La journée du 19 mars 2009

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS




11:56 - jeudi 19 mars 2009

Des manifestants de tous âges défilent à Lorient.


Manifestation : mobilisation record à Lorient
Les premiers manifestants sont arrivés à 11 h 25, ce jeudi, place de l'Hôtel de ville à Lorient, terme du parcours. A 11 h 45, la queue du cortège en terminait avec le cours de Chazelles, 2 km plus loin ! Autant dire que la mobilisation est encore très forte ce jeudi 19 mars, et peut-être même plus que le 29 janvier dernier. Une première estimation des forces de l'ordre situe à 14 000 le nombre de personnes dans la rue. Fin janvier, ils en avaient compté 12 000. Côté organisateurs, on évoque le chiffre record de 30 000 manifestants ! Parmi eux, et c'est la grande nouveauté du jour, les représentants de nombreuses entreprises privées, défilant pour beaucoup sous la bannière de la CFDT.


Plus d'informations demain dans Ouest-FranceOuest-France

Vidéos : environ 300 000 manifestants dans l'Ouest
« J'ai pris une journée de repos pour pouvoir manifester »



Kaouther et Lara. « On est lycéennes à Dupuy-de-Lôme. On est de toutes les manifs. Parce qu'on trouve que l'avenir, c'est compliqué. On pensait qu'il y aurait plus de jeunes. »
Les Kaolins de Ploemeur. « Nous sommes une quinzaine dans la manif. La situation ne s'arrange pas. Il y a eu du chômage partiel, pendant deux mois, qui a concerné les 100 salariés. À l'heure actuelle nous n'expédions que 45 % du tonnage habituel. »


Guy, retraité « floué ». « C'est d'abord un acte de solidarité avec les actifs dont le pouvoir d'achat est de plus en plus limité et ensuite, pour marquer la présence des retraités dont le pouvoir d'achat ne suit pas le coût de l'inflation. Au fil du temps, les plus modestes vont devenir pauvres après avoir travaillé toute leur vie. »


Capitaine Houat. « Dans l'usine de traitement du poisson, il n'y a pas beaucoup de grévistes. Une journée non payée, cela pèse sur un petit salaire. Mais on progresse. Le 29 janvier, on était sept. Là, on est quinze. »


Myriam (service pénitentiaire). « J'ai pris une journée de RTT pour participer à la manifestation. En tant que conseillère d'insertion et de probation, je n'ai pas le droit de faire grève. Les différentes réformes de la justice rendent notre travail de plus en plus difficile. On demande plus de moyens, mais aussi une clarification de nos missions. »


Avec bébé en poussette. Aline enseigne à Charcot, son mari Ludovic est infirmier. Ils ont manifesté avec leur fille Jehanne, 4 mois. Sa première manif ? « Non elle en a déjà fait une.... dans mon ventre. » répond la maman.


Direction la plage. Après le défilé, pause terrasse pour ces factrices lorientaises. Elles ont fait grève toute la journée. « Aujourd'hui, on va pouvoir déjeuner à une heure décente. Quand on est en service ce n'est pas avant 15 h. » Programme de l'après-midi ? Direction la plage.


Ouest-France

Une grande détermination dans les rues du Morbihan
A Vannes, la manifestation d'hier a été encore plus suivie que celle du 19 janvier. A Vannes, la manifestation d'hier a été encore plus suivie que celle du 19 janvier.
L'article


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Manifestation 19 mars 2009
Par : Cathy Leclerc
Mis en ligne : 19 mars



La preuve par trois millions (L'HUMANITE)

Photo Joël Lumien/L'Humanité
L’intransigeance du gouvernement n’a pas découragé le mouvement social. Bien au contraire ! Celui de Nicolas Sarkozy devra revoir son attitude, à l’issue d’une journée de mobilisation sans précédent depuis l’élection du chef de l’Etat.
La marée monte, la colère gronde. Toute la journée, mails et coups de téléphone ont afflué à la rédaction de l’Humanité. « Bien mieux, plus nombreux que le 29 janvier » de Bretagne ou d’Auvergne, du Nord à Saint-Denis de la Réunion, le même constat, la même mesure. La mobilisation populaire, loin de s’épuiser face un président et un gouvernement lui opposant morgue et mépris affiché, s’est renforcée, s’est élargie à de nouveaux secteurs sociaux professionnels.


