La visite du pape (1) Respublica (spécial pape)
1 - La visite du pape et notre "accueil"
Nous avons droit à la visite en France de Joseph Ratzinger, qui se fait appeler Benoît 16, bref, le pape actuel.
Ancien membre des jeunesses hitlériennes et ancien chef de la gestapo de la foi, pompeusement nommée congrégation pour la doctrine de la foi mais anciennement dénommée le saint-office (l’inquisition), Ratzinger a entre (nombreux) autres condamné la quasi-totalité des théologiens de la libération, mais aussi déclaré que le procès et la condamnation de Galilée par l’inquisition étaient « rationnels et justes ».
« Le pape qu’il nous faut », c’est ce qu’avait déclaré Christine Boutin, Ministre du logement et de la ville, égérie des anti-avortement et des anti-pacs, pour saluer sa désignation. Disons plutôt le pape qu’il lui faut, et qu’il faut aux intégristes et aux traditionalistes, lui qui n’a de cesse depuis trois ans de faire rentrer au bercail tous ceux qui n’ont jamais digéré Vatican 2. Il a ainsi rapatrié l’abbé Laguérie, ancien de saint-Nicolas-du-Chardonnet et célébrateur des obsèques du milicien Touvier, qui s’était fait virer de la fraternité sacerdotale saint pie 10 (le groupuscule du schismatique Lefebvre). Juppé lui avait offert l’église saint Eloi à Bordeaux, affectation retoquée en justice (décision sans effet d’ailleurs…), mais suite à sa réintégration dans le giron vaticanesque avec un beau hochet (l’institut du bon-pasteur, qui n’a pas de compte à rendre à la hiérarchie française), l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Ricard, a du manger son chapeau et lui donner officiellement saint Eloi pour y faire la messe à la mode de 1962, et... baptiser une fille de Dieudonné, avec Le Pen dans le rôle du parrain.
C’est donc ce Ratzinger, plus vieux pape « élu » depuis près de trois siècles, qui vient faire un tour à Paris (les 12 et 13 septembre, mais il n’ira pas à la fête de l’Huma) et qui se rend ensuite à Lourdes (du 13 au 15 septembre) à l’occasion du 150e anniversaire des hallucinations d’une gamine, Bernadette Soubirous.
Bien entendu, si cette visite n’était que pastorale et n’était financée que par ceux qui admirent ce triste sire, il n’y aurait rien à redire.
Mais ce n’est pas le cas, et les laïques ont de quoi se mobiliser ! Et donc de quoi souhaiter la malvenue à Joseph Ratzinger !
Aussi ridicule que cela puisse paraître, le pape est aussi considéré comme un chef d’état. Facile donc de mélanger le politique et le religieux, de jouer sur les deux tableaux.
Officiellement, le pape effectuera une visite apostolique. Mais les services de l’Etat seront largement mis à contribution pour l’organisation de sa visite, et... les contribuables paieront. La préfecture des Hautes-Pyrénées a même ouvert un site dédié à la visite du pape à Lourdes.
Pire, contrairement à Tenzin Gyasto (qui se fait appeler dalaï-lama) il aura droit à une cérémonie de bienvenue à l’Elysée, suivie d’un entretien avec Sarkoléon et d’une rencontre avec les « autorités de l’Etat ». Après quoi il prononcera un discours qui fera sans aucun doute les grands titres des médias du service public.
Dans le contexte actuel de pilonnage de la laïcité par Sarkozy et son gouvernement, cela devient critique. Ce contexte, les lecteurs de Respublica le connaissent bien (le livre « La République, les religions, l’espérance », la commission Machelon, le discours de Latran, le discours de Ryad, les vœux au corps diplomatique, etc.), inutile donc de développer.
Sarkoléon et le panzerkardinal ont d’ailleurs parfois des convergences de vue troublantes : « Partout en France, et dans les banlieues plus encore qui concentrent toutes les désespérances, il est bien préférable que des jeunes puissent espérer spirituellement plutôt que d’avoir dans la tête, comme "seule religion", celle de la violence, de la drogue ou de l’argent » dit le premier, « les personnes pauvres des banlieues urbaines ou de la campagne ont besoin de sentir la proximité de l’Eglise, que ce soit à travers l’aide pour les nécessités les plus urgentes, ou la défense de leurs droits et la promotion commune d’une société fondée sur la justice et sur la paix. Les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Evangile » répond le second.
