Bonus : les banques tentées de franchir la ligne rouge

La Société générale a publié mercredi un bénéfice net en baisse de 52% pour le deuxième trimestre 2009 mais ses performances sont ressorties au-dessus des attentes, grâce à une relative stabilisation de ses provisions, entraînant une hausse de l’action de la banque.
Le résultat net s’élève à 309 millions d’euros au deuxième trimestre a annoncé la deuxième banque française par la capitalisation boursière, après avoir tout de même passé dans ses comptes 1,7 milliard d’euros de dépréciations supplémentaires.
Avec ces résultats trimestriels, la banque présidée par Frédéric Oudéa confirme ainsi un retour dans le vert après avoir publié une perte surprise de 278 millions d’euros pour le premier trimestre 2009. En comparaison, son grand concurrent, BNP Paribas, a fait état mardi d’un bénéfice net en hausse de 6,6% à 1,6 milliard d’euros au deuxième trimestre.
A l’image de ses concurrentes françaises, la Société générale semble recouvrer la santé. Désormais, la question des bonus se pose ! Les banques qui ont juré de retrouver leur virginité, en échange des aides de l’Etat, au moment le plus critique retiendront-elles leurs engagements la tempête passée ? Respecteront-elles les nouvelles règles instaurées par le dernier G 20 ?
"On ne tiendra pas seulement compte des résultats, mais aussi des comportements"
La tentation est grande d’ignorer les leçons du passé et d’inciter les traders à rapporter un maximum d’argent aux banques, affamées après cette sévère période de diète.
Répondant à une question sur les bonus des traders suite à l’article publié par Libération qui annonce "un milliard d’euros de primes" aux traders de BNP Paribas, M. Oudéa a déclaré : "quand on évaluera les rémunérations, on ne tiendra pas seulement compte des résultats, mais aussi des comportements". "Et du risque", a-t-il ajouté. La fraude de 4,9 milliards d’euros de Jérôme Kerviel, causée par des opérations hasardeuses sur le marché, est encore présente dans tous les esprits.
Cependant, "la question des rémunérations est complètement prématurée en milieu d’année, ce n’est pas un sujet d’actualité", les rémunérations seront calculées "en fin d’année" selon le numéro un du groupe qui émet toutefois l’hypothèse "qu’elles ne soient pas payées en une fois, "une partie significative pouvant être versée plus tard".
| " Trois milliards d’euros d’actifs à risques liquidés au second trimestre" Par la voix de son PDG, le groupe, qui avait fait état de 20 milliards d’euros d’actifs risqués fin mars, souligne avoir réduit sur le deuxième trimestre ses expositions à risques : "nous avons pu vendre pour trois milliards d’euros d’actifs à risques sur le trimestre. Il y a eu un peu plus de liquidité sur un certain nombre d’actifs". Par précaution, les provisions destinées à couvrir les risques liés aux mauvaises créances du fait de la crise ont, de leur côté, été multipliées par 2,8 par rapport au 2ème trimestre 2008, pour atteindre 1,075 milliards d’euros. |
De son côté, BNP Paribas "respecte scrupuleusement" les règles établies pour les bonus dans les banques telles qu’elles ont été instaurées par le G20, a assuré mercredi l’établissement à l’AFP à la suite de la publication d’un article dans Libération sur "le retour des bonus".
Mais comme à la Société générale, l’observance semble ici n’être que de façade. Selon le quotidien, la banque française "va discrètement accorder autour d’un milliard d’euros de primes à ses traders". "L’enveloppe à distribuer aux 17.000 salariés de sa filiale (Corporate and Investment Banking, banque de financement et d’investissement du groupe) devrait dépasser sans problème le milliard", indique le journal. Soit "59.000 euros en moyenne par personne" !
Ces démarches ne seraient pourtant pas contraires aux règles édictées lors du G 20 d’avril."BNP Paribas fait partie des banques mondiales qui respectent scrupuleusement les règles depuis 2008", selon un cadre de BNP-Paribas qui "s’inquiète plutôt du fait que beaucoup de ses concurrents, notamment aux Etats-Unis, ne les appliquent pas encore" !
"Au premier semestre, BNP Paribas a provisionné les rémunérations variables des opérateurs de la Banque d’investissement au prorata de ses gains", a-t-il précisé. Celles-ci sont la base de la rémunération des opérateurs de marché depuis 50 ans. "Les chefs d’Etat réunis dans le cadre du dernier G20 de Londres ont, non pas proscrit ces bonus, mais édicté des règles pour éviter les dérives qui ont favorisé la crise", a-t-il ajouté, en énonçant ces règles : "pas de bonus garanti sur plusieurs années, calcul du bonus en fonction du résultat net après coût du risque et étalement partiel sur plusieurs années du paiement permettant aux risques éventuels de se matérialiser".
Interrogé sur cette question des bonus sur RMC, René Ricol, le médiateur du crédit, a rappelé quant à lui l’exigence de "transparence pour savoir si on a bien mis un terme aux errements et aux rémunérations excessives (…) qui poussent toujours à des prises de risques excessives".
BNP Paribas a reçu au total 5,1 milliards d’euros d’aides de l’Etat au titre du plan français de soutien au secteur bancaire annoncé en octobre 2008. En contrepartie, le gouvernement avait exigé des banques que leurs dirigeants renoncent à leur bonus et limitent les dividendes.
l'Humanité