Les chiffres s’égrènent. Tous confirment la même tendance. Dans la matinée, la manifestation marseillaise établit un record : la barre des trois cent mille manifestants est franchie. Plus au nord, Grenoble affiche 60 000 manifestants, dans l’après-midi d’autres chiffres record s’alignent 75 000 à Nantes, 50 000 au Mans….. Dans la capitale, 350.000 Franciliens envahissent l’espace entre la République et la Nation. Dans les états-majors syndicaux, les calculettes s’affolent, le cap des trois millions de manifestants est en vue… Il sera atteint.


Les travailleurs du privé ont bravé en plus grand nombre la pression patronale, donnant aux immenses cortèges des manifestations une tonalité nouvelle. Lors des grandes grèves de 1995, les cheminots étaient soutenus par tout le monde du travail, qui « faisait grève par procuration ». Ce phénomène s’est répété depuis à plusieurs reprises. Jeudi, au contraire, tout se passait comme si chacun tenait à prendre sa place dans le mouvement. C’est seulement à ce prix que les salariés pourront établir un rapport de force qui fasse reculer l’intransigeance du couple Sarkozy-Parisot. Il faut dire que les travailleurs du secteur privé sont durement frappés pour permettre de maintenir à flot, par temps de crise, la grosse part du gâteau aux actionnaires, de garantir le pactole de stock options des hauts dirigeants et les parachutes en or des patrons déchus.


Dans les rues de Compiègne, qui a connu sa plus puissante manifestation de mémoire de syndicaliste, les ouvriers de Continental ont été accueillis par une haie d’honneur. Victimes d’un chantage à l’emploi, qui les a conduits à subir une augmentation gratuite du temps de travail pendant deux ans, ils ont appris que leur patron, le groupe allemand Schaeffler va fermer l’usine pourtant bénéficiaire. Des millions de salariés se reconnaissent dans le combat des « Continental » dans la colère contre le scandale des licenciements « boursiers »


Ils sont descendus dans la rue, les ouvriers de Caterpillar, de la région grenobloise, que cette société multinationale (production d’engins de chantier) veut liquider. Ceux de Rhodia, de Sanofi, les travailleurs de l’automobile, mais dans chaque rassemblement, dans les villes les plus modestes, où l’on a manifesté aussi en plus grand nombre, les banderoles des syndicats des entreprises locales côtoient celles des enseignants, des travailleurs de la santé. Et dans les rangs des manifestants, des hommes et des femmes participent à leur première manif, n’imaginaient même pas devoir un jour battre le pavé contre l’injustice sociale. Combien sont-ils ces primo-manifestants, clercs de notaires, secrétaires dans des PME qui, faute de disposer d’une force syndicale, ont posé des RTT pour aller manifester ? Les sondages indiquent, les uns après les autres, que la majorité des Français soutiennent les manifestations contre la politique du gouvernement et, pour beaucoup, sont prêts à y participer. Une tendance qui va crescendo, le dernier en date, de l’IFOP, estimait à la veille du 19 mars que la journée de mobilisation était soutenue par 78 % des Français. La journée de jeudi a confirmé cette évaluation.


L’unité syndicale, réaffirmée, a puissamment contribué à la dynamique. Ils se rencontrent dès vendredi à onze heures pour déterminer la suite du mouvement. Les responsables des confédérations auront analysé les réactions du gouvernement, dont l’intransigeance face aux revendications salariales n’a guère découragé le mouvement social, bien au contraire. Le soutien affirmé de la gauche affirmée dans un texte commun a aussi contribué à cette dynamique. Fait nouveau, ces manifestations ont été l’occasion d’une présence remarquée du Front de gauche crée à l’initiative du PCF et du Parti de Gauche.