Bafouant le principe de séparation, le président de la République joue même les VRP de luxe en déclarant « qu’un homme qui croit est un homme qui espère », et que « l’intérêt de la République c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes qui espèrent ». Et comme il faut bien penser aux générations futures, il ajoute que « dans la transmission des valeurs et l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».
Ensemble, à celui qui dit de la laïcité que « ce courant de pensée souhaite que la vie publique ne soit pas touchée par la réalité chrétienne et religieuse. Une telle séparation, que je qualifierais de “profanité” absolue, serait certainement un danger pour la physionomie spirituelle, morale et humaine de l’Europe », souhaitons lui la malvenue, demandons qu’aucun fond public ne finance sa visite, exigeons le respect et défendons la loi de 1905 !
Évariste Pour réagir aux articles,
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1 - La laïcité ne doit pas plier devant Benoît XVI
Le pape a le droit de venir en France. Loin de nous l’idée de nous y opposer parce que nous sommes laïques. Mais cet accueil officiel, sur un mode révérenciel et sur fonds publics, ne va pas de soi.
En tant que chef d’un État, Benoît XVI ne mérite guère l’enthousiasme d’une démocratie laïque et égalitaire. À la tête d’un petit État théocrate et patriarcal, il use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique.
En tant que leader religieux, Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II. Il n’y a vraiment pas là matière à révérence. Mais c’est l’affaire des croyants.
En tant que citoyens laïques, notre vigilance est ailleurs. Nous tenons à profiter de cette visite en France pour dire et redire notre refus de la « laïcité positive », un terme utilisé par Benoît XVI puis revendiqué par Nicolas Sarkozy, dans son livre « La République, les religions et l’espérance », et plus encore dans ses discours présidentiels de Latran et Ryad.
Comme l’immense majorité des Français, nous sommes attachés à la laïcité sans adjectif. C'est à dire à une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux.
Nous refusons l’évolution de cette laïcité vers une religion civile à l’américaine, le subventionnement public des lieux de culte, ainsi que l’assouplissement de la vigilance envers les sectes.
Nous appelons au contraire à une vigilance vis-à-vis de tous les intégrismes. Cette vigilance passe par une revalorisation du lien social sur un mode laïque, un soutien aux associations de quartier luttant pour le vivre ensemble et la défense de l’école publique. Nous le disons sans détour : dans la transmission des principes de la République, le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam ne pourront jamais remplacer l’instituteur.
Nous ne pensons pas, comme le chef de l’État, que le plus grand mal des banlieues soit d’être devenues des « déserts spirituels », mais d’être devenues des ghettos souffrant d’un ascenseur social bloqué, de la flambée des prix immobiliers, du recul des services publics et du manque de mixité sociale.
Nous n’avons pas la prétention de croire, comme lui, que « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Mais nous sommes sûrs d’une chose, pour fondamentale qu’elle soit, la question spirituelle ne nous semble pas relever des missions du chef de l’État, dont le rôle est plutôt de s’occuper de la question sociale.
Si le catholicisme fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la France, la France n’est plus la « fille aînée de l’Église » depuis quelques siècles déjà, mais une République séparée des Églises. Son objectif n’est pas de veiller à ce qu’un plus grand nombre de Français croient mais vivent mieux, toujours plus libres et plus égaux, ensemble. Telle devrait être la mission que se fixe un président de la République. Telle est notre espérance.
