La crise économique a bien plombé les retraites

Publié le par COLLECTIF ANTILIBÉRAL du PAYS de PORT-LOUIS

Actualisées en prenant en compte l’impact de la crise et du chômage, les projections financières établies par le COR pour les régimes de retraite font apparaître une brutale dégradation du déficit. Les futurs retraités, déjà victimes de la crise, doivent-ils aussi payer cette facture  ?

 

Un vrai coup de torchon, mais sur une période limitée. Si saisissants soient les chiffres, à première vue, les projections financières pour le système de retraite que le COR (conseil d’orientation des retraites) doit rendre publiques aujourd’hui, ne surprennent pas  : la crise économique enclenchée en 2008 va peser lourdement, à court et moyen terme, sur le financement des régimes.


Les trois scénarios

Le COR a établi ses calculs en se basant sur trois scénarios économiques, qui se distinguent, sur le long terme, par le niveau de chômage retenu et le rythme de croissance de la productivité. Le plus favorable, le scénario A, prévoit un taux de chômage de 4,5 %, et une productivité en hausse de 1,8 %  ; dans le B, le taux de chômage serait le même, mais la productivité plus faible, soit 1,5 %  ; dans le scénario C, le taux de chômage serait sensiblement plus élevé, à 7 %, et la tendance de la productivité, à 1,5 %. Cependant, dans un premier temps, ces différentes variables ne changent rien au résultat pour le système de retraite. « À moyen terme (2015-2020), quel que soit le scénario retenu, les perspectives financières (du système) apparaissent avant tout marquées par les effets de la crise économique sur l’emploi […] », indique le COR, dans une version quasi définitive de son rapport. À l’horizon 2015, le besoin de financement (déficit) représenterait ainsi 1,8 point de PIB, soit 40 milliards d’euros, en hausse brutale comparé à 2009 (près de 11 milliards d’euros de déficit). « La plus grande partie de la dégradation aurait lieu en 2009 et 2010 » et « s’explique par la chute de l’emploi et donc des recettes des régimes ». Selon un calcul réalisé par des économistes de la CGT, les pertes cumulées pour les régimes de retraite, imputables à la crise, atteindraient à l’horizon 2024, c’est-à-dire au moment du rebond attendu, quelque 320 milliards d’euros. Un constat qui amène d’emblée à interroger  : les assurés sociaux, les futurs retraités, doivent-ils payer cette facture, en terme de conditions d’accès à la retraite et de niveau de pension, d’une crise dont ils ne sont en rien responsables  ?

 

Les déficits cumulés

À plus long terme, le déséquilibre financier du système continuerait de s’accentuer, sous l’effet, cette fois, de l’allongement de l’espérance de vie et de l’accroissement du nombre de retraités, mais dans des proportions variables cependant, en fonction des divers scénarios économiques. Le déficit « dépend alors davantage de la croissance et du chômage à long terme », note le COR. À l’horizon 2050, les estimations varient entre 72 milliards d’euros de besoin de financement dans le scénario le plus optimiste (taux de chômage à 4,5 % à partir de 2024) et 115 milliards d’euros, dans l’hypothèse la plus pessimiste (7 % de chômage). Histoire, sans doute, de frapper l’opinion, les auteurs du rapport du COR se sont livrés à une addition  : celle des déficits cumulés des retraites d’ici à 2050 – et cela, toujours dans l’hypothèse où aucune recette nouvelle ne leur serait affectée. Le total atteint, nous dit-on, 77 points de PIB, quelque 2 600 milliards d’euros. Un chiffre aussitôt repris par certains médias, comme LeMonde.fr, qui titrait hier son papier ainsi  : « Sans réforme, il faudrait 2 600 milliards d’euros pour sauver les retraites en 2050 ». Impressionnant, certes… si on l’isole de son contexte. La baudruche se dégonfle quand on le compare au PIB cumulé sur la même période (quelque 120 000 milliards d’euros)  : le total des déficits des retraites n’en représente que 2,1 %.

 

À partir de ses projections, le COR a étudié l’impact de différentes mesures visant à remettre le système à l’équilibre financier. Ainsi du recul de l’âge moyen de départ en retraite  : si l’on jouait sur ce seul levier, et dans le scénario économique le plus optimiste, il faudrait le décaler de trois ans à l’horizon 2020, et de 10 ans en 2050. En ne jouant que sur les taux de cotisation, il faudrait les relever à 5,2 % en 2020, et 9,8 % en 2050. Et en ne misant que sur le niveau des pensions, il faudrait le faire chuter de 22 % (par rapport au niveau des revenus d’activité, en moyenne) en 2020, et 36 % en 2050. D’authentiques scénarios catastrophes ceux-là mais tout à fait évitables, à une double condition  : changer résolument de cap en matière de politique économique pour viser réellement le plein-emploi, et mettre enfin, et significativement, à contribution les revenus du capital pour financer la protection sociale. À quand des simulations du COR sur ces sujets  ?

Yves Housson

 

 

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