Jean-Paul Piérot



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Dans la capitale, une journée monstre

Des chômeurs, des étudiants trapézistes, des précieuses volontairement ridicules,… Quelques instantanés décalés, en texte et images, de la manifestation parisienne.

13h40. Place de la République. Le collectif Sauvons les Riches arrive en carrosse

Redingotes, voilettes, cigares et distribution de faux billets, pour dénoncer les inégalités. Un groupe de jeunes gens, issus des Verts ou du collectif Jeudi Noir, ont organisé cette initiative proche du concept de « la manif de droite ».

Ils prennent des poses précieuses devant les objectifs, parlent comme des bourges, des costumes de richards d’opérette sur le dos. « Tenez, voilà 2000 eurôôs pour vous », soupire l’une d’en eux, biftons photocopiés en main, assise dans une carrosse sur laquelle est marquée : « Je suis riche mais je me soigne ».

« Ce qui nous a donné l’idée de cette initiative, c’est le mouvement en Guadeloupe et la déclaration du publicitaire Jacques Séguéla, qui a dit « si on a pas de Rolex à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie », explique Lionel. Il prône « la castration fiscale » : « Comme l’a préconisé Obama, au-delà de 30 000 euros par moi, on coupe tout ce qui dépasse ! ». Et dénonce « la course à l’ostentatoire » et le fait que, pour certains, montres et voitures deviennent « des problèmes existentiels ». Dans le carrosse, il y a aussi Manu, un chapeau trop petit sur le crâne.

De sa poche intérieure dépasse l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. « C’est le journâââl des gens comme nous », déclame-t-il, avant d’ajouter en aparté, « j’avoue qu’on a beaucoup hésité entre ça et Le Point ».

14h20. Boulevard Saint-Martin. Quelques citations pour la route. « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. La Boétie. » Fatima, la quarantaine, est venue avec, dans le dos, cette phrase marquée sur un carton. En dessous, il y a écrit en plus petit le bouquin où elle l’a trouvée : « La Servitude volontaire ». « C’est pour pousser les gens à aller vers ce livre, explique-t-elle. Moi je lis beaucoup, et je trouve que les gens lisent de moins en moins. C’est con, c’est utile de lire par les temps qui courent. »

Fatima est au chômage, et ne veut pas en parler. Par contre, elle aimerait bien savoir s’il y a plus ou moins de monde à cette manif qu’à celle du 29 janvier. « A première vue, j’ai l’impression qu’il y en a moins. » Elle estime qu’il aurait fallu allez plus loin après le mouvement de janvier, « porter nos revendications jusqu’à l’Elysée ! »

Autour de cette quadra qui a grandi en banlieue parisienne, quelques amis sont ont aussi venus avec des citations sur le dos. « Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer le changement. Noam Chomsky. » ou encore « Poètes, vos papiers. Léo Ferré. » L’un d’entre eux n’a pas repiqué une phrase de penseur, optant plutôt pour une bonne grosse vanne : « Zohra [la fille de Rachida Dati], papa est dans la rue ! »

14h30. Place de la République. Devant une banderole "La France, c’est pas Neuilly", les salariés de Manpower tentent de se frayer un passage. Venus de Besançon, ils sont en première ligne des saignées sur l’emploi. "L’interim a baissé de 50%. On voit arriver tous les licenciés de la région. C’est assez effrayant. Et c’est les intérimaires qui sont en premier jetés dehors. On se bat pour qu’il y ait plus de CDI mais le temporaire est une activité fourre-tout.", explique Vincent, syndiqué à la CGT. Son statut lui a d’ailleurs valu quelques discriminations. "Soit on ne m’envoyait plus en mission soit il s’agissait de missions de piètre qualité. C’est pour ça que j’ai entamé un procès au prudhommes,que j’ai d’ailleurs gagné".