Premiers signataires: André Bellon, ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale - Gilles Bon-Maury, Président d'HES (Homosexualités et Socialisme) - Jean-Marie Bonnemayre, Président du CNAFAL - Alain CALLES, Ancien président du MRAP - Olivia Cattan, Présidente de Paroles de Femmes - Martine Cerf, Présidente d'Egale - Chahla Chafiq, Écrivaine - Antoine Détourné, Président du Mouvement des Jeunes Socialistes - Caroline Fourest, journaliste et essayiste - Christophe Girard, maire adjoint, Paris - Jean Glavany, Député, Président de l'Université Permanente de la Laïcité au PS - Bernard Graber, Secrétaire général de l'Union rationaliste - Catherine Kintzler, Philosophe, mezetulle.net - Samia Labidi, Présidente de AIME - Safia Lebdi, Présidente "Les Insoumis-es" - Jacques Miquel, responsable du CCMM Roger Ikor - Alain Néri, Député - Patrick Pelloux, président de l'Association des Médecins Urgentistes de France - Henri PENA-RUIZ, Philosophe, écrivain, ancien, membre de la Commission Stasi - Marie Perret, Professeur de Philosophie - Joseph Petitjean, président de l'ADLPF - Yves Pras, Président d'Europe et laïcité - Jean-Baptiste Prévost, Président de l'UNEF - Jean-Michel Quillardet, Ancien Grand-maître du GODF - Louis Roger, président de l'Union mondiale des Libres Penseurs - Yvette Roudy, Ancienne Ministre, Parlementaire honoraire - Gisèle Biemouret, Députée PS - Françoise Seligmann, Présidente d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme - Bernard Teper, président de l'UFAL - Jacques Testart, directeur de recherches honoraire à l'Inserm - Monique Vézinet, Secrétaire nationale de l'UFAL - Arlette Zilberg, Laïcité Ecologie Association
Organisations signataires: ProChoix - Union des FAmilles Laïques (UFAL) - Laïcité Ecologie Association, Paroles de femme - Les Insoumis-es - CCMM Roger Ikor - Fédération française des Centres LGBT - Comité IDAHO (International Day Against Homophobia) - An Nou Allé (association des noirs LGBT de France) - Quazar, cultures et libertés homosexuelles - Planning familial des bouches du rhône - TJENBÉ RÈD ! Mouvement civique pour l'action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT - Couleurs Gaies, le Centre LGBT de Lorraine Nord
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L'Union Des FAmilles Laïques www.ufal.org
ProChoix la revue pour le droit de choisir, dirigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner
www.prochoix.org
2 - La dangereuse raison antilaïque de Benoît XVI
Le 12 septembre 2006, le pape a eu l'idée innocente de faire état à l'Université de Ratisbonne de sa lecture récente du " dialogue " qui eut lieu en 1391 entre un empereur byzantin et un persan lettré sur le Christianisme et l'Islam. Après avoir cité les paroles aimables que l'Empereur prononça sur Mahomet, Benoît XVI a rappelé à son auditoire l'" argumentation " impériale: " Ne pas agir selon la raison (...) est contraire à la nature de Dieu (...) Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi, doit être capable de bien parler et de raisonner correctement et non d'user de la violence ".
C'est que le " thème " choisi par le pape pour sa conférence était: " Foi et raison ". On n'a pas besoin d'être un grand théologien pour supposer que, d'après le pape, l'islam sépare la foi de la raison et adore un Dieu irrationnel qui provoque la violence, tandis que le christianisme unit foi biblique et raison grecque.
Le pape aurait pu utilement assurer que son Église excluait (désormais) la violence militaire et la conversion forcée. Mais au lieu de se contenter d'exposer les vues pacifiques de son Église, il a opposé sa religion à une autre.
On ne peut que s'inquiéter d'un tel " dialogue entre religions ", lorsque l'une d'entre elles juge que l'autre est par nature réfractaire au dialogue, pour se désoler le lendemain d'avoir été mal comprise... Les guerres de religions ont fait dans l'histoire des ravages, au nom précisément d'un Dieu qui se plaint du Dieu de l'autre, jugé inapte au dialogue. Et aujourd'hui, des musulmans modérés soulignent que le pape a fait le jeu d'islamistes empressés de se reconnaître dans le portrait flatteur dressé par l'empereur Manuel II.
