France télécom suicides

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS


Au 23ème suicide, l'Etat intervient enfin chez France télécom

Le ministre du Travail rencontre aujourd’hui le PDG. Mais le gouvernement reprend la thèse des « drames personnels ».
Ce n’est pas ce que ressentent les salariés du groupe. Dans l’Humanité mardi, la "lettre ouverte" d’un salarié réduit à un matricule.

Après la direction de France Télécom, c’est maintenant le gouvernement qui est obligé de réagir, tout aussi tardivement, à la vague de suicides parmi le personnel de France Télécom. Après le nouveau drame survenu vendredi, portant à 23 le nombre de suicides depuis début 2008 dans l’entreprise ex-publique, il descend dans l’arène. Le ministre du Travail, Xavier Darcos, qui se dit « très préoccupé » par la situation, doit rencontrer ce matin le PDG du groupe, Didier Lombard. Le dialogue devrait rester cordial, si l’on en croit les mesures déjà « exigées » par le ministre : il propose que son directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, assiste à la prochaine réunion du comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT) de l’entreprise. Il demande également à l’entreprise d’ouvrir des négociations sur le stress… alors que ces discussions étaient déjà au programme, et doivent démarrer vendredi…

« C’est une obligation, c’est un devoir pour l’entreprise et pour le gouvernement, qui est puissamment actionnaire, de se pencher sur cette question », a déclaré, hier, solennel, le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, pour qui « le ministre va voir avec le président de France Télécom les moyens d’apporter une aide morale, psychologique à l’ensemble du personnel, et s’il y a des mesures en termes d’organisation du travail qui peuvent y mettre un terme ». L’Élysée reprend la ligne de défense de la direction du groupe : « Le suicide est une affaire trop grave, trop personnelle, pour qu’on puisse réduire ce phénomène à un problème d’organisation d’entreprise », a déclaré Claude Guéant. L’intervention de la direction s’apparente, pour lui, à de la « solidarité », à un devoir moral de « venir au secours de ceux qui sont dans la difficulté, dans la détresse ». Une orientation qui fait bondir les syndicats. « La communication sur les problèmes personnels des salariés est scandaleuse, réagit Christine Pernot, déléguée syndicale centrale SUD à France Télécom. Ça fait douze ans qu’on nous renvoie sur la fragilité individuelle, c’est un alibi de la direction. » « Les salariés sont fragilisés par la stratégie de l’entreprise », appuie Christian Mathorel, de la CGT. De même, le secrétaire national de la CFDT, François Chérèque, a estimé, sur LCI, que « passer à l’acte sur son lieu de travail, c’est un appel sur un problème directement lié à ce lieu ». Dans ce cadre, la CGT, dans un communiqué de la confédération, considère que les « directions d’entreprise qui refusent d’écouter les organisations syndicales portent une lourde responsabilité dans ces terribles drames ».

Les syndicats attendent une intervention ferme de l’État : « Qu’il impose à France Télécom de réelles mesures pour enrayer cette spirale infernale, comme le gel des restructurations, et l’ouverture de véritables négociations sur l’organisation du travail », lance Christine Pernot, de SUD. « Que l’État contraigne l’entreprise à revoir sa stratégie sur l’organisation du travail, son contenu, ses finalités. On ne réglera pas le problème avec des mesures provisoires et curatives », explique Christian Mathorel, qui souligne la responsabilité de l’État, principal actionnaire de l’entreprise. « Rien de ce qui arrive n’était imprévisible. L’État a créé les conditions. Il devait soi-disant rester actionnaire à 100 %, il a vendu ses parts pour descendre à 26 %. Et chaque mois il valide la stratégie de l’entreprise au conseil d’administration. » La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a justement demandé la convocation « urgente » d’un CA. « Ce sera bien la première fois que les représentants de l’État et de la direction y évoqueront la situation des salariés », ironise le syndicaliste.

Fanny Doumayrou

L'Humanité

 

 

Publié dans Social

Commenter cet article