Un peu plus loin, Farid a du mal à écouler ses sandwichs. Ce retraité, présent sur toutes les manifestations, déplore le nombre de vendeurs qui ont investi la Place. A quelques pas de là, Mamadou, travailleur sans-papiers en grève depuis septembre, tend sa caisse de solidarité aux manifestants : "Ça marche bien et c’est le seul moyen qu’on a pour pouvoir financer la grève". Il travaille dans la restauration chez Adecco.

Boulevard du Temple, les badges du LKP guadeloupéen se vendent bien. Preuve que la grève antillaise a marqué les esprits. Certains cumulent les signes distinctifs : bonnets phrygiens, autocollants de différents syndicats. "Signe d’unité", selon le jeune homme.

15h30. Devant le Cirque d’Hiver. Le cortège de l’Agence France-Presse marche en rang serré. "Le PDG a annoncé une dizaine de licenciements pour l’instant. Il veut changer les statuts. L’AFP va devenir une société anonyme à capitaux publics sous l’égide de la Caisse des Dépôts à priori. On essaye de nous brader à des fins capitalistes alors que l’information est d’utilité publique. Nous amenons l’information à travers le monde, les journalistes peuvent travailler grâce à nous."

Sur le Boulevard des Filles du Calvaire, la CNL a pris place pour continuer à sensibiliser sur la loi Boutin malgré le vote de l’Assemblée Nationale en février. Michel qui représente l’association pour le Val-de-Marne explique que "les salariés qui défilent aujourd’hui sont aussi des locataires. Aujourd’hui la plupart d’entre eux dépensent un tiers de leur salaire dans le loyer." A quelques mètres de là, des étudiants en STAPS grimpent sur un échafaudage. Moins d’une minute aura suffit pour qu’ils se retrouvent sur le balcon du quatrième étage d’un immeuble. La voisine du dessus regarde avec étonnement mais les encourage. Quelques minutes plus tard, la banderole est déployée. Ils réclament que la culture et l’intelligence remplacent le mépris face à la destruction du service public de l’éducation. Emile, retraité, distribue des tracts à quelques mètres et ne peut s’empêcher de sourire : « les jeunes ont raison de se battre. »

14h45. Boulevard du Temple. Les STAPS passent. Un cortège compact avance, composé d’hommes et de femmes en tee-shirt blanc. Ce sont tous des profs d’éducation physique. Hervé Mazzoti, formateur à l’UFR d’Orsay, raconte les inquiétudes de sa profession. « Depuis quatre ans, nous sommes passés de 1200 à 400 places par an au concours, ce n’est plus tenable », estime ce délégué SNEP. « Par ailleurs, la réforme de la masterisation va sérieusement changer les règles du jeu. La 5e année, où les jeunes recrues alternaient entre un demi-poste, en compagnie d’un conseiller pédagogique et des cours, va être supprimé. Cela va entraîner un manque de formation et de mise en situation. »

Hervé défend l’importance de l’éducation physique à l’école. « Au-delà des questions de santé, de nombreux rapports ont prouvé que le sport est un moyen important de socialisation et de formation au collectif, et donc à la citoyenneté. » En cours d’EPS, les élèves ont un rapport différent aux autres, par rapport au autres cours. Ils ne peuvent pas cacher leur personnalité », juge Hervé. Avant de partir, il lâche avec ironie, « je me rappelle d’un discours de Sarkozy, au moment de la présidentielle, où il soulignait l’importance du sport… »