Mais la conférence du pape est inquiétante aussi par son dogmatisme doctrinal, s'agissant du rôle que le chef du Vatican entend faire jouer à la " raison de la foi " dans le monde d'aujourd'hui.
Benoît XVI assure que le christianisme a récupéré " le meilleur " de la rationalité grecque. C'est sans doute pourquoi il ignore l'injonction contenue dans le Poème de Parménide de juger selon sa raison, au lieu de croire aux opinions issues des conventions. Il oublie également l'invention de la Cité qui est un espace commun et public, égalitaire et symétrique, lieu de débat et principe d'auto-organisation de l'ordre politique. Quant à l'exhortation de Socrate, dans le Phédon de Platon, à ne pas devenir " misologue ", en prenant en haine la raison, elle est évoquée par le pape de façon tronquée. Le pape omet en particulier de mentionner le lien que Platon établit entre " misologie " et " misanthropie " - le mépris des raisonnements et la perte de confiance en l'humanité.
L'intérêt, d'après le pape, de la raison grecque est " l'analogie " qu'elle établit entre la pensée humaine et le logos divin. Contre un Dieu absolument impénétrable, le Dieu de Benoît XVI, héritier en cela des grecs, n'est pas excessivement distinct de notre raison qui nous éclaire sur le bien et le vrai... Un esprit laïque ne devrait-il pas être rassuré par ce Dieu qui semble, somme toute, inoffensif? Quel inconvénient un " homme simplement homme ", seulement éclairé, comme Descartes, par sa lumière naturelle, verrait-il à ce qu'un homme de religion estime que son Dieu " s'est montré comme logos "? Aucun. L'ennui est que la thèse aux apparences " humanistes " du pape a un revers: si Dieu n'est pas hors de toute raison, il faut dogmatiquement admettre que notre raison est un " miroir du divin "!
Pour le pape, si la foi est fondée en raison, c'est que la raison s'est mise à l'écoute du divin. Cette infaillible circularité doctrinale appelle une conclusion politique: " Une raison qui est sourde face au divin (...) est incapable de s'insérer dans le dialogue des cultures. "
Il ne faut donc pas s'étonner que le dogmatisme du pape ne se porte pas seulement sur l'islam. Il vise aussi la Réforme du seizième siècle accusée de considérer la foi comme " un élément inséré dans la structure d'un système philosophique ". Aux protestants, il est ainsi reproché de ne pas avoir compris que la philosophie doit demeurer la discipline ancillaire de la théologie. Pas question donc pour le pape d'admettre une religion morale de type kantien car celle-ci dénie à la foi " l'accès à la totalité du réel ". Pas question surtout de reconnaître à la rationalité scientifique une autonomie par rapport aux dogmes de sa religion. Ce n'est pas à partir d'une spiritualité et d'une morale ouvertes à tous les hommes, qu'ils aient ou non une religion, que les résultats de la science et de la technique peuvent selon lui être discutés, mais sur la base de la dogmatique vaticane, " comme par exemple la foi dans la divinité du Christ et dans la Trinité de Dieu ".
Pour le pape, la " pathologie " qui menace la Vraie Raison et la Vraie Religion est la morale laïque, lorsque " le sujet décide, sur la base de ses expériences, ce qui lui paraît religieusement soutenable, et (que) la 'conscience' subjective devient en définitive l'unique instance éthique ". La " raison " du pape se présente comme le remède violent à la maladie laïque de la liberté de conscience et du respect des itinéraires spirituels de chacun.
Le discours du chef du Vatican fournit la preuve par l'absurde de l'impérieux besoin de plus de laïcité en France, en Europe et dans le monde. À travers l'exigence laïque, s'affirme l'idéal concret d'une vie politique indépendante de l'humeur, des intérêts et des dogmes des chefs religieux, d'une liberté de conscience partout préservée, et d'une raison critique qui ose examiner, douter, essayer, objecter et se corriger elle-même.
N.B. Les citations sont tirées du texte intégral de la conférence tel qu'il figure sur le site du Monde, dans la traduction de Sophie Gherardi.
Pierre Hayat
Suite de la chronique : 2ème partie