Retour de la spéculation sur l'or

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS




L'once d'or a retrouvé un cours supérieur à 1 000 dollars et beaucoup estiment que ce n'est pas fini. Le plus gros fonds spécialisé possède maintenant un stock d'or supérieur à celui de la Banque Nationale Suisse! La «relique barbare» que l'économiste anglais John Maynard Keynes voulait bannir du système monétaire international n'en finit pas de fasciner. La crise lui a redonné un lustre nouveau. En 2008 et en 2009, les investisseurs se sont rués sur les fonds spécialisés. Le parcours de l'once sur le marché a été assez chaotique, avec une pointe à 1.038 $ en mars 2008, mais un prix moyen sur l'ensemble de l'année de seulement 871,85 $.

Les raisons de ce regain de vigueur laissent perplexes beaucoup d'observateurs. Comment expliquer que les investisseurs achètent de nouveau de l'or, censé être une valeur refuge, au moment où l'on commence à préparer les scénarios de sortie de crise et où les marchés boursiers font preuve d'une certaine exubérance?
Premier point à ne jamais oublier: le métal précieux est une matière première qui subit les mêmes influences que les autres. A l'automne 2008, il a reflué dans le sillage du pétrole et de la crise économique. Et pourtant, la production est tombée l'an dernier à 2.385 tonnes, son plus bas niveau depuis 1995. Ce n'est pas un excès d'offre qui a pesé sur les cours. Pour cette année, les statistiques du deuxième trimestre 2009 montrent une nette reprise de la production, de 30% en glissement sur un an. Malgré un net ralentissement au cours du même trimestre, la production d'or recyclé est également en hausse sur un an. En clair, il n'y a pas de pénurie. La hausse des cours est donc plutôt à relier à celle du pétrole et de la plupart des autres matières premières. C'est d'autant plus vrai que, malgré une amélioration dans l'industrie (électronique notamment) et la joaillerie, la demande non-financière d'or reste très inférieure à ce qu'elle était un an auparavant.

Mais l'essentiel est justement à rechercher du côté financier. Les experts suivent de très près le comportement des banques centrales. Que constatent-ils? Que celles-ci ont des comportements très divers et ne sont plus systématiquement vendeuses d'or. Au premier trimestre, leurs ventes l'avaient emporté sur leurs achats de 52 tonnes; au deuxième trimestre, à l'opposé, les achats l'ont emporté sur les ventes, de 14 tonnes. Que certaines d'entre elles, asiatiques notamment, soient désireuses de renforcer leurs réserves en or est considéré comme un signe: il faudrait peut-être de nouveau s'intéresser au métal jaune.

Pour le reste, les motivations paraissent contradictoires. Certains parient sur le redressement de l'activité et donc un contexte plus favorable à l'ensemble des matières premières. D'autres n'y croient pas et achètent tout de même de l'or parce qu'ils estiment que c'est l'ultime recours. D'autres enfin misent sur un retour de l'inflation, avec ou sans croissance forte, et achètent ainsi une protection. Mais le point commun à tous est une certaine défiance envers le dollar, actuellement en recul face à toutes les grandes devises.

Dans ce contexte, on constate que la demande d'or physique émane surtout des investisseurs financiers et notamment des ETF (exchange traded funds) ou trackers en bon français. Tous les gérants n'ont pas la même façon de faire pour obtenir des performances répliquant celles de l'once sur les marchés, mais certains en ont une qui est assez lourde, mais efficace: c'est d'acheter de l'or et de le stocker. Au total, ils auraient acheté 465 tonnes au premier trimestre et 57 tonnes au deuxième.

L'engouement des investisseurs pour ces produits a une conséquence: certains ETF commencent à peser très lourd sur le marché. Le principal d'ente eux, SPDR Gold Shares, créé en novembre 2004, coté à New York, Tokyo, Singapour et Hong Kong, atteint le montant de 35,47 milliards de dollars et possède 1 086 tonnes d'or dans des coffres à Londres, plus que la Banque Nationale Suisse. Désormais, seules quatre banques centrales (Etats-Unis, Allemagne, France et Italie) et le FMI détiennent plus d'or que lui! Et, dans son sillage, d'autres fonds continuent à se créer. Le petit dernier, ETFS Physical Swiss Gold Shares, qui mise sur son côté suisse pour rassurer (ses réserves d'or sont à Zurich) a été lancé le 9 septembre; en huit jours, il a attiré 70 millions de dollars. Il reste à savoir si, sur ce marché, on ne risque pas un jour de se faire les mêmes frayeurs qu'aux Etats-Unis sur le marché du gaz naturel quand on s'est aperçu qu'un seul fonds détenait 60% des contrats à terme sur l'échéance d'octobre.

Gerard Horny
Gérard Horny est ancien rédacteur en chef d'Investir Magazine.
Sur le site :  Orange Finances

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