15h25. Croisement boulevard du Temple-place de la République. La caravane rappe. « Je ne crois plus en votre messie/Mais oui, je vois votre réalité/Celle du profit. » Gans, c’est son nom de scène, a 21 ans. Juché sur une grande remorque, il crie ses rimes au micro à l’attention des manifestants. Certains passent, d’autres s’arrêtent et bougent la tête. A la fin de la chanson, passant le relais à un copain, il explique volontiers qui il est. « J’ai grandi dans le sud de la France, mais je bouge un peu partout, avec mon collectif, Les Enfants de la terre. Il a été créé en mai dernier, dans le cadre du forum Manifestation ultime », explique à toute vitesse le jeune homme. « Nous appelons à des alternatives à la politique actuelle, pour un meilleur accès au logement et une consommation différente. Globalement, on est à fond pour la décroissance. »

16h30. Boulevard Beaumarchais. Guy Bedos discute avec Daniel Cohn-Bendit. L’humoriste est dans la rue comme chez lui : « J’ai envie de pleurer de joie et d’émotion. J’ai le sentiment que le peuple est là et il a raison. Je gagne bien ma vie même si je ne suis pas milliardaire mais comme disait mon copain Jacques Brel : j’ai mal aux autres ». A quelques encablures de là, les Amis de la Commune ont investi un arrêt de bus. Claudine Rey, leur présidente, fait le lien entre les communards et « ce mouvement de révolte qui monte ». « La Commune est à la source de ces élans de colère. C’est grâce à eux que nous sommes en république.

Ils se sont battus pour le droit du travail, pour empêcher les expulsions. Ils sont morts pour ce combat. C’est ce vent qui a été semé qui se lève aujourd’hui », dit-elle non sans un brin de satisfaction.

Derrière elle, une pancarte surgit. Insolente allusion à l’augmentation qui marqua le début de mandat du tout nouvel occupant de l’Elysée : « + 172% : ensemble tout devient possible ». Aux abords de la place de la Bastille, une fillette de 6 ans profitent des épaules de sa mère. Dans son dos, une pancarte : « La France est mon pays. Mon avenir est à crédit. Mon avenir n’est plus ici. Merci Sarkozy et ses amis. »

Comme à chaque mouvement de ce type, des jeunes ont investi la colonne de la Bastille.


Ils sautent fièrement au-dessus de la plaque à la gloire des citoyens français qui se sont battus pour la défense des libertés publiques. »

Avenue Daumesnil. Un atelier de maquillage clandestin s’improvise. Des figures de clowns se dessinent. L’un d’eux porte un t-shirt « je vis donc je suis terroriste ». Mieux vaut rire de la situation donc. C’est également l’option pris par un cinquantenaire qui a juxtaposé de »ux photos sur du carton. La première représente Laurel et Hardy, en noir et blanc. La seconde, en dessous, est une photo de Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand, en couleur. Les expressions sont les mêmes. « Ils nous prennent pour des guignols mais les rigolos ce sont eux. Regardez tous les gens qui sont descendus dans la rue, voilà le rapport de force. »

La manifestation parisienne n’est qu’une étape du périple. « Nous sommes passé par Toulouse, Lyon et Bagnolet. Puis, le camion nous a lâché… Comme on fait tout ça sans financement, on est un peu en galère. Mais c’est pas grave, on va continué, en train ou à pied ! », conclut Gans.

17h30. croisement rue Saint-Gilles-boulevard Beaumarchais. Soutiens aux étudiants tunisiens en grève de la faim.

Rania, 25 ans, tient un écriteau en arabe. Un ami tient le même en français : "Cinq jeunes étudiants tunisiens continuent leur grève de la faim pour exiger leur réintégration à la l’université de Tunis dont ils ont été exclus pour leur activités syndicales." Anis, 32 ans, est un ex-secrétaire générale de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET). Il lance : "A présent, dans les facs tunisiennes, les conseils de discipline servent de relais à la censure gouvernementale. Et parfois, c’est la double peine : des militants sont virer de la fac avant d’écoper de poursuites judiciaires." Il poursuit : "tant qu’il n’y aura pas de liberté syndicale et politique en Tunise, tout les prétextes seront bons pour emprisonner les gens." Selon Rania, l’état de santé des cinq grévistes devient alarmant : "Des hémorragies internes et des problèmes urinaires ont déjà été diagnostiqués, cela fait 37 jours qu’ils ne s’alimentent plus.

