, selon la première estimation de l'Insee. La Commission européenne prévoit de son côté un repli du PIB de 1,8 % en France cette année, avant une légère reprise en 2010, avec 0,4 % de croissance. Le Fonds monétaire international, lui, parie sur un recul de l'activité de 1,9 % cette année, avant une progression de 0,7 % l'an prochain.
Si le gouvernement, conforté par la résistance des dépenses des ménages ces derniers mois, anticipe une consommation toujours positive cette année, soutenue par une faible inflation, il prend acte de la gravité de la situation du côté des entreprises. Au-delà de l'effondrement attendu de leurs investissements, il reconnaît que l'envolée historique du chômage en janvier (+ 90.200 demandeurs d'emploi) n'intègre pas les plans sociaux annoncés ces dernières semaines. Et si le taux de chômage en France reste dans la moyenne européenne, de nombreux secteurs, au-delà de l'automobile, recourent déjà de manière importante au chômage partiel, observent les services de l'Etat (lire ci-dessous).
Cette poursuite de la dégradation de l'activité va peser sur les comptes publics. Le gouvernement devrait arrêter sa nouvelle prévision de déficit public à 5,5 % du PIB cette année - soit le niveau de 1995 -, avec un seul déficit budgétaire de l'Etat autour de 100 milliards d'euros (« Les Echos » du 27 février). L'aggravation des comptes sociaux paraît elle aussi inéluctable. Hier, sur France Info, le président de l'Unédic, Geoffroy Roux de Bézieux, a indiqué que l'assurance-chômage allait revoir ses prévisions, fixées il y a seulement trois semaines à 282.000 chômeurs supplémentaires sur l'année. « Il est probable qu'on aura un excédent très faible, voire un déficit cette année », a-t-il indiqué. Dès lors, a-t-il précisé, il ne voit « rien » à mettre sur la table au titre du Fonds d'investissement social annoncé lors du sommet le 18 février, et qui doit être financé par l'Etat et les partenaires sociaux pour coordonner les efforts de formation. En dépit des nouvelles prévisions de déficit public du gouvernement, le débat sur l'ampleur de la relance ne semble pas prêt d'être clos. Hier, sur Canal+, la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a jugé « inacceptable que le président de la République ne prenne pas en compte la gravité de la crise », jugeant qu'« il n'y a pas de plan de relance » et que « le président ne peut pas se contenter d'accompagner la crise » par des « mesurettes ».
