Ils ont dit : il n'y a "pas de récession" en France…
Récession au second semestre réduisant la croissance à seulement 0,9% en 2008, pouvoir d’achat
rongé par l’inflation et la faiblesse du marché du travail, crise immobilière : l’Insee vient de rendre des résultats qui confirment le net recul. L’Etat a pris des mesures pour soutenir la finance et les banques, mais toujours rien pour la croissance, les salaires et l’emploi !
Dans la foulée du gouvernement, qui a revu en nette baisse ses prévisions pour 2008, l’Institut national de la statistique (INSEE) prend acte dans son dernier point de conjoncture du fait que "la croissance cale en zone euro" et que la France n’est pas épargnée par la crise.
Même si l’Insee juge pour l’instant prématuré d’employer le terme de "récession", le PIB de la France devrait continuer à diminuer, perdant 0,1 point aux troisième et quatrième trimestres après une baisse de 0,3 point au deuxième trimestre. La récession est définie par au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB. Alors récession ou pas ?
La croissance ne parviendrait pas à atteindre un point avec 0,9% cette année, contre 2,4% en 2006 et 2,1% en 2007.
Une diminution du PIB pendant trois trimestres consécutifs serait du jamais vu en France depuis la récession de 1993.
Le principal responsable est le pouvoir d’achat des ménages, qui accuserait encore une baisse de 0,4% au deuxième semestre. Au total, il ne progresserait que de 0,7% cette année, contre 3,3% l’an dernier. Selon un autre mode de calcul, non plus par ménage mais par "unité de consommation", il diminuerait même de 0,2% en 2008.
Le pouvoir d’achat serait "notamment pénalisé par la faiblesse du marché du travail", avec 52.000 destructions d’emplois (tous secteurs confondus) au second semestre et un taux de chômage en hausse à 7,4% (France métropolitaine) à la fin de l’année.
"En outre, il serait moins soutenu en 2008 qu’en 2007 par les mesures fiscales nouvelles", estime l’Insee.
Le recul du pouvoir d’achat s’ajoutant au durcissement des conditions de crédit lié à la crise financière internationale et aux difficultés sur le marché immobilier, l’investissement des ménages en logements neufs accuserait aussi une nette baisse : -2,5% en 2008 après +3,0% en 2007 et +7,1% en 2006.
L’investissement des entreprises résisterait mieux, mais souffrirait tout de même de la baisse de la demande, tant française qu’étrangère. Sur l’année, il ne progresserait que de 2,4%, contre 7,3% en 2007.
Quant au commerce extérieur de la France, déjà moribond avec un déficit volant de record en record (près de 50 milliards d’euros attendus cette année), il devrait lui aussi pâtir du ralentissement de l’économie mondiale et de la demande étrangère.
"Récession" était le mot tabou des journées parlementaires de l’UMP, vendredi à Antibes, où François Fillon s’est employé, dans un monde "au bord du gouffre", à rassurer ses troupes sur le respect des "engagements européens" de la France.
Dans son discours de clôture, le Premier ministre s’est bien gardé de parler de récession, assurant simplement que la croissance serait "aux alentours" de 1% en 2008.
Après avoir la veille tourné autour du pot, le ministre du budget, Eric Woerth, a finalement admis que la France était "en récession technique".
Dans ce contexte de "dérapage" du capitalisme financier, la plupart des sénateurs et parlementaires UMP ont exprimé une autre obsession : ne pas laisser filer les déficits publics.
En laissant entendre que les critères de Maastricht -qui fixent le déficit budgétaire à 3% maximum du PIB - pouvaient être laissés "temporairement" de côté, le conseiller du président de la République, Henri Guaino, a fait la quasi-unanimité contre lui.
Sans jamais le nommer, F. Fillon a recadré le débat en excluant d’augmenter les dépenses. L’objectif en 2012 est toujours de ramener le déficit public "aux alentours de 0%".
Nouvellement affublé par certains du titre de "vice Premier ministre", le patron des députés UMP, Jean-François Copé, est aussi monté au créneau, affirmant que "la gestion de la crise n’a jamais été antinomique avec la maîtrise des déficits publics".
"Compte tenu des engagements européens qui sont les nôtres, personne ne comprendrait ou n’accepterait que la France s’affranchisse de façon unilatérale des critères de Maastricht", a-t-il averti.
Pour son premier discours devant les cadres de l’UMP depuis son élection mercredi, le président du Sénat, Gérard Larcher, a lui aussi érigé en "principe" le respect de la feuille de route européenne.
Auparavant, les membres du gouvernement présents aux journées parlementaires de l’UMP avaient minimisé les chiffres de l’Insee prévoyant un deuxième trimestre consécutif de croissance négative, synonyme de récession.
Refusant d’employer le mot "récession", Christine Lagarde, ministre de l’Economie, avait déclaré à la presse que "ce n’était pas cela le plus important".
"On est dans une situation économique difficile en raison des chocs qu’on a subis, de la crise financière qu’on traverse. Il faut mettre en place des mesures de soutien au développement de l’activité, c’est ça qu’on est en train de faire", avait-t-elle martelé.
Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, avait lui aussi refusé de prononcer le mot "récession" et estimé qu’il fallait juger la croissance sur l’ensemble de l’année 2008.
Devant ces mauvais chiffres de la croissance, le gouvernement fait mine de ne pas mesurer ce que cela signifie pour des dizaines de millions de Français en terme de nouvelles difficultés pour vivre, se soigner, se loger et simplement se nourrir. Emploi, salaires : pas de récession mais une croissance ralentie, disent-ils…
Le gouvernement refuse d’engager un plan de relance de l’économie et veut s’en prendre aux déficits publics en réduisant les dépenses. Pour le trou de la sécu, il n’y a pas d’argent. Pour le gouffre des financiers, les sommes elles sont débloquées !
Nicolas Sarkozy, François Fillon et Christine Largarde évoquent les risques majeurs de la crise, seulement pour la finance. Ils semblent plus prompts à venir en aide aux banques et aux marchés financiers en débloquant des milliards d’euros.
Ce discours visant à faire accroire que la finance est seule touchée par la crise capitaliste va-t-il tenir longtemps devant les réalités sociales et économiques ? L’exigence de relancer l’emploi et les salaires par un véritable "plan Marshall" de soutien à l’économie réelle voire un nouveau "New-Deal" - et non un plan Paulson pour recapitaliser les banques et la finance - est aujourd’hui à l’ordre du jour.
Pierre Chaillan