Rania, arrivée en France il y a six mois pour suivre des études de sociologie, découvre avec joie le mouvement social en France. "J’ai sous les yeux une France militante, qui se bouge."

 

17h30. Boulevard Diderot. Un sans-abri hagard observe le défilé. Assis sur le rebord du trottoir, il lâche entre deux bouffées : « Ils ont raison de défiler. J’espère qu’ils pensent aux gens comme moi ». Il frotte sa barbe hirsute et accueille volontiers l’euro que lui donne un manifestant. Une discussion s’entame mais est vite écourtée par un mélange de malaise et de timidité. A l’approche de la place de la Nation, les bancs sont pris d’assaut. Ereintée, une femme entame une barquette de frites. A l’angle de la rue de Reuilly et du boulevard Diderot, la tête de Sarkozy est ensanglantée. Elle chancelle au bout d’une pique. En hauteur, un homme, aux faux airs de Chuck Norris, est habillé en cow-boy. Colt, chapeau. Il brandit une pancarte : « Trader, l’homme qui voulait du fric plus vite que son ombre ».

18h30. Place de la Nation. Des pique-niques sauvages s’improvisent autour de Marianne. Arsen, du collectif Continuité LKP, « l’extension du mouvement guadeloupéen en métropole » est fier de voir la portée de la grève antillaise ici. « Cela prouve qu’il y a une continuité territoriale entre les mouvements. Par le passé, les luttes se sont terminées dans le sang. Ce ne sont pas juste des revendications salariales que nous portons. Mais un véritable projet de société. Le gouvernement français s’est comporté comme un Etat colonial mais, ici, nous avons réussi à mobiliser la société civile et c’est fort. »

Récit : Lina Sankari, Mehdi Fikri
Reportage photos Joël Lumien





La manifestation parisienne du 19 mars.
AFP/MIGUEL MEDINA

La manifestation parisienne du 19 mars.
Pour les syndicats, la manifestation du jeudi 19 mars est une mobilisation "réussie", plus importante en tout cas que celle du 19 janvier. Destinée à arracher de nouvelles mesures au gouvernement en faveur des salariés, elle a fait descendre dans la rue entre 1,2 million de manifestants (selon la police) et 3 millions de personnes (selon les organisateurs) contre 1 à 2 millions en janvier. Face à cette ampleur, les syndicats ont demandé au gouvernement "des réponses".


Mais le premier ministre François Fillon a réaffirmé, lors d'une intervention jeudi au journal de 20 heures de TF1, que son gouvernement n'envisageait "aucun nouveau plan de relance". Selon M. Fillon, il faut "attendre" que le premier plan de relance annoncé en décembre, d'un montant de 26 milliards d'euros, "produise ses effets". L'augmentation du smic, par exemple, n'est "pas la priorité dans une crise aussi grave", a-t-il jugé. "La priorité c'est la mobilisation pour l'emploi, c'est de sauver les emplois", a maintenu le premier ministre, estimant que "la mobilisation ne résoudra pas les problèmes de la crise mondiale".

Seule véritable annonce faite par François Fillon : la mise en place d'un comité de suivi qui se réunira chaque mois "pour vérifier que les mesures prises sont appliquées" et "efficaces". "Le cas échéant, s'il faut adapter ces mesures, on les adaptera", a-t-il fait valoir.

