La Françafrique survivra-t-elle à Omar Bongo ?

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Gabon . À la tête de ce petit mais riche pays pétrolier depuis plus de quarante ans, l’ancien protégé de Jacques Foccart avait su se rendre incontournable auprès de l’Élysée.

Le décès d’Omar Bongo, figure emblématique de ce qu’il est convenu d’appeler la Françafrique, a relancé les rumeurs sur les complaisances réciproques tissées entre Paris et les capitales du « pré carré » français sur le continent noir. À commencer, pour ce qui concerne le Gabon, les accusations de financement occulte de plusieurs partis français. Valéry Giscard d’Estaing, dont le nom demeure lié à une certaine affaire des « diamants de Bokassa », affirme ainsi que le président gabonais avait financé en 1981 la campagne de son rival Jacques Chirac. Réaction acide de Charles Pasqua, taxant l’ancien chef de l’État de sénilité accentuée. Le même Pasqua, qui bénéficia naguère d’un non-lieu dans l’affaire Elf de financements occultes aux multiples ramifications gabonaises…

Successeur de Léon M’Ba en 1967, Omar Bongo reprit à son compte la tradition de servilité envers Paris que ce dernier n’avait cessé de mettre en oeuvre avec tout le zèle souhaité (d’où l’envoi de parachutistes décidé par l’Élysée en février 1964 pour le rétablir dans son pouvoir). Mais le second sut l’accompagner d’un certain machiavélisme l’amenant ainsi parfois à placer la compagnie pétrolière française en rivalité avec ses homologues américaines. Simultanément son emprise sur les richesses du pays (pétrole, mais aussi uranium, manganèse, fer ou bois précieux) ne cessa de se systématiser : il se murmure que ses avoirs et ceux de ses proches seraient plus de deux fois supérieurs à l’endettement national, tandis que la population continue de stagner dans le peloton de queue pour ce qui concerne les conditions de vie (l’espérance de vie dépasse à peine la barre des cinquante ans). Ne détestant pas se présenter comme un ancien correspondant des services secrets français, Bongo s’appuya durant toute sa carrière sur ces derniers et ne lésina jamais sur le soutien diplomatico-militaire exigé par les hôtes successifs de - l’Élysée - de De Gaulle à Jacques Chirac, en passant par Pompidou, Giscard et Mitterrand. Quant à Nicolas Sarkozy, qui, le temps d’une campagne, avait promis la « rupture » avec de telles pratiques, il lui consacra sa première visite sur le continent et lui offrit la tête de son premier secrétaire d’État à la Coopération, Jean-Marie Bockel, coupable de propos maladroits ayant déplu à Libreville.

Le surnom « Foccartland » décerné au Gabon sous les mandats de De Gaulle et de Pompidou est resté célèbre. Cette période fut marquée par l’atroce guerre du Biafra, le pays jouant alors le rôle de base arrière et de plaque tournante des envois de mercenaires et trafics d’armes orchestrés depuis et par la France. Il faut aussi citer certaine tentative de putsch dans le proche Bénin de Kérékou (1976) où s’illustra piteusement le chien de guerre professionnel Bob Denard. Bref, Omar Bongo accumulait suffisamment de secrets d’État inavouables pour pouvoir lever la voix chaque fois que Paris semblait oublier ce qu’il lui devait. Le secret-défense et les dessous-de-table autorisent des inversions de rapports de forces parfois imprévues.

Le renvoi d’ascenseur est la règle. En 1990, Bongo était confronté à de massives manifestations d’opposants à - Libreville et Port-Gentil. La France de Mitterrand envoie des militaires lui sauver la mise sous le prétexte classique d’assurer la protection de ses ressortissants. Une anecdote pour conclure provisoirement : le 3 juin dernier, les ambassadeurs africains organisaient au Pavillon royal, au bois de Boulogne, une « journée de l’Afrique » à laquelle était convié, entre autres, notre ministre des Affaires étrangères. Bernard Kouchner annonçait d’abord une prochaine contraction de l’APD (Aide publique au développement) française puis il enchaînait sur la Françafrique que « beaucoup critiquent sans rien y comprendre ». Bref, le système garde sans doute de beaux jours devant lui, même après le décès de Bongo. Quant à la « rupture »…

Jean Chatain

 

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