"SI ÇA CONTINUE COMME ÇA, LES CORTÈGES S'ALLONGERONT"


L'affluence a été très forte quasiment partout en France, dans les grandes villes comme Paris, Marseille ou Bordeaux mais aussi dans des villes moyennes comme Rennes ou Le Havre (voir la carte des manifestations ville par ville). Le cortège parisien a rassemblé entre 85 000 personnes selon la police, et 350 000 personnes selon la CGT. Agents hospitaliers, cheminots, salariés du privés, retraités, chômeurs : les cortèges étaient composés, comme le 29 janvier, d'un large éventail de catégories sociales. Les manifestants étaient plus nombreux à battre le pavé malgré un taux de grévistes moins important qu'en janvier. Selon le ministère de la fonction publique, 21,1 % des fonctionnaires ont fait grève jeudi contre environ 25 % le 29 janvier. Symbole de la colère, un millier d'employés de l'usine de pneus Continental de Clairoix (Oise), dont la fermeture est annoncée, sont allés gonfler les rangs des manifestants à Compiègne.


Les dirigeants syndicaux ont jugé, à l'instar de François Chérèque (CFDT), que le "silence complet" du gouvernement et du patronat ne devait pas être la réponse, au risque d'aggraver la crise sociale. "Qu'est-ce qui fait qu'en période de crise (...) les salariés descendent dans la rue, relèvent la tête ? C'est qu'ils ont un profond sentiment d'injustice sociale", a estimé de son côté Jean-Claude Mailly de FO. "Si ça continue comme ça, les cortèges s'allongeront", a ajouté le patron de la CFE-CGC, Bernard van Craeynest. Les huit centrales syndicales qui avaient à appeler à la mobilisation doivent se retrouver, vendredi, pour décider de la suite du mouvement. Aucun n'exclut la poursuite du mouvement. (Ecouter le portfolio sonore "On continue tant que le gouvernement ne fera pas un geste").

L'opposition, quant à elle, était également dans la rue (Voir le portfolio L'opposition mobilisée mais éparpillée). "Il est important que le gouvernement change sa politique économique, sociale et fiscale", a ainsi affirmé le maire de Paris, Bertrand Delanoë. Pour Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie), Nicolas Sarkozy doit "symboliquement retirer le bouclier fiscal, la législation sur les heures supplémentaires". Refus du côté de Matignon : sur TF1, le premier ministre a de nouveau une fin de non-recevoir à cette demande. Les députés PS ont fait savoir qu'ils défendraient, fin avril, une proposition de loi visant à supprimer le bouclier fiscal et à mettre fin au système des bonus et des parachutes dorés pour les dirigeants de banques.

 

 


A suivre en direct sur cette GoogleMap.

En bleu, les villes où ne sont disponibles que les chiffres du 29 janvier.
En rouge, les villes où la mobilisation est plus forte qu'en janvier.
En jaune, les villes où la mobilisation est moins forte qu'en janvier.
En vert, les villes où police et syndicats ne sont pas d'accord sur la tendance.




Agrandir le plan


Matignon lance ce jeudi une campagne de pub pour rappeler les engagements pris lors du sommet social du 18 février dernier.

La manifestation du 19 janvier à Saint-Etienne.
La manifestation du 19 janvier à Saint-Etienne.
MAXPPP

Le gouvernement a choisi cette journée de mobilisation interprofessionnelle pour lancer sa campagne de pub dans la presse.

Une publicité pour rappeler les engagements pris lors du sommet social du 18 février dernier.

Sur Europe 1, l’un des porte-parole de l’UMP, Dominique Paillé a précisé que "cette campagne tombe aujourd’hui car on ne peut pas laisser à un seul vecteur d’information le soin de parler aux Français".

Ajoutant: "Ce n’est pas de la provocation".

Franchement qui peut soupçonner le gouvernement de provocation?

Puisqu'il est bien connu qu'en France quand il y a une manifestation... on ne la voit plus!

Une campagne qui devrait coûter autour de 150.000 euros, selon un publicitaire.

Si vous trouvez que cela fait cher la communication de Matignon, Dominique Paillé vous rassure car "Il y a de l’argent pour faire passer la vérité".

Par contre pour le pouvoir d'achat, c'est régime sec...En pleurs


(Source: Europe 1)

Pour en savoir plus :
- Plus d'infos sur le site de Matignon





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Publié dans Luttes sociales

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